11.04.2007
Pourquoi y’a-t-il autant de cloches à Pâques ?
Pourquoi y’a-t-il autant de cloches à Pâques ?
Pour le commun des Chrétiens, Pâques rime avec grasse mat’. Chaque année, un lundi d’avril, c’est férié et personne ne s’en plaint, sauf Raffarin. Mais pourquoi diantre cette chance ? Pour le comprendre, il nous faut revenir sur plusieurs dates chères au calendrier chrétien. Et soudain, plein de choses vous apparaîtront moins fortuites...
CarêmeTout commence en février. Le Mardi gras, les enfants se balancent des œufs sur la tronche, bouffe des crêpes et les adultes font carnaval. Chez nos Anciens, c’était la dernière occasion de faire la « teuf » avant que l’Église ne leur serre la ceinture. Au prétexte que Jésus est allé dans le désert jeûner pendant 40 jours dans le désert, l’estomac de ses ouailles est censé faire « aïe » durant le même laps de temps. Et pour bien montrer qu’on va douiller, le jour suivant, le Mercredi des Cendres », les fidèles s'en jettent sur la tronche pour se rappeler leur basse condition de poussière. C’est alors que débute la période dite du Carême, carrément quarante journées de jeûne. Si on a le droit de manger une fois par jour, la période est propice pour se purger le foie, à défaut de sa foi.
Vendredi saint
Les catholiques maigrissent en silence jusqu’au Vendredi saint, en avril. Si, en apparence, ce moment est le pire (on ne mange pas de viande), c’est en fait la plus sacrée des journées catholiques. Parce que c’est la date où notre ami Jésus s’est fait crucifier sur la croix pour laver l’humanité de ses péchés (et accessoirement quelques démêlés avec la justice locale). Alors imaginez, toute absorption de sang est malvenue.
Les Cathos qui se croiraient enfin sortis du frigo en sont pour leur frais. Car il reste trois jours de jeûne jusqu’au lundi suivant, le fameux Pâques. Parce qu'il rappelle la résurrection du Christ, survenue trois jours après la séance de bricolage improvisée sur le Golgotha. Et en son souvenir, personne ne doit bosser durant ces 24 heures.
Mais quel rapport avec les œufs ? Les charmants ovocytes sont un symbole païen de vie et de fécondité, idée reprise par les ecclésiastes. C’est dire qu’à Pâques, ils tombent à pic pour célébrer la fin des privations. D’abord coquilles vides peinturlurées, ils deviennent chocolat au XIXe siècle, ce qui est nettement plus comestible.
Et Pâques
Et les cloches ? Partie intégrante du paysage de nos villages, les cloches se taisent le jeudi précédant le Vendredi saint, pour sonner à nouveau le lundi de Pâques. Durant cette absence, il se raconte qu’elles partent avec leurs petites ailes direction Rome, rapporter des œufs aux fidèles. Et après on s’étonne que l’Église nous prenne pour des cloches.
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04.04.2007
La bataille des Thermopyles
Le film « 300 » est sorti dans nos salles. Beau, assurément, exact sur pas mal de points, certes, mais raconté d’un point de vue unique, celui des Grecs.
Voici une plus proche version des faits. En 480 avant l’autre, alors que les cités grecques se chamaillaient encore, surgit un nouveau danger. À deux pas de chez eux, en Asie mineure, prospérait un empire majeur : les Perses. Originaire d’Iran, cette tribu avait pris le pouvoir sur plein d’autres. L’un de leurs plus grands rois, Darius, avait étendu son royaume jusqu’en Égypte et dominait les cités grecques d’Asie Mineure. Bien que considérés comme des barbares, les Perses faisaient des miracles en termes de conquête et de persuasion. À côté, les Hellènes faisaient figure de poussières numériques. Pourtant, nos amis étaient parvenus à les repousser une première fois en 490, à la bataille de Marathon. Un type avait alors parcouru les 40 kilomètres qui séparaient le lieu de la bataille d’Athènes, pour annoncer la bonne nouvelle avant d’expectorer son dernier souffle (le dopage n’existait pas à l’époque). Fort marri, Darius était reparti bouder quand la mort le prit. Son successeur, Xerxès Ier, n’avait pas oublié la déculottée. Après avoir ramené le calme chez lui, il décida personnellement de s’occuper des récalcitrants.
