23.12.2005
Episode Deux: L'attaque des "stone"
01h30 Place de la république
La place de la République semble être le centre névralgique de Rennes, le lieu de départ du réseau de lignes de bus. Exceptionnellement, il sert d'ultime point de ralliement pour les attardés du centre-ville. Au sol, des ordures jonchent le sol en périphérie de la rivière Vilaine. L’atmosphère résonne des vagissements des derniers bourrés. Que je crois. La rue Jean Jaurès que nous avons empruntée pour rejoindre la cohorte est bloquée par une ligne de CRS aux pieds desquels atterrissent divers projectiles. A un jet de canette, des teuffers poursuivent la lutte urbaine. Ce n’est pas Beyrouth, mais l’ambiance vaut son pesant de voltage. Davantage attiré par le goût de la bière que celui du sang, nous posons l’équation : entre le groupe, nous, et l’objectif, les navettes affrétés par le festival, deux camps prêts à en découdre jusqu’au bout de la nuit. Vaillamment, nous votons pour une percée pacifique entre les lignes adverses. Un sourire premier - de-la-classe-égaré-par-inadvertance - dans-le-coin, et les gardes mobiles nous laissent passer. Plus loin, un poing-levé-en-signe-de-ralliement-à-la-rébellion, et le tour est joué. A nous, la gare routière.
02h20 Correspondance vers les Trans’
Sur la carte schématisée de Rennes, le Parc des expositions jouxte la ville. Dans la réalité, les Transmusicales sont éloignées. Exilées, même. Derrière les vitres défile un paysage de zone industrielle. Si la virée ne s’est pas transformée en Waterloo, dehors, c’est quand même morne plaine. Des successions d’enseignes d’entrepôts et de bureaux nous escortent de leurs néons putassiers.
A bord, Coquin lie connaissance avec quelques égarés pendant nous tétons quelques gouttes de vodka. Le breuvage me brume les yeux. Je lutte contre l’assoupissement d’ivrogne en phase transitoire en lorgnant mes semblables imbibés.
Une demi-heure vient de s’écouler et la navette s’arrête enfin sous les vivats des passagers soulagés. Sur le parking géant, d’autres cars, d’autres amateurs. Et le froid, carnivore. Des parallélépipèdes de tôles signalent l’oméga du voyage. Pour y accéder, il faut emprunter un sentier boueux bordé de barrières. Soulevées par l’air congelé, des notes prometteuses nous pleuvent sur la vareuse.
02h50 : L’El Do Renno
Trois guichets tirent autant de langues de spectateurs en quête de sésame. Heureusement, l’attente n’est pas très longue. Arrivé au comptoir, un jeune vendeur, nous invite à régler la modique somme de 32 euros par tête de pipe. C’est expensive, comme dirait un Anglais. Coquin tente une négociation légitime. À une heure si tardive, la réduction s’impose. « Que nenni ! » nous rétorque le guichetier, avec sa trogne de malandrin. « Il y aura bien une heure où le tarif baissera, mais quand, bien malin qui saura ». Nous pestons mais rendons raison en pianotant notre code bancaire. À côté, Ze Herb et Fée bleue nous rejoignent. Pour eux, c’est 24 euros. La nouvelle empourpre le visage de Coquin. Je l’empêche d’aller perdre de précieuses minutes à gagner de pauvres piécettes. Un doigt levé suffira. La cause est perdue. La soirée, pas tout à fait.
03H15 : Coin buvette
Les environs grouillent de monde. Calfeutrées au tiède à l’intérieur de cinq vastes halls (en comptant a zone en accès libre), 20 000 personnes trépignent. Les festivaliers se déplacent par groupe, sautant de salle en salle, évitant les allées à l’air libre. Les bâtiments disposent de suffisamment d’espace pour que nous puissions respirer. L’ambiance bon enfant colle au public présent. Blanc en grande majorité, moyenne d’âge peut-être de 25 ans.
Après une rapide revue d’effectifs des groupes en performance, nous prenons nos quartiers au coin buvette. Petite déception, les barmen ne vendent que des bières. Dommage, un scotch m’aurait remis d’aplomb. Assis à une table de bois, je consulte ma montre : 03H00. Diantre, il faudra lutter.
Coquin interpelle un groupe de quidams. Sur les dizaines de milliers de visiteurs enregistrés, le gredin trouve le moyen de rencontrer des connaissances. C’est un Homo fiestus sociabilitus, une branche cousine de celle d’El Diablo. A peine le temps de lamper que le voilà parti en vadrouille.
