09.10.2007
Subir un supplice de Tantale
[Connaître la tentation et ne pas pouvoir y céder]
À cette époque, grouillaient aux côtés de héros, d'authentiques salauds. En voici un remarquable spécimen.En Phrygie (en Turquie actuelle), régnait Tantale. Ce fils de Zeus et d'une Titanide qui avait pour nom Plouto (le Flouze), était né sous les meilleurs auspices. Riche à faire pâlir d’envie un oligarque russe qui aurait décidé d'investir dans un club de foot anglais, il menait grand train. N'empêche, cette crapule se doublait d'une ordure. De la pire espèce, même. Le genre de petit vicieux qui aime à faire le mal, avec des moustaches et une mèche, par exemple. Non content d'être tout puissant en son royaume, il repoussait sans cesse les limites de l'acceptable. Et pour cause. Tantale était le préféré de son père, qui lui passait tout au prétexte d'on ne sait quoi. Parmi tous ses forfaits, on ne retiendra que ceux perpétrés à l'encontre des dieux. Le menu peuple mérite de souffrir la folie d'un tyran. Les puissants, non. C'est une règle d'or que le fils argenté ignora.
Et il commit deux grossières erreurs. La première, lorsqu'on déroba à Zeus une magnifique statue de chien en or, à laquelle il tenait particulièrement. Pourchassé par Hermès, le voleur cacha son larcin chez son pote Tantale. Notez que ce genre d'affreux tisse des liens solides avec ses semblables, allant jusqu’à former une sorte de « ligue des badmen extraordinaires ». Par deux fois, le roi de Phrygie nia en bloc détenir la statue. Seulement, quand Zeus cesse d'être obsédé par la badinerie, le divin barbu fait montre d'une jugeotte à la hauteur de son trône. Il éventa rapidement le mensonge. Tout autre personnage aurait encouru la vindicte divine, avec force éclairs et combustion immédiate. Mais Zeus était un sentimental. Même si sa parole, son fils lui avait crevé le cœur, il passa l'éponge. Le sermonné aurait pu sentir le fracas du tonnerre tomber à deux volts. Il n'en fut rien. Et commit son deuxième impair.
Tantale avait, parmi tous ses privilèges, celui d'être convié aux soirées de l’Olympe. Même si certains le soupçonnaient d’ailleurs de piquer dans les réserves à ambroisie et de siphonner les fûts de nectar, personne ne mouftait. Tantale avait un statut VIP en béton, assis à la droite du père.
Or, un jour, la tête à claques (n’ayons pas peur des mots) se proposa de mitonner dans les cuisines olympiennes. C'était chose exceptionnelle pour un homme qui avait l'habitude de poser ses pieds sur la table en critiquant le menu. Sceptiques, les dieux le laissèrent faire, même s'ils doutaient qu'un serpent puisse subitement embrasser. Et ils avaient raison. Le chef en herbe leur servit de superbes pièces de viande en sauce. Avec horreur, les dieux percèrent la nature du mets. Pour tester leur clairvoyance, et s’amuser un peu, Tantale avait désossé son fils, Pélops, et l'avait fait magistralement cuisiné en papillote avec des dés d'oignons et une sauce délicate de… Mais, nous nous égarons. Mesurant l'atrocité du crime, nul ne toucha à son assiette, sauf Déméter, déesse prise dans un drame personnel, une situation qui a tendance à déclencher des crises de boulimie.
Cette fois-ci, Tantale avait dépassé les bornes de l'entendure. Zeus, chagrin, s'empressa de recomposer les « pièces du rubfils'kub » et substitua à l'épaule manquante une pièce d'ivoire, avant de le ressusciter et l'envoyer en pension. Et c’est en dieu en colère qu’il statua sur le sort du fils prodigue. Comme il avait légèrement abusé au cours de son existence et avait fait preuve d’hybris*, la punition fut bien sentie. Tantale fut précipité dans le Tartare, une prison d'où on ne peut s'échapper, même avec un plan tatoué dans le dos. L'infanticide fut plongé à mi-torse dans de l'eau fraîche avec une branche chargée de fruits suspendue au dessus de sa tête, et condamné à subir les affres d'une soif et d’une faim inextinguibles. Dès qu'il se baissait pour boire, le niveau de l'eau diminuait. Et dès qu'il levait le bras, la branche s'éloignait. Et ainsi ad vitam æternam. C'est un peu comme si vous tendiez un micro sous les lèvres d'un dirigeant politique, sans lui offrir la liberté de s'exprimer. Vous compatirez. Pour le dirigeant, bien sûr.
* Hybris, ou démesure, fera l’objet d’un post complet. Pour votre gouverne, il s’agit du péché le plus détesté par les Grecs.
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30.08.2007
Pourquoi Midas a des oreilles d'âne ?
Midas (homme fortuné pour les hellénistes), avait déjà eu l'occasion de sonder la profondeur de sa stupidité sous les ors de la mythologie (cf. toucher le Pactole). Ce néanmoins sympathique roi régnait avec placidité sur la Phrygie (pays au nord de la Grèce qui inspirera plus tard les sans-culottes).