Il traversa le détroit des Dardanelles à la tête d’au moins 50 000 hommes et 700 navires (ce qui fait déjà énorme pour l’époque). Le plan consistait à envahir la Grèce par le nord, puis… tout péter. Les cités grecques sentirent poindre la menace et, sur le coup, une majorité préféra pactiser avec le Perse. Faut dire que c’était un peu comme si les États-Unis envahissaient l’Irak, disproportionné. Sauf que, comme le constatera plus tard César, quelques villages décidèrent de résister encore et toujours à l’envahisseur. On retiendra parmi elles, Sparte et Athènes. Et lorsqu’on n’a pas de moyens mais des idées, on pense juste.
Pour stopper l’invasion, deux fronts furent ouverts : l’un, sur mer, revint aux Athéniens qui dressèrent leurs galères pour en éviter une grosse. Sur terre, ce fut aux Thermopyles, un défilé nommé « Portes chaudes », non pas en raison de tournages de films X, mais pour ses eaux thermales. C’était un défilé riquiqui, seul point de passage pour pénétrer dans le sud de la Grèce, où se trouvaient les endroits les plus sympas à piller. Le commandement d’une coalition de 7 000 hoplites (et la mode n’était pas au sloggy mais bien à la cuirasse) fut confié à Sparte, parce que niveau martial, c’était loin d’être des marrants. Léonidas Ier, juste après avoir évincé son prédécesseur en chocolat, mena personnellement les opérations.
Sûr de son fait, Xerxès se pointa aux Thermopyles et, contre toute attente, vit son armée mise en perce. Le roi s’en émut et en appela à la deuxième compétence qui caractérise son peuple, la persuasion. Un certain Éphialtès succomba aux charmes de la monnaie mède et trahit les siens en indiquant comment contourner le défilé. Prévenu à la dernière minute, Léonidas laissa filer le gros de l’armée et resta avec environ 700 hommes, dont 300 hoplites spartiates (un peu le GIGN de l’époque). Après une résistance héroïque et avoir combattu dans le noir (éclipse solaire due à une avalanche de flèches), les empêcheurs de conquérir en rond se prient le choc en pleine graisse.
Ce sacrifice laissa aux Grecs le temps de se replier plus bas. Xerxès, qui avait tout de même perdu 20 000 combattants dans l’histoire, crut avoir emporté la décision. Gros, hic, sur mer, sa flotte prit le bouillon dans la rade de Salamine face aux Athéniens. Ne sachant plus bien ce qu’il allait faire dans cette galère, et sentant que l’aventure tournait au vinaigre, Xerxès battit en retraite. Sur terre, en revanche, son général poursuivit son incursion un an durant. Il rallia la plupart des pleureuses grecques et incendia Athènes la renégate. Pensant la victoire au bout du chemin, il affronta les rares résistants (Athéniens et Spartiates, encore et toujours) près de Platées, et s’y fit battre à plate couture.
Les Grecs célèbrèrent bien fort la victoire et raillèrent la lâcheté du Perse. Ce qui n’est pas tout à fait exact. Xerxès n’était pas ce drag queen sur char qu’on veut bien nous montrer. Il avait d’autres fers à battre sur l’enclume, comme des révoltes internes et autres tracasseries administratives. Si ces défaites lui firent mal au fondement, elles ne doivent pas occulter d’autres succès, tel que la pérennisation de l’Empire. Mais, rendu à l’évidence, il laissa sagement la Grèce tranquille.