03H45 : Mon Dieu ! De l’herbe
L’alcool ne parvient plus à me réchauffer. C’est la misère. Les lèvres bleuies, le souffle mourant, j’accueille avec une joie fatiguée le retour de Coquin qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Après avoir taillé le bout de gras, il me revient pourvu d’un petit paquet d’herbe. Je l’embrasserais presque si les effusions en public ne me gênaient autant. En parlant d’herbe, notre ami et sa dulcinée se sont envolés. Comme partis en fumée. J’en profite pour rouler deux joints 100 % naturel.
03H45 : Revue d’effectifs
Les effets se font immédiatement ressentir. Mes synapses se mettent à frétiller comme des gardons dans une épuisette. Le produit d’excellente facture nous rebranche sur ampli. Dans le hall 4, Coquin remarque une bassiste d’un groupe russe, Messer Chups and Lydia Kavin. Mignonne, garde-robe stylée, musique soignée. Nous poursuivons notre tour, sans véritablement trouver notre bonheur. On dandine sur place, on opine du chef, on bat la mesure du doigt. Mais au fond, rien de transcendant. La presse se fera par la suite l’écho de cette impression de déjà entendu ; le festival, même de bon cru, a ronronné. Les Fugees, reformés pour l’occasion n’auront pas scoré avec leurs reprises essorées. Le chanteur Catherine, accompagné des Little Rabbits, aura dénoté avec ses mélodies et textes décalés. Mais de baffes de baffles, point cette année. Tout semble tranquille. Trop. La tête haute perchée, nous partons admirer le doigter de Rubin Steiner.
04H40 Décollage
La tête d’affiche électro de la soirée balance un son convenable et convenu. Les nappes sont léchées, les notes épurées, mais le tout se gèle en atmosphère avant même d’atterrir. Les amis de Coquins décident changent subitement de direction. Dans un hall voisin, la performance de la soirée aurait débuté. Pour les néophytes, Tiga est une star de l’électro. Le DJ canadien tourne autour de la Terre comme un diamant sur les sillons d’un vinyle. La rumeur est fondée. Dès l’entrée, la connexion s’opère instantanément.
Nous pénétrons une foule suffisamment alvéolée pour évaporer mon agoraphobie. Tel un chaud geyser de froide Islande, Tiga ébulle l’ambiance. Ayez. Je sens poindre la grosse montée musicale. Le son m’emporte comme un rouleau de mer. Au diable le froid sibérien, le manteau tombe par terre. L’étincelle musicale a scintillé, inexplicablement, ce soir de décembre. Petit cours de rattrapage pour les néophytes.
L’électro agit comme un courant porteur. Elle a pour parentes ces cérémonies amérindiennes et africaines, ces musiques qui s’écoutent plus avec le corps qu’avec le cortex. Des percussions, une voix envoûtante et un honnête psychotrope, vous êtes parés pour le grand décollage.
Entraîné par la mesure, le battement cardiaque s’emballe. Grimpe. Jusqu’à chauffer vos organes. Irradier le cerveau. Le corps est hypnotisé. Et vous, en transe. Conscient et à la fois inconscient.
Là-haut sur l’estrade, le grand chaman fait vibrer la foule subjuguée. Le concert suspend l’instant dans le temps, dans l’espace. En l’espèce. Nous sommes happés, sautant de nappe en nappe, surfant sur les courbes des décibels. C’est comme, une apnée cérébrale, une pause dans la pensée.
Sur mes lèvres se dessine le sourire du bonheur. Le signe d’un bonheur intense qui monte sans que cela semble vouloir s’arrêter. L’instant se prolonge, long comme orgasme féminin, qui ne décline pas. Voilà le trip que je suis venu chercher. Celui d’un instant en dehors du temps, d’un moment de plaisir. Et si pour certains il est d’abord artificiel, il n’en reste pas moins paradis. Ce soir-là, Tiga, nous a fait voyager dans le cosmos. Que grâce lui soit rendu…
06h00 : Atterrissage
Je me réveille en plein milieu du set DJ Marky et Dynamite MC, solides artisans d’une jungle latine et épicée. Le rythme effréné des BPM, les percussions électriques, la jungle agressive et la vive lumière blanche, ont prorogé les minutes hors du temps. Hélas, toute drogue ayant une fin, et toute fatigue un caractère inéluctable, l’appel du retour se met à tintinnabuler à mes oreilles fatiguées. Coquin acquiesce. Nous remarquons la disparition de Ze Herb et de sa dulcinée. Comme évaporés. Une précédente et malheureuse expérience nous incite à précéder les vagues de départ. Il n’y a rien de pire que de se retrouver concassé parmi une foule hystérique, lorsque l’épuisement vous martèle la tête et vous scie les jambes.