Un jour, ne sachant que faire de son auguste temps libre, il partit errer dans les montagnes alentour. Pas de pot, Midas tomba sur une scène pas croyable (d'ailleurs, l'auteur a du mal à y croire). Un attroupement au lieu dit « stock de bois » mêlait un foutraque de créatures merveilleuses sous l'oraison des arbres. Parmi elles, Apollon, le beau gosse de l'Olympe, et Marsyas, un satyre bouqueteux à souhait. Les deux énergumènes se crêpaient le chignon quant à la supposée prééminence de l'un sur l'autre dans le domaine musical. C'était pas grave si Apollon, outre dieu solaire, disposait dans ses cartes de visite du titre de master of Music… Marsyas aimait, dans la vie, tirer sur la corde. Pour les départager, on organisa un Popstars champêtre, avant de tirer au sort deux juges de paix. Le premier désigné fut un dénommé Tmollos, ziquos de profession et fumeur de feuilles de laurier devant l'éternel. Le deuxième fut notre bon roi Midas, inculte de l'octave.
Tour à tour, chacun des compétiteurs auditionna. Marsyas entonna un air diabolique avec sa flûte de Pan. Le regard hagard et le sabot endiablé, le satyre satura son instrument à six trous. C'était assez rock' n roll et Midas aima tellement qu'il applaudit à se fracasser les phalanges. Ce fut au tour d'Apollon, accompagné aux cordes de sa célèbre lyre. Avec son air de jeune premier et son écorce à nounou dans la tignasse, le très lyrique bellâtre fit chavirer le cœur des nymphes composant l'assistance. Le concert s'acheva dans la liesse et l'envahissement de la scène fut évité de justesse. Si Tmollos s'inclina devant la supériorité d'Apollon, Midas resta branché sur le satyre, objectivement moins bon. C'est vrai qu'il dansait un peu chinois, Marsyas, quand il riait, tous riaient aussi, certes… Mais, c'est bien Midas qui l'a assassiné, Marsyas ! (désolé, ndlr) Outré qu'on puisse émettre l'idée de le défier, le dieu écorcha le satyre sur place et envoya sa carcasse aux abattoirs. Et pour souffler dans les trompes défectueuses du deuxième juge, lui fit pousser deux belles oreilles d'âne (les Grecs, sages en beaucoup de domaines, nous démontrent encore une fois l'importance de l'hypocrisie dans les bonnes mœurs).
Humilié, Midas courut se réfugier dans son palais enfiler un bonnet phrygien pour masquer ses horribles appendices poilus. Il lui fallait pourtant continuer à siéger à la cour, c'était là son unique fardeau de roi. Et pour bien présenter, il avait recours aux offices d'un barbier. Ne pouvant rayer ce rendez-vous de son agenda, il fit prêter serment à son homme de poil de ne jamais divulguer son secret, sous peine des pires sévices (coupe afro ?). Mais quiconque a mis un cheveu dans un salon de coiffure a pu mesurer la propension des capilliculteurs à tailler autant les tifs que la bavette, voire davantage.
Au bout d'une éternité (deux heures max), le barbier royal ne put se retenir plus longtemps. Il quitta discrètement le palais et se faufila sur un chantier désaffecté où même les dealers rechignaient à traîner. À l'abri des regards, il s'agenouilla, creusa un tout petit trou dans la terre, et y susurra son lourd secret. Ainsi libéré, il put retourner à ses occupations. Quelques semaines plus tard, des roseaux germèrent dans le sol, puis s 'épanouirent. Et quand le vent vint jouer entre les tiges, il se mit à souffler : « Le roi Midas a des oreilles d'âne, le roi Midas a des oreilles d'âne ! », portant le message dans toute la ville. Bientôt, la Phrygie entière fut instruite de la mésaventure de son roi. Avec les dommages que ce genre de rumeur peut produire pour une réputation, vous imaginez bien…
La morale de cette histoire est on ne peut plus audible : il est absolument stupide de murmurer à l'oreille des roseaux.
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10.05.2007
Se placer sous l'égide de
Sous l’égide de
[Sous la protection de]
Zeus, à peine parvenu au sommet du God40 (cf. la genèse du monde), sentit le cours de ses actions monter en bourses. La victime de l’OPA amicale avait pour nom Métis, déesse de la mémoire. La nounou avait joué un rôle crucial dans la guerre des Titans en faisant vomir à Chronos les frères et sœurs de Zeus, qu’il avait précédemment avalés. Ne sachant comment la gratifier, le nouveau boss opta pour le don de soi. Ce n’est pas la première fois qu’un mâle agit sans réfléchir. Une prédiction l’avait pourtant prévenu : « Si un deuxième fils Métis portera, alors plus puissant que son père il sera, et mal à la tronche tu auras ». Une fois ses hormones refroidies, Zeus réalisa la bévue. Et, cédant à l’usage en pareilles circonstances, il sauta sur la première idée venue, l’IVM : l’interruption volontaire de Maman. Il goba Métis (fâcheuse manie familiale) avant de vaquer à ses occupations divines. Quelques mois plus tard, en plein tournoi de pétanque olympienne (variante grecque), Zeus endura une terrible migraine, un mal qu’il ne connaissait qu’à ses maîtresses. Ne pouvant supporter la douleur plus longtemps, il se rendit chez son fiston, Héphaïstos. Le dieu forgeron eut beau se gratter la tête, il n’était pas médecin. Après avoir plaidé en vain son incompétence, il opéra à sa façon, la trépanation sauce Vulcain. D’un solide coup de marteau, il entailla le crâne de Zeus. En jaillit aussitôt une femme adulte, toute cuirassée et hurlante. Athéna venait de naître, après avoir achevé sa gestation in patero. Zeus, émerveillé, lui intima toutefois le silence. Ce n’était pas une raison pour jouer l’hystérique et brailler en tout sens, bordel de lui-même.