Alors, pourquoi une telle victoire est-elle si importante pour nous, contemporains ? Parce qu’Athènes en profita pour tirer la couverture à elle, se constitua un empire et entama son âge d’or. C’est un peu grâce aux Thermopyles que l’on a eu Socrate, la démocratie et les vieilles frises du Parthénon. Quant aux Spartiates, grands oubliés de la victoire, ils durent patienter un demi-siècle pour prendre leur revanche sur ces « pédés d’Athéniens » (dans le texte).
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22.05.2006
Prendre pour Parole d'évangile
Da Vinci Code sort sur nos écrans. L'occasion est propice pour aborder un sujet sensible, la religion chrétienne. Plus particulièrement les Evangiles. Qui connaît l’histoire de ces textes qui composent le Nouveau Testament ? Mais au fait, qu’est-ce que le Nouveau Testament ? Magnéto, Serge
Ancien Testament
Nous sommes aux environs de l’an 0, au Moyen-Orient. Les Juifs zonent autour du temple de Jérusalem. Ils s’ennuient ferme parce qu’ici, les chefs, ce sont les romains. Pas fous, les envahisseurs ont décidé d’accorder à ce peuple farouche quelques libertés. Ce qui ne satisfait pas les locaux. Il faut dire que les Juifs constituent un peuple particulier. Ils croient en un seul dieu avec qui ils ont conclu une alliance. Ils puisent leur foi dans un livre qu’on appelle la Bible (qui signifie le livre, ca tombe bien). Et, croient-ils, un représentant de Yahvé (ce qu’on appelle dans le jargon, un messie) doit bientôt venir les débarrasser de ces païens mal embouchés.
C’est le moment que choisit un doux rêveur aux cheveux longs pour arpenter Judée et Galilée (sans suivre l’étoile du berger). Cet homme, Jésus, va prêcher l’amour entre hommes et la non-violence. C’est sympa comme tendance, mais un peu avance. Ce qui fâche les Juifs, en quête d’un candidat aux critères ramboesques pour mener à un bien la libération du territoire. Si bien qu’au final, ledit Jésus va porter sa croix. Basta ? Pas tout à fait
Évangile
Une secte juive va naître. Les Chrétiens, en l’honneur de Jésus Christ vont tenter tant bien que mal propager la bonne parole à travers le monde. Car le Messie est venu sur Terre avec un objectif : renouveler l’alliance entre Dieu et les hommes. Tout ceci aurait pu tomber dans les poubelles de l’histoire, voire de l’affabulation, sans la ténacité d’une poignée de disciples. Pour se souvenir de son message, des biographes vont écrire les évangiles (bonne parole en grec) : naissance, premiers pas, crucifixion et résurrection (très importante la résurrection chez les Chrétiens). Notez qu’en aucun cas Jésus n’a pris part à l’édification structurelle de notre religion. Il a parlé et des gens ont interprété.
C’est quoi les évangiles apocryphes ?
Au début du millénaire, les sectes chrétiennes pullulent un peu comme des métastases. De façon désordonnée. Le gourou est mort en laissant des fidèles davantage préoccupés à échapper aux rafles qu’à s’unifier. Des dizaines d’Evangiles circulent sous le manteau, prônant tout et son contraire. On y trouve entre autres l’évangile de Judas, qui n’est pas l’œuvre du fameux Judas, mais d’une secte qui réhabilite le triste traître.
En 180, pour séparer le bon texte du mauvais, un certain Irénée de Lyon a l’idée de décréter divin le chiffre 4. Fort de cette inspiration, il sélectionne les quatre évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean, qui deviendront les textes officiels de l’Eglise. Ils forment un tout homogène et seraient plus proches de la réalité. Quant aux évangiles écartés, ils formeront les apocryphes, c'est-à-dire les textes « cachés » en grec.
Quatre, pas moins
Pour les retenus, l’on distingue d’abord les trois évangiles synoptiques, (visibles d’un seul regard), attribués à Mathieu, Marc et Luc. On les rassemble en raison de la similitude des évènements. Le dernier, celui de Jean, est à part. Plus mystique, il incarne la tendance shaman sous peyotl.