07H00 : Transit intestinal
Après avoir tenu le crachoir à deux jeunes personnes dans la navette, nous atterrissons à la croissanterie de la gare de Rennes. Les lieux sont déserts, mis à part une cinquantaine de revenants des Trans’. Le TGV du retour est prévu à 08h50. Pour patienter, nous enfilons les cafés et maxipains au chocolat à s’en faire péter l’estomac. Ne sachant rien fait d’autre que ce dans quoi il excelle, Coquin retrouve une ancienne connaissance. Fille. Pour changer, tiens. Pour ma part, le harassement est supportable mais ne m’empêche pas de rêver de Paris et de mon lit. Bientôt, je me laisserai bercer par le murmure du TGV. Avec une certitude en tête. J’avais atteint le but de ma quête dominicale. Le grand trip m’avait frappé en pleine poire. Ce n’était pas le rêve américain, seulement son petit frère, le Breton. Et c’est déjà bien.
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07.12.2005
Pourquoi les femmes sont parfois des furies?
[Furie : femme donnant libre cours à sa colère, à sa haine avec violence. Mais pourquoi me direz-vous ?]
Durant l'Antiquité, on ne rigolait pas avec les crimes de sang. Les Anciens accordaient une attention toute particulière à la famille : on se serrait les coudes, on se sautait pas au cou. Nuance.
Et quand cela arrivait, non seulement vous deveniez la risée du quartier, mais en plus, vous étiez fiché au grand banditisme divin. Une brigade spéciale d'intervention était dépêchée sur Terre pour punir le tueur de papa, l'étrangleur de maman, ou le violeur de la petite soeur. Trois déesses composaient ce corps de choc : Alecto l'implacable, Mégère la malveillante et Tisiphone la vengeresse du meurtre.
Une fois le crime commis, il n'y avait pas de répit pour le criminel. Les Furies retrouvaient toujours leur proie. Elles pouvaient vous tomber sur le paletot au carrefour d'un chemin, au détour d'une ruelle, parfois à coin d'une table de taverne. La sanction, immédiate, était la même pour tous : les traqués devenaient tous détraqués, complètement fous à lier. Soit les coupables en mouraient, soit ils expiaient durement leur faute au terme d'un parcours du repentir.Les Erinyes ou Furies symbolisaient le remords et les tourments qui assaillent le pécheur. De nos jours, une furie désigne une femme particulièrement remontée, bien décidée à pourrir la vie d'un malheureux. Quant à la mégère, nous la retrouvons au domicile conjugal, inlassable cerbère veillant le retour de Bibi, armée de son rouleau à pâtisserie. Notons que la mégère s'évertue à faire payer les fautes, fondées ou non, de son conjoint. Là n'est pas, de toute façon, l'important : Bibi a toujours tort, c'est une règle immuable.
23:45 Publié dans Mythologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.11.2005
Banlieue, arrière cour de Roissy

Mercredi 16 novembre
08h00 : Roissy Charles de Gaulle RER
La buée s’échappe en volutes, avec en toile de fond, le crachin du matin. L’air est tellement chargé en brume que je m’attends à voir surgir le Titanic. Je suis venu vérifier ce que le voyageur ingurgite à bord d’un avion. Tel un inspecteur de l’hygiène, je m’apprête à percer le mystère des plateaux-repas. Les commerciaux vagabonds m’en sauront gré pour l’éternité.
09h45 : Dans le Saint des Saints
Après le passage de deux portiques de sécurité, trois fouilles au corps et un échange carte d’identité contre badge d’accès, j’atterris dans une sorte d’antichambre de décontamination. Le responsable d’exploitation désigne du doigt un grand évier d’aluminium semblable aux spécimens des anciens pensionnats : lavage des mains obligatoire. Je m’exécute en lorgnant son accoutrement. Charlotte sur le crâne, blouse blanche en PVC, chaussons aux pieds. Je pressens le pire. Quelques minutes plus tard, nous ressemblons à des trafiquants dans un atelier de transformation de cocaïne. Laboratoire de contrôle, process minutés, le transit de bouffe n’excède pas huit heures entre les murs. Rassurons les commerciaux vagabonds. Ça déconne pas avec l’hygiène.