Tout rentra heureusement dans l’ordre. Athéna aimait beaucoup son papa, qui le lui rendait bien en retour. Surtout, l’intrépide faisait preuve d’une grande intelligence et d’une sacrée grande gueule. Elle devint la référence dans une foultitude de choses. C’était d’abord la déesse de la guerre, mais la guerre propre, comme on dira plus tard : on réfléchit, on planifie, et paf !, on frappe. Elle prenait l’exact opposé de son frère, Arès, qui évoluait davantage dans le registre brutal. Pour l’aider, elle reçut de son père une cuirasse magique, faite de peau de chèvre, l’égide. Quiconque se plaçait sous cette égide, était protégé de tout. À Athéna échut, en sus, la tête de Méduse, qu’elle ficha sur son bouclier afin de pétrifier ses adversaires. Ainsi parée, il devint dur de lui résister (ce qui n’est pas très fair-play, se plaindront ses victimes). Elle aida maints héros dans leur quête respective. Héraclès, Ulysse, Jason, vous croyez que c’est tout seul qu’ils s’en sont sortis ? Et bien, non il y avait une femme derrière ces morceaux de bravoure (toute vérité n’est pas bonne à dire, mais c’est un devoir).
Athéna fut également la protectrice de bien des villes. Pour faire bref, la miss plaça la barre très haut dans le monde antique. Plus héroïque que les hoplites, plus intelligente que la gent, plus belle que bien des stèles, Athéna était une référence pour tous les mâles. En plus, elle était vierge, comme l’huile de l’olivier qu’elle offrit aux Athéniens pour devenir leur patronne. À ce propos, une version tardive relate que le choix d’Athéna par la ville éponyme provoqua la punition de ses semblables. Les femmes de la cité avaient voté pour la déesse aux yeux pers, au dépend de Poséidon, le maquereau des eaux. Pour se venger, les hommes leur interdirent le droit de vote, celui de léguer leur nom à ses enfants, et d’être citoyenne. Fallait quand même pas que pareille initiative se répète à l’avenir. Et pourquoi pas une femme Présidente, pendant qu’on y est ?
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25.04.2007
Se croire sorti de la cuisse de Jupiter
[Quelqu'un qui se croit supérieur aux autres, qui se prend pour le centre du monde en étant égoïste et égocentrique]
Zeus, ou Jupiter pour les Romains (c’est le même), contemplait avec ennui le vaste monde tout en se tripotant les foudres. Si l’Olympe était toujours cet endroit sympathique, le roi des dieux s’était déjà attrapé tout ce qu’il y avait de donzelles potables et moins potables (voire pas du tout potable) à la ronde. C’est alors qu’il fut victime d’un coup de chaud en posant les yeux sur Sémélé. La fille du fondateur de Thèbes vaquait à ses occupations de femme du monde, commérage et épilation puisque les femmes savent faire deux choses à la fois. Revêtant les frusques d’un glabre promeneur (sloggy et abdos surnuméraires), Jupiter descendit sur terre et subjugua la princesse, qui succomba.
Ça aurait pu être une belle aventure sans lendemain, si la jalousie n’avait ruiné toute perspective heureuse. Héra, l’officielle de Jup’, était devenue, avec l’âge, fort suspicieuse. Remarquant que son volage de mari se rendait fréquemment en villégiature à Thèbes et ce, en période hors saison, elle le fila. Découvrant le pot aux roses, elle jugea bon d’emmêler Sémélé. La déesse instilla le doute quant à l’identité du mystérieux amant et pressa la princesse de la démasquer. Au retour de Jupiter, Sémélé argua, (on connaît l’incroyable don des femmes pour ne pas lâcher le morceau) argua, et… argua. Après de multiples pauses pipi, détournements de sujets, courses de chars impromptues, l’amant déposa les armes, car même un dieu cède face à la persuasion féminine*. Il consentit à se révéler sous sa véritable apparence, ce qui revenait à condamner à coup sûr la malheureuse, aucun mortel ne pouvant contempler un dieu dans toute sa gloire. Et c’est ce que savait pertinemment Héra (…méchante avec ça). Sémélé se consuma sur place, et Jupiter eut juste le temps de s’emparer du bébé (la surprise matrimoniale est le troisième pilier de la femme) que l’amante portait, le cachant à l’intérieur de sa cuisse. Pourquoi la cuisse ? Aucune hypothèse scientifique fiable recensée à ce jour.
Au bout de quelques mois, son quadriceps commença à le lancer, comme après un bon trois mille mètres steeple. Vu qu’il était dieu, immortel et assez balèze, cette gêne eut pour effet de lui friser les bacchantes. Le père porteur eut à peine le temps d’aller consulter que son membre se déchira sur la longueur et qu’en surgit un bébé vagissant. Vibrant de vie, Dionysos (le deux fois né), ou Bacchus en latin, futur dieu des vignes, avait réussi son entrée.