Les auteurs
Parmi les écrivains de ce best-seller mondial, seuls Mathieu et Jean faisaient partie des douze apôtres, la task force de Jésus. Les deux autres incarnent la deuxième génération. Marc serait un disciple de Pierre (apôtre et ancêtre du pape) et Luc, l’âme damnée de Saint Paul (grand théoricien de la doctrine chrétienne).
Les textes n’ont pas été rédigés immédiatement après la mort de Jésus. Ils s’échelonnent entre 60 et 100 après Jésus-Christ.
Le Nouveau Testament
La secte chrétienne va finir par rencontrer un certain succès et se séparer du Judaïsme. Aujourd’hui, la Bible chrétienne se compose de l’Ancien Testament (ou Ancienne Alliance, dans le jargon), qui correspond à la Bible juive, et le Nouveau Testament (composé entre autres des 4 évangiles), le nouveau pacte entre Dieu et ses ouailles.
Amen.
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06.04.2006
Et une petite grève, une
En France, ce n’est pas peu dire, on aime faire la grève. Même si l’impression est trompeuse, que ça défile un peu partout, le phénomène est en diminution. Mais au fait, qu’est ce que ça veut dire?
Cette bonne vieille habitude bien de chez nous tire son nom de la place de grève. Au Moyen-Age, l’espace se situait pile-poil en lieu place de celle de l’Hôtel de Ville. Paris était plus petite, avec des rues étroites. Elle était aussi plus crade. La place de grève tirait son nom de la plage de graviers qui donnait sur la Seine (grève signifiait berge). Bon, me direz-vous, on n’est pas plus avancé. Patience, patience.
Les Parisiens plutôt pauvres avaient pour habitude de se réunir en ce lieu afin de trouver du boulot. Comme beaucoup de bateaux marchands accostaient ici, il y avait besoin de beaucoup de bras. CQFD. Or il se trouvait en ces temps là des patrons un peu radins (si, si, véridique) qui payaient les manutentionnaires à coup de lance-pierre. Les travailleurs s’estimant lésés formaient une coalition (l’ancien nom de la grève) et revenaient sur la place de grève attendre un travail mieux rémunéré. Et c’est comme ceci qu’est née l’expression faire la grève (en lieu de faire la place de grève).
La grève n’a pas que des mauvais côtés. Elle a même suscité des avancées fort sympathiques. Petit florilège.
1886
Aux Etats-Unis, le 1er mai est le jour de clôture des comptes pour les entreprises. C’est aussi le moment d’embauche et de la signature des nouveaux contrats. Par le plus grand hasard, c’est le moment que choisissent 200 000 ouvriers pour manifester et faire grève. Ils veulent limiter la journée œuvrée à huit heures. Pour tout dire, on bosse longtemps, parfois jusqu’à quinze heures par jour, six jours par semaine, sans vacances, toute sa vie. Pour la retraite, ah ! ah ! ah !, laissez-moi rire. Pour tenir, les ouvriers picolent pas mal, absinthe et tout le tintouin, ce qui les empêchent de faire quelque chose de constructif.
Finalement, la grève et les manifestations sont réprimées mais le gouvernement finira par consentir.