10h30 : Melting pot
Nous traversons une série de salles sous température dirigée. Des Noirs, des Arabes, un Blanc… Des Noirs, des Arabes, des Indiens, un Blanc. Chaque jour, 46 nationalités s’affairent pour préparer les 35 000 petits plateaux-repas servis dans des avions empruntés par une majorité de blancs. Le plus grand pourvoyeur de bras de l’aéroport, c’est la banlieue. Et les métiers proposés ne sont pas des plus sympathiques. Dans un atelier d’assemblage, des dames aux joues charbon enroulent les serviettes autour des couverts… 20 000 fourchettes et couteaux passent quotidiennement entre leurs petites mimines. Un adjectif pire qu’ingrat, ça existe ? De deux choses l’une. Ou les ethnies colorées sont intellectuellement en deçà des Caucasiens. Ou bien notre pays traverse une sacrée époque de discrimination aux études…
11H20 : Si j’étais riche
Nous venons d’entrer dans l’un des six ateliers ethniques. À l’heure de la mondialisation, les restaurateurs du ciel s’adaptent aux coutumes allogènes. Les grandes gastronomies ont le droit à leur spécialité. Ici, un Japonais à la jeunesse bien passée, cheveux poivre et sel, s’acharne sur un innocent légume. On me le présente comme un authentique chef nippon. Il confectionne les menus des premières classes en partance pour le pays du soleil levant. Rien que du frais. Tout est cuisiné comme au restaurant. Le toqué m’explique son job, avant de glisser dans ce formidable et tonitruant accent japonais :
— Première classe, 6 000 eu’os !
— Tout cela ? Réponds-je, en feintant l’étonnement
— Deuxième classe, 600 eu’os !
— Ah oui, 5 000 euros le menu, ça a intérêt à être bon…
12h00 : Bis repetita
La visite s’achève à l’intérieur d’un Boeing 777 affrété pour un vol San Francisco. J’arpente les Premium class, le top du top. Les sièges « cellules », spacieux, boisés donnent envie de s’y vautrer. Les passagers ont le choix entre plusieurs plats, écran LCD 15 pouces. 5 000 euros le billet. C’est juste cinq fois le SMIC. Brut. Comme le champagne servi à volonté.
12h45 : Popote interne
Les responsables d’exploitation me convient au restaurant de l’entreprise. Pas la cantine, celle de la direction, avec un maître de table, poli, la nuque droite, silencieux et serviable. Mes interlocuteurs ne sont pas les hauts dirigeants de la boîte. Mais les opérationnels. Ils conservent un lien avec le concret, là où les décisionnaires ont perdu la réalité du terrain. Les opérationnels engueulent un homme quand les administratifs licencient une source de coût.
Si leur discours stigmatise l’aspiration à la fainéantise d’une partie des ouvriers, ils mâtinent leur discours d’une affection du quotidien. Tenez, par exemple, Guy, responsable d’exploitation. Avec sa moustache gauloise et ses yeux bleu vodka, cet ouvrier sans formation a gravi en 28 ans presque tous les échelons. Il n’ira pas plus haut : pas d’études sup’, pas de sens de la stratégie fécondée sous MBA. Mais on sent l’expérience, le cambouis de la pratique. Et c’est un rouage. Indispensable.
13h28 : Chauffe Marcel
La discussion tressaute sur l’actualité, celle des banlieues chaudes. Je tâte le pouls de la vraie France. Celle d’en bas. En banlieue, il n’y a pas que les bagnoles qui ont chauffé. Les esprits aussi. Loin des bulles parisiennes, le poids de l’acier fondu plombe les avis. C’est ici que se jouent les élections de 2007. Et Sarko n’est jamais très loin. Son discours sécuritaire hante les esprits. Sans analyser les causes, l’insécurité est une conséquence ressentie par tous.
14h00 : Que vous soyez puissant…
Arrive le moment que je préfère : quand les petits confient les secrets des grands. Je vous en livre quelques un, mais ne dites pas que c’est moi qui vous l’ai dit. Une task force a été montée pour élaborer en un temps record les envies de culinaires des VIP. Par exemple, le fils du sultan de Brunei a refusé tous les menus gastronomes. Il voulait un Mac Do. À deux heures du matin. Selon que vous soyez puissants ou misérables, la justice vous rendra puissant ou misérable, écrivait La Fontaine. Le roi Fahd d’Arabie Saoudite, se pose un bel après-midi à bord de son Boeing 707 et loupe sa correspondance pour New York. Le Concorde est parti depuis deux heures. Problème, il n’existe que deux vols par jour. Pas très grave : Air France affrète le supersonique du président de la République pour son pote roi du pétrole. L’avion décollera deux heures plus tard, avec à bord, un royal passager. À l’inverse, le président du Cameroun, furieux d’avoir manqué sa correspondance, vient rouspéter et exiger la mise à disposition d’un aéronef. Pas très grave. Il repartira en première sur le prochain vol commercial. Comme tout le monde.
15:40 Publié dans Reportage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.11.2005
Pourquoi ouvre-t-on la boite de Pandore?