Joyeux drille, cette divinité assez cool prônait les vertus de la pochtronnade entre potes et la sagesse infinie du cuissage en réunion. Il lui arriva maintes aventures où, se réveillant de gueules de bois improbables, il surmontait les plus extrêmes situations (comme congédier une inconnue un lendemain de fête). Dionysos pensait tellement à sa trombine et tellement peu aux conséquences, qu’on lui prêtait un comportement égocentrique, égoïste, heu… tenez, comme un gosse [se croyant sorti de la cuisse de Jupiter].
Sa philosophie de vie fit pourtant des émules et des nanas adhérèrent rapidement au concept. Les Ménades, ou Bacchantes, se promenaient sur les chemins antiques en hurlant, dansant, s’extasiant et sexe s’adonnant. En outre, elles avaient l’alcool méchant et réduisaient fréquemment en charpie le malheureux quidam.
Dans notre langage philosophique, le dionysiaque symbolise les forces primaires qui nous traversent, l’ivresse des émotions, contrairement à l’apollinien, synonyme de maîtrise de soi, de raison, ou encore de l’art under control. À vous de faire votre choix.
*La discussion de couple, c’est comme un match de boxe avec deux combattants et, à la fin, la femme qui gagne… et si possible à l’aide d’un crochet bien vicelard dans le foie.
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28.03.2007
Tomber dans les bras de Morphée
Tomber dans les bras de Morphée
[S’endormir]
Toute histoire commence, généralement, par un « il y a fort longtemps ». Celle-ci mérite davantage un « il y a wouw!, ‘achté longtemps », émergea du Chaos, Nyx (la nuit, pour les intimes). Avant, même si ce n’était pas le déluge, il faisait tout simplement pas jour, et l’on réalisait de sacrées économies en achat d’interrupteurs. Nyx, qui était une femme et ne connaissait pas le parrain de la french variet, décida de faire un bébé toute seule. Pour être plus précis, une palanquée. Novice en la matière, on lui doit des choses heureuses, comme le jour, mais aussi des surgeons regrettables comme les divinités de la Vengeance, de la Discorde, plus d’autres affreux. Et, parmi tous ces chérubins, des jumeaux : Thanatos et Hypnos. L’aîné eut droit à un job bien placé, mais peu ragoûtant : dieu de la Mort. Quant au cadet, il décrocha une position socialement plus gratifiante, dieu du Sommeil.
Hypnos reçut en héritage un superbe appartement de fonction aux Enfers, (que l’on soupçonnait d’être son père, selon le « Voici » local). Il logeait dans un vaste palais de marbre au pied duquel coulait le fleuve de l’Oubli et s’étendait un jardin de fleurs de pavots. C’était un peu mort dans le coin, certes, mais d’un calme… Quoiqu’il en soit, Hypnos était fort puissant puisque, comme le disait un vieux dicton, qui endort au pieu, fait se qu’il veut. C’est pourquoi on le disait maître des humains et maître des dieux, et que tous le craignaient (même Zeus voulut lui faire la peau).
Fatalement, ce bon vieux marchand de sable engendra, lui aussi, des fils (un beau coup d’hypnose sur une nana convoitée, ça aide). Son petit préféré avait pour nom Morphée et était le dieu des rêves. Ce beau jeune homme ailé (et non pas un noir à lunettes de soleil rondes et en manteau en cuir) passait son temps à glander sur son lit chez le pater à s’injecter de la morphine. Pour sa défense, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire dans le coin, puisque ça bougeait pas terrible.
Mais, lorsqu’il lui fallait aller au turbin, Morphée n’allait non pas par quatre, mais par deux chemins. Sur la pointe des plumes, il s’incrustait dans le sommeil des gens en revêtant l’apparence d’un être cher (d’où son nom, Morphée, celui qui prend forme, pour ceux qui rêvent au fond, près du radiateur). Si le songe qu’il transmettait ne devait rester qu’un beau et doux rêve, Morphée passait par une grande porte d’ivoire. Mais si le rêve devait se réaliser, alors il empruntait la sortie de service, une petite porte taillée dans de la vulgaire corne. Voilà pourquoi l’on affirmait que ceux qui s’endormaient, tombaient dans les bras de Morphée.
Au grand dam de beaucoup de rêveurs, Morphée était un peu mégalo et préférait les entrées de flambeur. C’est pourquoi les rêves érotiques n’avaient jamais tendance à se concrétiser, contrairement aux réveils périodiques sur une "grosse" du quotidien. C’est un fait, et c’est tout à fait regrettable.