En Europe (même si on n’est pas du même bord que ces capitalistes), on trouvera l’idée excellente, surtout du côté de l’Internationale socialiste. La date va rester comme le jour de la fête du travail. Pourtant il a fallu pas mal de grèves baignées dans des litres de sang de prolétaires pour faire passer l’Atlantique au modèle. En 1919 (dans l’allégresse de la fin de la 1ère Guerre Mondiale) la loi sur les huit heures quotidiennes est adoptée en France. Ca sera donc 48 heures par semaine et tournée du patron. Anecdote croustillante, des affiches prédisent que ces folies utopiques allaient foutre notre belle économie en l’air (pourquoi ne pas bosser 35 heures pendant qu’on y est)…
1936
La grande crise économique de 1929 a touché la France avec retard. Au sortir des usines, c’est la misère. Dans la rue, ça chauffe, des ligues un peu à l’extrême de la droite expriment bruyamment des idées brunes. De grandes grèves d’ouvriers paralysent la France. Léon Blum arrive à la tête du gouvernement. Sa coalition de gauchos, passée à la postérité sous le nom de Front Populaire va en profiter pour esquisser les contours de notre France sociale : semaine des 40 heures sans réduction de salaire et deux semaines de congés payés qui vont permettre aux travailleurs d’aller se bronzer la pilule aux frais du boss. (A noter que le secteur du tourisme prendra naissance, avec les retombées économiques que l’on connaît aujourd’hui). Pour les patrons, il faudra encore quelques piquets bien sentis pour qu’ils acceptent le changement.
1946
Le droit de grève n’a pas toujours été autorisé, même s’il était admis dans les mœurs. Il est définitivement inscrit dans la Constitution française en 1946. Il sera renouvelle dans celle de la Vé république en 1958, avec les précautions d’usage, cela va sans dire
1968
C’est le grand soir tant espéré par des ouvriers mécano et les étudiants à tendance mao. Après des débrayages, le gouvernement signe les accords de Grenelle avec les syndicats et les patrons le 27 mai de l’année. On s’accorde sur une augmentation de 10 % des salaires et de 25 % du SMIG. Soit qu’ils aient cru au père Noël, soit que Jacques Chirac (qui faisait partie des négociateurs côté gouvernement), ait déjà fait capoter le schmilblick, ça sera un échec. Rejetés par la base, la grève continuera.
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29.03.2006
C’est quoi être laconique ?
[Laconique] : Qui s’exprime de manière concise et sans détails
[Éducation spartiate] : éducation rude et austère
Une personne laconique a en général le verbe bref, contrairement à la racaille prolixe qui mouline à tire-larigot. Mais revenons aux origines.
Les Lacons étaient les habitants de Laconie, la région dont Sparte était la capitale. C’était une cité grecque connue pour s’être régulièrement foutue sur le paletot avec sa cousine mais néanmoins rivale, Athènes. Leurs affrontements sont passés à la postérité sous le nom de Guerres du Péloponnèse.
Farouches, les Lacons n’étaient pas réputés pour leur sensibilité. Certains historiens (aux thèses non reconnues) pensent qu’ils tiraient leur fichu caractère des moqueries récurrentes à leur encontre (bandes de la Lacons), raison pour laquelle ils préféraient qu’on les nommât Lacédémoniens. Enfin bref, revenons à nos Lacons.
Peuple soudé, les Spartiates s’appelaient entre eux les « Semblables ». Même si ces citoyens étaient égaux entre eux, ils demeuraient une élite. Ces happy few se destinaient au combat, exclusivement à la grande fritance. Pour les tâches domestiques, il y avait les esclaves, ce qui était bien pratique. L’organisation de la société laisse à penser que ça ne rigolait pas tous les jours dans les chaumières, et c’était valable pour les deux groupes. Démonstration.
La vie d’un Spartiate commençait sur les chapeaux de roue. À peine sorti du ventre de maman, le nouveau-né passait devant l’assemblée des Anciens. S’il était robuste et bien bâti, il gagnait le droit de rester en deuxième semaine. Sinon, c’était le grand plongeon au fond d’un gouffre où l’attendaient les ossements de tous les mal façonnés de l’histoire de la ville.
Débutait alors une éducation des plus spartiates (tiens ça vous dit quelque chose ?), enfin plutôt le début du calvaire. Jusqu’à l’âge de sept ans, le gamin n’était pas éduqué mais « élevé ». Arraché des bras de ses parents (qui s’en fichaient un peu, il faut l’avouer), il vaquait nu, hiver comme été. La nourrice qui l’avait en charge le frictionnait régulièrement avec du vin pour lui montrer que mince, la vie était une chienne (on ne saurait trop prôner la prudence si d’aventure une nourrice de Laconie venait à proposer ses services).