[S'exposer par une initiative imprudente à de graves dangers]
Il était une fois, à l'aube des temps, deux Titans. Prométhée et Épiméthée avaient échappé à la colère de Zeus, quand le roi de dieux avait puni cette race de géants en les rayant de la surface de la Terre. Or , les deux frères avaient l'âme inventive et les pouvoirs qui vont avec. L'aîné, Epiméthée, s'était atteler à la création d'animaux : hippopotame, zébu, gazelle, lion, phacochère, et j'en passe des vers et des poils durs. Le caractère déluré du géniteur explique les étranges silhouettes du bestiaire terrestre ; une corne par ci, une foufoune autour du cou par là, le Titan s'était lâché. Prométhée, son frère, faisait preuve de plus de pondération. Après mûre réflexion, il créa finalement l'homme. On se demande pourquoi il prit autant de temps, puisque la bête était à l'image des dieux, avec ses deux mains, ses deux jambes et sa moumoute sur la tête. Malheureusement dépourvu de défense naturelle (Épiméthée avait épuisé le stock de dards, cornes, piques, cuirs, et venins en tout genre) son bébé se trouvait fort dépourvu quand les fauves furent venus. Pour y remédier, le géniteur commit l'impensable : il subtilisa du feu aux dieux pour le refiler aux hommes. Le feu, à l'époque, c'était l'ultime outil, la valeur ajoutée qui vous plaçait au-dessus des autres. Le larcin irrita des hôtes de l'Olympe, jaloux de nature. Mais Prométhée, en papa gâteau qu'il était, s'entêta sur la pente glissante de l'amour filial. Il commit une deuxième bourde (une sombre histoire de sacrifice), ce qui précipita sa chute. Zeus, définitivement en pétard, punit le rebelle. Le pauvre Titan passera le restant de ses jours enchaîné sur une montagne du Caucase à se faire picorer le foie par un vautour (souffrance sans commune mesure avec une crise du même organe).
Bien que jouissif, le châtiment n'apaisa pas les dieux, inquiets de voir proliférer sur Terre une intelligence du troisième type (les dieux, les titans et donc, les humains). Une idée féroce et machiavélique (rire diabolique) germa dans leur esprit mesquin.
Aussi saugrenu que cela puisse paraître, personne n'avait pas pensé à inventer le pendant féminin de l'homme. Et un beau soir d'intense brainstorming, les dieux créèrent la femme. Héphaïstos, dieu du feu, mit la main à la pâte et modela le premier corps féminin. La créature de glaise fut baptisée du nom de Pandore, ce qui signifie, tous les dons ou, cadeau de tous. Chacun y mit du sien : Aphrodite lui accorda la beauté pour la faire aimer de tous, et Hermès, divinité du commerce, la fit experte en ruse et imagination (liste non exhaustive)
C'est donc toute belle et toute chaude que Pandore fut dépêchée sur terre. L'effet ne se fit pas tarder. La langue pendante et la nuque raide, les hommes s'agglutinèrent devant le canon de beauté. Mais ce fut Épiméthée qui emporta le morceau (il était puissant, un argument qui ne se discute pas, quelle que soit l'époque).
Comblé, le couple coula des jours heureux. Hélas, le Titan gardait précieusement au fond d'une cave condamnée, une boîte. Si banale et petite qu'elle fut, il avait expressément interdit à Pandore de l'ouvrir. Hélas, derechef. Si celle-ci avait beaucoup de qualité, on l'avait affublé au dernier moment d'un petit défaut : la curiosité (trait persistant ayant traversé les siècles).
Un beau soir, la belle femme n'en tenant plus, ouvrit la boite interdite. En jaillirent aussitôt tous les maux que Prométhée avait épargnés aux hommes : misère, souffrance, peine, maladie, querelle, religion et chaude pisse se déversèrent sur l'humanité.
Les dieux tenaient leur vengeance. Les hommes allaient en trimer pour un sacré bout de temps. D'où ouvrir la boîte de Pandore. Incidemment, deux morales découlent de ce mythe. La première nous apprend que sans les femmes les hommes se la couleraient douce encore aujourd'hui. La deuxième nous rappelle qu'à fourrer son nez au mauvais endroit, on s'expose au grand n'importe quoi.
14:10 Publié dans Mythologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
02.11.2005
Lost in Hanovre

10H00 : Parc des expositions
J’ai posé les pieds en Allemagne, le temps d’un blitz reportage certain de m’enquiquiner ferme de 05h00 à 22h00, TTC.
Groβ erreur !