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22.03.2007
La genèse du monde, acte II
S’attirer les foudres de…
[S’exposer à la colère, au châtiment de…]
Ce coin, mon gars, c’est l’Olympe
[Domaine des dieux, lieu de vie paradisisaque]
Atlas
[Première vertèbre cervicale du cou, qui supporte la tête]
[Recueil de cartes géographiques]
Zeus, parvenu à l’âge adulte, sentit poindre un double sentiment. Un, il se sentait seul dans ce vaste monde, malgré ses potes crétois qui n’étaient, certes, pas des dieux. Surtout, il en voulait à son père de l’avoir rejeté. Pour satisfaire son désir de vengeance, il rendit visite à une tante Titanide. Heureuse de se découvrir un neveu, Métis accepta de l’aider. Zeus se fit enrôler à la cour de Cronos comme échanson, un type qui sert du pinard à table. Profitant d’une soirée de beuverie, il versa à son père une rasade de puissant vomitif, peut-être un concentré d’huile de foie de morue. Ni une, ni deux, Cronos se mit à dégobiller son midi. Et une surprise ; assez vorace et goulu, il avait avalé tout cru ses enfants. Et après le quatre-heures, le titan régurgita la pierre de substitution, suivie des autres marmots qu’il avait gloutonné. C’est ainsi que tous les frères et sœurs de Zeus retrouvèrent l’air libre. Hadès, Poséidon, Héra, et tutti quanti se payèrent une seconde naissance. Beauté de l’immortalité, ils avaient tous grandi au chaud dans le bide du pater et en sortirent adultes.
Aussitôt, la fratrie se tira sur Terre pour préparer la chute du père. Zeus, conscient de leur faiblesse numérique, se rendit dans le Tartare munie de la clé subtilisée, délivrer les cousins que Cronos avait enfermés. Les cyclopes, géants à cent bras et autres germains furent bientôt rejoints par quelques traîtres titans. Parmi eux, on retrouva des éléments de valeur. Prométhée qui, assez futé comme on le sait, avait présagé la chute de Cronos, et Nikê, déesse de la victoire, une alliée fort utile quand on part au combat (attention, il n’existe aucun lien avéré entre l’expression « comment je l’ai niqué » et cette respectable personnification).
La Rébellion put dès lors s’organiser. Les Cyclopes, en dépit de leur œil unique, étaient doués pour la technique. Pour Zeus, ils façonnèrent une arme terrible, des éclairs fulgurants. Quiconque s’attirait ses foudres, serait immanquablement châtié.
Une fois tous convenablement armés (passons sur l’équipement secondaire) les Dieux se lancèrent à l’assaut des Titans. La victoire fut aisée et Cronos acheva son règne en compagnie de ses frères dans le Tartare, qui en avait vu d’autres. Un de leurs alliés subit un châtiment plus poilant. L’ancien roi de l’Atlantide fut condamné à soutenir la voûte terrestre sur ses épaules. De là où il était, outre le fait que ça lui faisait mal ou cou, Atlas avait une vue panoramique imprenable sur la Terre. Quand ses vertèbres le laissaient en paix, il pouvait dresser de belles cartes géographiques.
L’ordre ancien étant tombé, il fallut organiser le nouveau. Zeus obtint la souveraineté sur la Terre , Poséidon régna sur la mer (pour pêcher à loisir avec son arme, le trident), et Hadès, le royaume souterrain des morts.
Pour fêter la victoire, et raffermir les liens entre frérots, Zeus demanda aux Géants de lui ériger une sacrée belle résidence. Il choisit le plus haut endroit du monde, le mont Olympe (depuis, il a un petit peu rapetissé) pour accueillir son complexe hôtelier six étoiles. Palais royal avec piscine chauffée, gigantesque discothèque, l’Olympe avait une capacité d’accueil de 4 000 dieux. Il y avait de l’hydromel à profusion et la bouffe des meilleurs marmitons. Royaume du bonheur, ça finissait en orgie assez régulièrement, et tous les Dieux aimaient à s’y rendre. Bref, c’était l’Olympe.
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15.03.2007
La genèse du monde
Dehors, c’est le chaos
[Ce qui est ou semble inorganisé, désordonné, confus, parfois incohérent ou obscur]
Un travail de Titan
[Une œuvre colossale]
Corne d’abondance
[Source d’abondantes richesses]
Dans toute mythologie comme dans toute histoire, il y a un début à tout. Loin, loin avant, au commencement du commencement, était une sorte de masse informe, une slime originel. Ça ressemblait à une grosse soupe dans laquelle bouillonnait du liquide, pétaradaient des gaz fumants et s’entrechoquaient des tas de roches. Comme vous pouvez l’imaginer, c’était pas le plus confortable des nids douillets et peu de choses y vivaient. Enfin pas de truc organisé ni de machin viable. Bref, c’était le chaos.
À force, ce nid à miasme fermenta tout seul. Un petit non matin d’un non temps, le blob originel enfanta tout seul. Coup sur coup, naquit la Nuit , la Lumière puis le Destin. Peu ou prou dans cet ordre, et ne me demandez pas pourquoi, le Chaos a ses raisons que la raison ignore... Mais ce n’était pas fini. Un peu plus tard, celle qu’on appelle la Terre Mère (Gaïa pour les intimes), se joignit aussi à la partie. Vous l’aurez remarqué au premier coup d’œil syntaxique, c’était une nana. Et comme pléthore de femmes, elle ne supporta pas bien longtemps la solitude. Dans un moment de profond désoeuvrement (ou de tricotage), elle rêva de couple et créa un mâle, Ouranos, plus connu sous le nom de Ciel. Et quand le ciel rencontre la terre, ça fait non pas un bel horizon, mais de beaux enfants. Six beaux et grands gaillards et six belles et grandes filles firent leur premier pas dans ce no man’s land qu’était le monde en genèse. On baptisa les douze, les Titans.