A partir de huit ans, l’enfant passait entre les mains de la communauté. L’Etat prenait intégralement en charge l’éducation du marmot. « Tu seras un guerrier, mon fils », s’entendaient-ils à peu près tous dire. Pour se faire une idée de la formation spartiate, imaginez les jeunesses hitlériennes. Mais avec des casques à crête en lieu et place des casques à pointe. Le but était de créer une bête de guerre, une machine obéissant au doigt et à l’œil, sachant mourir le cœur léger pour sa patrie. Pour faire marcher au pas ce petit monde, un sergent hargneux (dans la veine de Full métal Jacket) prenait un sadique plaisir à dispenser les grands préceptes. Car ici, tout se faisait pour et par la communauté. On s’entraînait ensemble, on mangeait ensemble, on dormait ensemble (il se peut qu’on fasse d’autres choses, ils étaient grecs). Si l’on apprenait à pousser la chansonnette, c’était pour reprendre les belles mélodies martiales (« qu’il était beau mon hoplite », gros, gros tube). L’apprentissage de la lecture répondait à un unique objectif, écrire et lire un ordre en temps de guerre, ce qui devait être forcement concis (le laconisme, quoi).
En fin de cycle, à 20 ans, sortait de la couveuse le Sembable, le Spartiate de base. C’était une sorte de guerrier croisé entre un Clint Eastwood taiseux et un Jean-Claude Van Damme paranoïaque. Un truc pas fameux, il faut avouer, comparé aux gandins d’Athènes, mais diablement efficace.
À tel point que Sparte finira par mettre une volée à ses rivales. Et une fois la victoire finale contre Athènes acquise, (pour replacer dans le contexte, ça valait à peu près la défaite de l’Empire face à la rébellion Jedi dans la Guerre des Etoiles), le général en chef annoncera sa victoire par un laconique : « Athènes prise ».
De vrais boute-en-train, on vous dit…
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29.12.2005
Pourquoi le Père Noël descend-il du ciel?
Chaque 25 décembre de chaque année, il remet ça. Le père Noël descend de son traîneau, la hotte bourrée de cadeaux. Ça tombe bien, c’est le jour de l’enfant divin. Mais, me direz-vous, quel rapport y-a-t-il a entre un gros joufflu et petit Jésus ?
Acte 1
Pour bien dérouler le fil depuis le commencement jusqu’à nos jours, il nous faut remonter au IIIe siècle. À cette époque,il n'y avait pas grand-chose de noëlique. L'Eglise chrétienne s'organisait seulement et ça bastonnait sévère un peu partout dans l’empire Romain (l’équivalent des States d’aujourd’hui). Dans une province côtière de Turquie vivait un bonhomme que la postérité retiendra sous le nom de Saint Nicolas. Évêque de la ville de Myre, le pontife prêchait haut en couleur à dos d’âne. Non content d’avoir une tête de Turque, (n’en déplaise aux puristes, le père Noël a davantage la trogne de Moktar que celle d’Edgard) Nicolas multipliait les miracles. Surtout, il avait pour habitude de déposer aux portes des maisons des pauvres de quoi subvenir à leur alimentation. Malgré une fâcheuse habitude à échanger les bourre-pifs avec des potes évêques, Nicolas fut canonisé par l’Eglise après avoir fini en martyr (une époque violente, ma bonne dame). Et là, ô maïïïraeuule, ses ossements conservés à l’intérieur de l’église se mirent à suinter la rose, rameutant quantité de pèlerins en Anatolie. Résultat, Myre prospéra. Et là, vous me direz, il y a toujours pas de quoi fouetter un saint. Patience, patience…
Acte II
Au XIe siècle, alors que les villes de méditerranée se débattent pour exister face à la toute-puissance arabe, des Italiens de la cité de Bari cherchent à faire fructifier le commerce (une époque décidément trop violente). Après moult réflexions, un certain Marc mit en plein dans le Myre : il germa l’idée d’aller piquer les saintes reliques pour les ramener en Italie. Une fois le forfait accompli (avec l’aval de l’Eglise qui s’appropria sans scrupule les reliques), le miracle économique se produisit. Les pèlerins changèrent l’itinéraire et vinrent suer pour voir suinter les ossements sacrés. Encore aujourd’hui, des myriades de touristes remplissent des flacons dans la fontaine de Saint Nicolas. Vous seriez encore tenté de me dire, et alors, on veut le père Noël. Et vous auriez raison.