À mi-chemin entre le cirque Bouglione et la foire de Paris, le Salon international que je viens couvrir aligne des mensurations de mastodonte : 50 000 visiteurs, 75 000 m2, 30 000 sandwiches, quelques prostituées, une tripotée de détritus, et en queue de pelotons, 105 journalistes triés sur le volet. Ce n’est pas rien.
C’est même énorme pour assister à du pur concentré de technologie, point de vue puriste. Des machines, de la tôle et de la BELLE MECANIK point de vue pragmatique. L’Allemagne, énorme puissance industrielle ferait passer la France pour un frustre champ de pissenlits cultivés par des bouseux. Avec des sabots.
10H42 : Espace Presse
L’air sec véhicule des relents de saucisses, les narines palpitent sous les effluves de fromage. L’Allemand ingurgite tôt de bonne heure de copieux petits déj’ à faire pâlir le réalisateur de « Supersize me ». C’est pas leur faute, paraît-il, c’est culturel.
Un Germain de 105 kilos en costard et tongs en cuir avale un sandwich de boursin au basilic. Une langoureuse rigole laiteuse dégouline le long de ses lèvres. Sur la table, la suite attend son heure : tranches de jambon crû et charcuteries huileuses mélangent leur arôme à celui du café.
11H00 : tenue de soirée
À l’intérieur d’un hall, des kilos de son digne d’un teknival sauvage phagocytent l’espace sonore. Des jeux de lumière zèbrent l’obscurité et les tenues moulantes de 5 danseuses. Un parterre d’hommes d’affaires et commerciaux tape dans ses mains, incités par un staff crew très féminin. Le sens du spectacle fait partie du folklore local. Pour de l’industrie, ça frise l'incongru. Un mec en manteau de cuir et lunettes rondes gesticule sur un chariot élévateur. Je suis sûr que c'est du playback. On ne peut pas piloter un chariot et chanter en même temps. On la fait pas à un pro du domaine quand même.
11H45: My precious (obscure réplique de film)
Un directeur général allemand ventripotent postillonne dans la langue de Beckenbauer répondant goulûment aux questions de la presse, qui, peu rancunière, l’encercle de micros.
Gollum me gâche le travail en faisant obstacle de son dos, concentré sur le braquage de son enregistreur sous la moustache frémissante du big boss. Golum est une vieille connaissance. A 64 ans, il est au journalisme éco ce que l’homme de Neandertal est à l’Homo sapiens : nain, râblais, une couronne de cheveux filasses et graisseux tombant sur une nuque de taureau. Grossis par des verres à double foyer, deux petits yeux porcins clignotent comme un phare en haute mer. Le long de sa joue tavelée par les ans, un filet séché de sérum physiologique a laissé un ruisselet de croûte. Et dans son dos une constellation de pellicules étoile le noir de sa veste. Si Gollum peut susciter la pitié, la lui accorder est une grave erreur que seul le candide humaniste commet.
Guidé par un instinct de prédation d’hyène affamée, l’homme de plume ne se déplace que sur invitation, attiré par les cadeaux accordés aux gens de notre profession.
Et si sa science est certaine, il a une fâcheuse tendance à capter la conversation puis à en détourner le cours vers des lits arides de l’anecdote technique. Bref, en un mot comme en cent, ce papi est un con. Et à ce moment précis où le malotru me trouble l’ouvrage, une envie folle de lui caresser les fesses démange ma chaussure. L’attachée de presse me propose un café. Bonne idée.
13H45 : Misère! misère ! un ténia dans l’estomac
Je suis affamé. Si les Allemands mangent comme des vaches aux lueurs de l’aube, ils se contentent de grignoter au déjeuner. Après la visite de 8 stands et la perte de 30 centilitres de salive, je louche vers le buffet et grignote quelques gâteaux salés.
15H00 : David Vincent les a vus
Ils sont là. Partout, arpentant les halls parmi la foule anonyme. Ils sont là, tenant des stands. Ils auraient même un hall entier, m’a-t-on chuchoté sur le ton de l’atterrante confidence. Qui? Les CHINOIS, les Asiats, bien entendu. Alors que la presse fait miroiter ces terres lointaines, les perspectives alléchantes de pognon facile et de paradis pour hommes d’affaires, c’est l’inverse qui arrive. De proies communistes, ils se sont mués en rapaces de la Finance. Moins chers, plus performants, ils fondent sur le marché européen aussi implacablement qu’un requin sur un banc de morue. Que croyait-on ? Qu’on allait faire la nique à une civilisation trois fois millénaire ? Ils ont publié « l’Art de la guerre », ne l’oublions pas.
En même temps, il s’agit d’un juste retour des choses. Ce ne sont pas toujours les pauvres qui trinquent et toujours les blancs en tête d’affiche. « Yellow power !» mes frères !