C’est à cet instant que se noua le premier drame du monde grec (si l’on omet la naissance du concept de couple). Qu’il supportait mal les premiers braillements ou qu’il se prenait pour le toit du monde, Ouranos développa une phobie à l’égard de ses gosses qu’il soupçonnait d’envier son statut. Fort doctement, le père voulut faire méditer les Titans sur la juste position de tout un chacun dans la hiérarchie de ce beau monde qui tendait à s’organiser. Pour les travaux pratiques, il créa un lieu sombre et perdu, le Tartare. C’était un endroit où résonnaient les « Aïe ! », mangé par les fines herbes. Il fallait s’en douter, les Titans en prirent ombrage sans toutefois oser se rebeller. Parmi ces mous du bulbe émergea un leader, Cronos. Futé et d’esprit volontaire, le Titan remonta enseigner les bonnes manière à son papa de Ciel. Sérieusement touché par ce geste de piété filiale, Ouranos prit la tangente en éclaboussant d’une belle traînée de sang le manteau de sa femme, Gaïa. Quel goret, vous devez penser. Et bien pas que. Ouranos se reproduisait via toute forme de liquide, y compris l’hémoglobine. Fort féconde, sa femme enfanta une autre portée de chérubins. À l’image de la conception foireuse, le résultat fut calamiteux. La Terre fut bientôt arpentée par des monstres tous plus affreux les uns que les autres: cyclopes, monstres à cent bras, géants de tout poil, etc., etc. Même s’ils n’étaient pas foncièrement méchants, leur sale tronche effrayait et l’endroit devint aussi peu fréquentable qu’une gare RER de banlieue. En digne fils de son père, Cronos enferma ses « frères » dans le Tartare, et les lieux purent retrouver leur quiétude neuylliesque. En se débarrassant tour à tour de son terrible père et de ses freaks brothers, il venait d’accomplir un vrai travail de Titan.
Sur Terre, il fallut élire un nouveau chef. Pourquoi ? Parce que le sens de la hiérarchie est inscrit dans les gènes, chers lecteurs, voilà tout. Les Titans désignèrent Cronos, eu égard à son courage. Mais comme ils se méfiait un peu de l’hérédité et des ses fâcheuses conséquences sur la conservation du pouvoir, ils décidèrent que le chef n’aurait pas d’enfants. Or, Cronos, qui était un peu rude de mœurs, ne voulait pas arrêter de jouer à saute croupion. Mais comme il désirait tout autant le pouvoir, il prit la décision de manger ses futurs enfants au petit déjeuner. Rhéa, sa régulière, finit par se lasser de cette fichue manie. Après l’expérimentation du couple, elle aurait bien voulu pouponner (tout un schéma comportemental se dessine, guettant dramatiquement l’humanité à venir). Lorsqu’elle mit au monde deux jumeaux, elle substitua le garçon par une grosse pierre emmitouflée dans des langes (n’allez pas chercher une quelconque raison au choix du mâle, la aussi c’est inscrit dans l’ordre des choses). Cronos n’y vit que du feu et le petit Zeus (c’était lui), fut envoyé sur Terre, loin de son cannibale de Père. Le petit Zeus Skywalker atterrit dans une communauté baba cool de Crète, exclusivement composée de mecs. Passant leur temps à boire de l’ouzo tout en dansant le sirtaki, ils parvinrent à faire suffisamment de tapage pour couvrir les vagissements du petit. Pour le nourrir, ils recrutèrent Amalthée. C’était une chèvre à fort beau pie (diamètre 3,14 cm) qui donnait un lait fort nutritif. Elle avait également une autre particularité, une belle corne au sommet du crâne. Mieux, l’appendice avait la propriété de se remplir régulièrement de fruit et d’hydromel. Vous ne croyez tout de même pas qu’on élève un enfant uniquement avec du fromage de brebis ? C’était la célèbre corne d’abondance.
Bien couvé, Zeus put achever sa croissance dans une ambiance masculine et joyeuse (ceci expliquant peut-être la vie de coureur de jupon doublé de ripailleur qu’il eut). Mais tout ayant une fin, une fois adulte, il lui restait à affronter son destin : son Vador de père.
Fin de la partie Un
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26.02.2007
Quel Adonis cet homme là !
[Jeune homme remarquable par sa beauté ; jeune homme qui fait le beau]
En ces temps-là, on aurait pu croire que l'amour avait moins de tabous. En apparence, seulement. Sur la petite île de Chypre, vivaient un roi, Cinyras, et sa fille, Myrrha. Il faisait beau, il faisait chaud, et les Chypriotes aimaient se griller des chipo sur leur brasero. Sur l’île, on vénérait la déesse de l'Amour, Aphrodite, locale de l'étape. Il leur était donc demandé un effort supplémentaire pour rendre hommage à une divinité, qui, de vous à moi, était bien agréable. Ce que Myrrha négligea. A cheval sur ses passe-droits, Aphrodite s'en courrouça. Elle fit en sorte que la princesse boudeuse mira son royal père d'un tout autre regard. Celle-ci tomba éperdument amoureuse de son royal géniteur et entreprit de lui faire la cour. Cinyras avait beau être en plein démon de midi, il ne vit pas les avances de sa fille, qui persista. Par une nuit sombre (et sauvage), elle s'introduisit (ou l'inverse), dans la couche de son papa. Au petit matin, Cinyras s'éveilla du sommeil du stupre. Et là, ce fut le fameux « tu t'es vu quand t'as bu », suivi d'une folle envie d'inciser l'incestueuse. Les dieux prirent en pitié la pauvrette, victime de l'amour, et la transformèrent in extremis en arbre à Myrrhe.