Acte III
Au XIIe siècle, des nonnes d’Europe se rappelèrent un soir d'hiver où ça caillait dur, la légende de ce bon vieux Saint Nicolas. Le jour de sa fête, le 6 décembre, elles instituèrent pour les enfants pauvres la distribution de cadeaux qu’elles suspendaient dans des bas de laine (et là, ça ne vous rappelle rien ?). La pratique populaire gagna rapidement le nord de l’Europe et l’Angleterre.
Hélas, il y a toujours des empêcheurs de distribuer en rond et ils sont bien souvent religieux. À partir du XVIe siècle, les Protestants (qui à l’époque avaient pris l’habitude fort légitime de protester) interdirent tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à de l’idolâtrie. Exit les cadeaux en l’honneur d’un Saint. La tradition aurait fait long feu si les Hollandais partis en Amérique n’avaient emmené dans leur soute ce bon vieux Sinter Klass. Vous l’aurez deviné, notre obscur évêque de Myre devint outre-Atlantique le fameux Santa Klaus américain récompensant les enfants méritants.
Acte IV
C’était sans compter la ténacité des hommes de Dieu : une fête réjouissante à quelques jours seulement du 25 décembre, ça n’allait pas. Ca faisait même de l’ombre.
Mais avant de poursuivre, une mise au point s’impose : non, le petit Jésus n’est pas né un 25 décembre. Pour imposer leur religion, les Chrétiens ont fait preuve de syncrétisme, une méthode rodée qui consiste à plaquer des rites religieux sur d’anciennes traditions païennes. La fin décembre (ou passage dans le solstice d’hiver) était célébrée par l’ensemble du monde rural comme le retour du soleil et la victoire sur les ténèbres. Le clergé, plutôt que lutter frontalement contre ses terribles libations et épanchements sexuels, y substitua la naissance du Christ, un sujet plus moral. Moins de raideurs, plus de ferveur, c'était le mot d'ordre.
Face à la menace Nicolas, les mêmes firent de même : ils décalèrent la tradition des cadeaux du 6 au 25 décembre. Saint Nicolas devint père Noël. En mettant de l’eau dans son vin, le christianisme faisait pour une fois (authentique miracle) une bonne action : le bonheur des bambins.
Devenu plus fréquentable, troquant l’âne contre le traîneau, le personnage revint en Europe au XXè siècle. Excepté l’Alsace qui continue à célébrer la saint Nicolas, Papa Noël a gagné la bataille du cadeau. Voilà pourquoi aujourd’hui la plupart des Chrétiens attendent davantage la venue d’un ramoneur en rouge que celle du Christ en blanc. Et voilà comment l’évènement est devenu si renommé que même les non-croyants y participent.
Acte V
Hélas, nous ne pouvons pas refermer cette page sans pointer du doigt l'autre grand vainqueur : le commerce. D’abord, Saint Nicolas est le patron des commerçants et de son descendant, le commercial. Vous voulez d'autres preuves ? Qui fait 20 % de son chiffre d’affaires annuel en décembre ? Les échoppes. Qui a définitivement repeint le père Noël en rouge en 1931 pour les besoins de son produit phare ? Coca Cola.
Mon Dieu, qu’ont-ils fait? Ils ont laissé entrer les marchands dans le Temple. A moins que templiers ne soient aussi les marchands… Mais ceci est une autre histoire.