16H00: The show must go on.
Posant entre deux convoyeurs mécaniques géants, une nana, seins nus, offre son corps au pistolet d’un body painter. Je m’invite à la contemplation béate quelques minutes. Un peu plus loin, d’autres créatures se prêtent aux objectifs des photographes. Ravissantes, belles plantes, beaux tubes, elles rehaussent l’attrait des machines exposées. Sont-elles au moins grassement payées ? Parce que rester toute la journée sur ces engins, exposées aux regards biaiseux, inondées de propos bavant de lucre du commercial de base, ça mérite le Nobel. À quand des thons sur les salons ?
22H00 Thon en boîte
J’attends avec impatience, le plateau repas que l’hôtesse de l’air doit nous servir. Mon estomac hurle à la mort et dicte son état à l’esprit. J’imagine ces petits plats made in Servair, ces salades déshydratées, ces petits blancs de poulets, ce fromage 100% fat free. Le chariot s’arrête à ma hauteur, et voilà que la charmante hôtesse me tend un sandwich à peine moins gros qu’un poing. Une misérable tranche de jambon m’y nargue, souriant de ses filaments de gras. Je n’ai pas le temps de la héler que la dame réitère sa requête au voisin de derrière.
Après la fatigue, le reflet dans le hublot achève de m’abattre. J’ai une sale mine, des boutons plein la gueule, du mascara sous les yeux et une haleine de Saint-Nectaire. Je ne pourrai jamais poser sur un chariot dans un salon.
13:05 Publié dans Reportage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.10.2005
Moscou toujours
05h00 (03H00) : Novotel aéroport de Moscou
Sonnerie stridente… Il est cinq heures du mat’, heure moscovite, ce qui fait moins de trois heures de sommeil en tenant compte du décalage avec le méridien parisien. J'ai mal au crâne et de la colle sur les yeux.
Zdrastviuyte (bonjour) !
Un confrère journaliste, moi-même et une accompagnante ukrainienne (dont la fâcheuse manie consiste à systématiquement ponctuer ses phrases avec une estimation en dollars de la situation) avons débarqué la veille au soir à l’aéroport. Après une heure de queue au poste de douane, nous parvenons à nous faufiler. Je fais des mains au milieu d’un convoi de Chinois irrités par le voyage avec Air China. La mine furieuse, ils semblent marquer leur désaccord. Désolé, mais même si ce n’est pas la guerre c’est chacun pour soi. Un homme d’affaires rencontré plus tôt dans l’avion m’avait mis au parfum : si d’aventure un individu de couleur, noir ou basané, patiente en amont de la file, changez-en immédiatement : le Russe est raciste. Il n’hésitera pas à faire lambiner le temps qu’il faudra pour emmerder l’étranger en transhumance. Voire plus.
Un coup d’œil aux officiers de polices coiffés d’improbables casquettes soviétiques me conforte dans mon impression. En Russie, c’est bien connu, il faut davantage se méfier de la police que des malfrats. Si par une mégarde (récurrente) ils ne reçoivent pas l’intégralité de leur solde, le policier se débrouille toujours pour récupérer son dû. Sur votre dos.
06h30 : Terminal Sherementyevo 1, Moscou
La nuit à l’agonie se déchire lentement. Dans les entrailles grisées du terminal, des spécimens locaux étalent leur laideur. Les hommes surtout et surtout leur coupe de cheveux universelle consistant en une unique mèche pendante sur le front. Ça me fait peur, j’ai du sang russe.
Autour de moi, une trentaine d’Italiens piaillent dans le hall. Ils justifient ma présence. Un grand groupe transalpin vient inaugurer des usines à Lipetsk. Autant dire au fin fond de nulle part. À droite. La bonne nouvelle c'est qu'il y aura du gratin moscovite.
Derrière son pupitre, la préposée aux bagages nous lorgne méchamment. Elle ressemble à ces babouchkas du passé soviétique, avec sa choucroute sur la tête et son maquillage de voiture volée. Heureusement, rien de suspect sur mon passeport. Je peux passer.
Nous embarquons finalement à bord d’un Yack. Pas l’animal, le petit triréacteur aux allures de maquette rangé au grenier.