Seulement voilà. La fille du roi avait eu le temps de tomber enceinte. Et, neuf mois plus tard, quand un sanglier vint maladroitement heurter l'arbre, il en jaillit un petit bébé, Adonis. Rhooo ! Il était si mignon qu'Aphrodite en fut toute chose. Elle déposa le bambin dans un coffre en bois et le confia à une copine, Perséphone, l'épouse du dieu des morts. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que l'amour a autre chose à faire que pouponner, et les adultes sont tout de même plus intéressants pour faire joujou.
Le petit Adonis grandit et devint un bel adolescent vigoureux, magnifique et très attachant. À tel point qu'Aphrodite s'en émoustilla terriblement. Or, Perséphone s'était, elle aussi, habituée au minet. Elle voulut le garder rien que pour elle. Pris entre deux feux, Adonis ne savait pas à quelle sauce il allait être mangé. Ce qui tombe bien, puisque, pas une seule fois on ne lui demanda son avis. Finalement, Zeus, fatigué par les cris et les crêpages de chignon, trancha. Ce sera trois mois pour Perséphone, et trois mois pour Aphrodite. Le reste du temps, libre à lui d'aller chasser, roupiller, ad lib.
Quelques années plus tard, alors qu'Adonis chassait, justement, voilà-t-y pas qu'il croisa de nouveau la route d'un sanglier fou furieux. Pris au dépourvu, Adonis ne put empêcher dans son corps, les défenses d'entrer. Accident de chasse, me direz-vous ? Pas du tout. La bête n'était autre qu'Arès, le dieu de la guerre, et accessoirement mari d'Aphrodite. En agonisant, Adonis perdit tout son sang, ce qui fit fleurir de belles anémones rouges. Rendu inconsolable par la perte de son Adonis, Aphrodite obtint que le jeune homme ressuscite six mois de l'année, à l'image de la végétation à laquelle il était associé. L'autre morale de l'histoire, c'est qu'en cas d'adultère, il faut éviter tout cocu amer et armé.
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17.10.2006
Trois pour le prix de Troie
Jouer les cassandre [oiseau de mauvais augure]
Une voix de stentor [voix très puissante]
Un mentor [guide spirituel]
Amis lecteurs, cette semaine, ce sera trois expressions pour le prix d'une. La guerre de Troie fut une période brutale, qui mit aux prises foultitude de héros. Il y avait les grands, Achille, Hector, et autres Ulysse. Dans leur ombre, vivotaient des glorieux de seconde zone. Voici leur histoire.
En ces temps reculés, prospérait une ville qui portait le nom de Troie. Loin d'être réputée pour ses magasins d'usine, la cité dominait l'actuelle Turquie. Les Grecs en nourrirent une grande jalousie. Il est vrai que Troie disposait d'une vue sur la mer à faire pâlir un promoteur à Saint-Tropez. Bon, dans les faits, c'était plutôt sa richesse qui faisait rêver. Quoi qu'il en soit, le grand chef des Grecs, Agamemnon, rendu aigri par son piètre nom, argua d'un prétexte fallacieux pour aller taper sur l'opulente Orientale : Hélène, la femme de son frère Méléagre, s'était fait la belle avec Paris, fils du roi de Troie. Au lieu de se cantonner à une simple histoire de cul, l'affaire déflagra en un terrible conflit qui s'éternisa dix ans.
StentorDans le camp grec, bataillait un certain Stentor. Ce fier guerrier était doté d'un fort bel organe. Il était capable de crier aussi fort que 50 gusses à la fois (on tient peut-être l'ancêtre de Lara Fabian). Au lieu de faire carrière dans le gospel, il fit héraut grec. C'est-à-dire qu'il hurlait pour galvaniser les troupes. De deux choses l'une. Soit ses hommes en avaient assez et se jetaient dans la bataille, d'oreille lasse, soit ils adhéraient à une mode musicale bien éloignée de la nôtre. Stentor faisait des miracles et alla jusqu'à inventer la trompette. Il remplit sa fonction à merveille, jusqu'au jour où il défia le dieu Hermès à chœurs et à cris. On n'importune jamais une divinité, c'est pourtant bien connu. Le fanfaron se péta les cordes vocales et mourut piteusement, comme une trompette.