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04.10.2005
Pourquoi les femmes peuvent dire merci au mariage catholique

Mariage: Union d’un homme et d’une femme au cours d’une cérémonie romantique (point de vue féminin) et ennuyeuse (point de vue masculin) à l'issue de laquelle deux êtres se retrouvent enchaînés l’un à l’autre pour le restant de leurs jours
Au Moyen-âge, pour les femmes, dehors c’était la zone. Dans les chaumières, ça craignait aussi. Le mariage n’était pas une affaire de cœur, c’était surtout une affaire d’hommes. A l’époque, on pouvait grosso modo diviser l’Europe entre deux mentalités :
- Au Nord (outre les corons), les Germains appréciaient la gent féminine, mais plutôt en profusion. Polygames, ils respectaient le beau sexe - rapport au culte maternel- et le craignaient aussi un peu –rapport à la magie-
- Au Sud, les descendants des Romains se livraient à une hypocrite monogamie. Par derrière, ça folâtrait gaiement dans les potirons avec maîtresses et cuisinières. A noter que les Sudistes n’aimaient pas trop le sexe faible et les cantonnaient dans les cuisines ou au lit, voire aux deux.
Bon sens hérité ou fichue manie, le fait est qu’en ces temps éloignés, la vision de la femme se résumait à un contrat d’alliance ou à une garantie d’héritage. Bref on s’échangeait les donzelles comme on s’échangeait une marchandise, un morceau de territoire, voire un chèque avec pleins de zéros derrière. Ce qui donnait dans les campagnes d’inédites tranches de vies comme :- une franche rigolade. Ca copulait à droite à gauche, un homme avec ses concubines, une femme avec son neveu, le tout au beau milieu d’une belle farandole de gamins légitimes ou non.
- de fâcheuses manies. Pour s’enticher d’une autre potiche, les seigneurs mariés avaient le choix entre, répudier sa femme au nom d’un prétexte fallacieux (à l’époque la femme avait toujours tort, ce qui a pas mal changé depuis), ou l’estourbir ni vu ni connu dans les cuisines, ce qui était plutôt toléré. L’on notera que l’inverse est exact puisque les compagnes ont acquis une réputation d’empoisonneuses et contribué à la naissance du mythe de la sorcière.
Mécontents de tout ce tohu-bohu et charivari qui fichaient le bordel chez les seigneurs (protecteurs de l’Eglise, faite le lien) les penseurs catholiques ont contre-attaqué. Tout se joue au IVe siècle avec le dénommé Saint Augustin.
Désormais, le mariage sera monogame, indissoluble et formé par libre consentement des époux…
Inutile de vous dire que l’annonce a fait l’effet d’une vraie bombe dans un milieu chez qui la notion d’égalité des sexes était aussi étrangère que l’idée de charité à Georges W. Bush. Mais, me direz-vous, pourquoi ont-ils eu cette idée de mariage :
- monogame ? Parce que le mariage entre l’homme et la femme symbolise l’union entre Dieu et l’Eglise, un lien exclusif. Et accessoirement, une profusion de descendants nés de mères différentes suscite inévitablement le boxon dès lors qu’il est question d’héritage.
- indissoluble? Pour éviter que l’époux davantage intéressé par la perspective d’enrichissement ne multiplie les unions comme Jésus Christ distribuait les pains. Aussi dur que cela pouvait paraître aux esprits chagrins, la femme n’est pas qu’une marchandise.
- par libre consentement ? Parce que l’Eglise admet que l’épouse, elle aussi, à un cœur. Elle a autant le droit à l’amour conjugal que l’époux sa partie de jambes en l’air. Accessoirement, cette directive luttait contre le mariage forcé et l’inceste, pratique fort répandue à l’époque.
Dans les faits, il faudra attendre quelques siècles pour que les mâles ne grognent un semblant d’adhésion à cette doctrine révolutionnaire. Si à l’époque, l’Eglise se place à l’avant-garde des droits de la femme, force est de constater que depuis, elle a plutôt pris du retard. Mais ceci est une autre histoire.
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