CassandreEn face, derrière les murs troyens, vivait Cassandre. Le dieu Apollon avait offert à la fille du roi Priam (il avait 50 enfants), le don de prophétie. Mais on connaît bien notre Apollon, c'était un chaud lapin. Il voulut s'attraper la p'tite dans les fourrés, mais celle-ci déclina la proposition. On n'importune jamais, vous connaissez le refrain… Le dieu solaire, pour se venger, condamna la cruche à ne jamais être crue (le comble du prophète). Cassandre passa le siège de Troie à prévenir les siens des catastrophes prochaines, sans que ceux-ci ne la prennent un instant au sérieux. Au bout du compte, ils auraient pu avoir un doute, mais… non. C'est ainsi qu'elle assista à l'entrée du célèbre cheval de Troie à l'intérieur des remparts, qu'elle endura le carnage des siens et finit l'histoire comme otage. Heureusement pour elle, Agamemnon tomba fol amoureux d'elle. Le roi oublia sa femme, restée à la maison, et lui fit deux enfants. Happy end ? Que nenni. Au retour en Grèce, Cassandre prédit la vengeance terrible de la légitime (prédiction ou bon sens féminin, je vous laisse juge). Que croyez-vous qu'il advint ? Agamemnon lui déposa un baiser mouillé sur le front, avant de se faire trucider, lui, les deux enfants et sa maîtresse… Car sa femme n'avait pas oublié, elle.
MentorLe troisième sans-grade eut une fin moins triste. Il s'appelait Mentor. Ce n'était pas un spécialiste de la menterie, ni un inventeur de confiserie. C'était un vieux pote d'Ulysse, le roi d'Ithaque, qui s'était mis sur son 31 pour la guerre dont je vous parle depuis quelques lignes. Mais voilà. Les charognards ne rôdent pas seulement au combat. Pendant son absence, beaucoup de jeunes gandins (et moins jeunes) vinrent tourner autour de sa femme, Pénélope. Le souci, pour Ulysse, c'est qu'il fut pris en grippe par le dieu Poséidon et que sa galère ne dura pas dix, mais vingt ans. Autant dire, une véritable odyssée. Or, le roi n'était pas né de la dernière averse. Avant de partir, il avait confié à Mentor le soin de veiller sur sa femme, ainsi que sur son fils, Télémaque. Tant et si bien que le sage fit office de guide pour le prince et s'échina à repousser les scélérats. Ulysse acheva enfin son périple et, rendu furax un max par les cachoteries, tailla le groupe à la pointe de son épée. Parce que faut pas déconner. On touche pas à la femme d'un héros.
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11.10.2006
À quoi servent les muses ?
[Ce qui inspire un écrivain ; inspiration poétique, souvent imaginée par le créateur sous l'apparence d'une femme. Don, invention artistique.]
Avant d’être un groupe de rock, les Muses étaient une bande de nanas. Le monde d’avant était violent, dur, rempli de Ben Laden et de Georges Bush. Pour compenser cette absence d’amour, il y avait des exceptions dont les Muses faisaient partie. Les sœurs étaient nées des amours entre Zeus (toujours lui) et Mnémosyne, déesse de la mémoire. À leurs neuf nuits de sexe avaient succédé, neuf mois plus tard, neuf filles.
Les Muses avaient été gâtées par les dieux. Intelligentes et belles, elles développèrent très tôt un goût pour la poésie, le chant, la littérature, la philosophie, bref, toutes les choses de l’esprit que les hommes regardent avec un œil complaisant. Et à force de passer leur jeunesse à badiner, elles cultivèrent chacune leur don jusqu’à l’excellence. Si bien qu’une fois adultes, elles en vinrent à constituer un groupe folklo de réputation internationale, tout du moins dans le monde antique. Elles se produisaient soit sur l’Olympe, pour divertir dieux et people, soit répétaient chez elle, sur le mont Parnasse (qui se situe, je vous le rappelle, non pas dans le sud de Paris, mais dans le nord de la Grèce).
Au nombre de neuf, la plupart sont depuis tombées en désuétude. Les plus célèbres étaient : Clio, muse de l’histoire (et non pas de Renault), Euterpe, muse de la musique (notez ce lien entre les deux noms), Terpsichore, muse de la danse, Melpomène, muse de la tragédie, Thalie, muse de la comédie, Uranie, muse de l’astronomie.
Les Muses remplissaient une fonction : elles inspiraient les hommes en servant de médiatrices entre les dieux et les poètes. Pour parodier un chanteur, lorsque ça arrive, ce n’est pas l’homme qui prend la muse, mais la muse qui prend l’homme. Directement injectée en intraveineuse, l’inspiration provoquait fièvre créatrice et état second que l’on observe chez la plupart des grands créateurs : peintres (Dali), musiciens (Gainsbourg), écrivains (Hunter Thompson), parfois animateurs sur TF1 (Nikos est véritablement inspiré, si, si).
L’important quand cela survenait, était d’en profiter. Les Grecs l’avaient compris, toute inspiration est éphémère. Comme leurs lointaines descendantes, les hippies, les déesses étaient versatiles. Et quand les Muses changent d’âne, le créateur subit les affres de la panne. Des créateurs ont foncé droit dans la muse et ont fini par prendre les déesses pour des bouteilles (de scotch, par exemple). Il convient donc de zapper en attendant la prochaine inspiration. Sans quoi, vous finirez au Musée.
Micro-trottoir :El Diablo (démon) :
— Ah non, désolé, je n’ai pas dit, c’est ma muse, mais ça m’amuse.
Monsieur Albert E. (génie scientifique) :
— J’ai connu une muse, ça m’a permis de travailler sur la relativité des choses.
Né sous X (muse addicted) :
— Au début, c’est planant. Mais quand vous tombé dans leur musette, attention la descente. Et je dis pas ça parce que c’est ma 108e cure de démusication .
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