09h30 : Vol au dessus d’un nid de coco
L’avion aborde sa descente sur Lipetsk. Vue du ciel, la Russie étale un étonnant paysage. C’est une terre aux couleurs des brûlures d’automne. Vastes champs labourés et forêts mordorées célèbrent la clôture estivale. Le vol a duré deux heures, une de plus que prévu. Ce facétieux de Premier ministre de la Fédération russe a réservé l’aéroport pour lui tout seul. Les attentats vous savez… Finalement, nous débarquons sur le tarmac. Je cherche dans mon souvenir plus ringard et vétuste que l’aéroport de Lipetsk... En vain…
Sur le fronton, les aiguilles de l’horloge se sont arrêtées sur 11h39. Deux officiers russes nous regardent, impavides, cette exceptionnelle source de distraction. Je remercie Dieu de ne pas être né ici.
10h25 : Lipetsk by bus
Le cortège officiel fonce sur les routes, précédé par l’escorte policière. Le long du trajet se succèdent des maisons aux pastels rafraichis, une chaussée nettoyée et clairement signalisée. Ce n’est pas Byzance, mais c’est propre.
Mensonge propagandiste hérité du régime soviétique.
Assis ma droite, Cédric, un expatrié français, ou exilé c'est selon, dévoile l’envers du décor. Il y a un mois, les locaux ont appris la venue ministérielle. Ne faisant pas les choses à moitié, (c'est-à-dire soit rien, soit tout) ils ont tout chamboulé : coupe de centaines d’arbres gênants, plantation d’un réseau d’éclairage factice, pose d’une palissade le long du trajet pour masquer la misère.
Effectivement. A porter un plus loin le regard, on tombe sur des bâtiments décrépits, des champs en friche, des lacs sentant bon la pollution. Adossés à la plupart des maisons, des potagers. Indéniables indices du délabrement de l’ancien bassin sidérurgique. Quand une société ne peut plus subvenir aux besoins élémentaires de ses composantes, les individus basculent dans l’autarcie. Si le rouble vient à manquer, on remplace les sous par les choux.
11h20 : Cible en vue
Au milieu du gigantesque entrepôt, un ruban rouge dessine le carré réservé aux VIP. Derrière deux micros, un groupe d’officiels prennent la pose. Une trentaine de journalistes russes, de la télé, radio et presse écrite, flashent le premier ministre russe, Mr Fradkov. Le crâne lunaire, la silhouette hitchcockienne, il prononce un discours d’inauguration. Je ne comprends pas le russe, cette langue qui charrie des « ch » a tout bout de bouche, mais ça ressemble furieusement à un discours politique français.
« Blabla, bravo, autocongratulations, merci pour les bakchichs, blabla, etc.. »
Un peu en retrait, tenant entre leurs mains des ciseaux dorés, deux ravissantes hôtesses font les belles dans leur tenue bleue. Pendant ce temps défilent le gouverneur de la province (la plus belle tête de mafieux du lot), l’ambassadeur et le Pdg de société italiens. Nous français, bénéficieront d’une visite privée des lieux. Hélas, ce sera sans les hôtesses.
13h00 : Lonely Lipetsk
La voiture des expatriés fonce à travers ville. Lipetsk ressemble à une ville industrielle du passé, figée dans les années 50, avec ses voitures en forme de Lego, son tramway électrique aux couleurs estompées et son ventre bondé.
À Lipetsk, l’air est si pollué que sa population n’aperçoit plus le soleil en fin d’après-midi. Ca pue, ça irrite le nez, et les fumées soufrées rejetées par les grandes cheminées vous piquent le palais.
A Lipetsk, les ouvriers ne peuvent pas faire les trois-huit ; ils cumulent jusqu'à trois boulots pour joindre les deux bouts.
À Lipetsk, les hommes boivent plus que de raison ; ils entretiennent la tradition du « Zapoi », cette ivrognerie qui consiste à se bourrer méchamment la trogne jusqu’à ne plus pouvoir tenir debout. J'y pense, El Diablo lui aussi a du sang russe.
14h00 : Déjeuner au Tornado
Rien de mieux pour conclure une longue matinée de travail que de déjeuner dans une boite de nuit. Lipetsk compte trois hôtels pour 400 000 habitants. Je n’ose imaginer le nombre de restaurants.
Les tables dressées pour l’occasion exhibent à profusion, bouteilles de vodka, vins géorgiens et mets locaux. Ici, on déconseille aux gens de manger de la viande rouge. Non loin de là, l’Ukraine sommeille. Et contrairement à ce qu’on nous a fait croire en 1986, les frontières ne sont pas imperméables.
Assis à ma table, le grand gourou français venu visiter ses troupes sert allégrement des shots de vodkas à tour de doigts. Ses yeux porcins autant que sa peau luisante transparaissent sa lubricité de vieux briscard commercial. En voyage d’affaires, il consomme les jeunes femmes comme un digestif. Et le revendique. À 200 kms se dresse Voronej, l’une des capitales mondiales de la prostitution. Une constellation d’agences matrimoniales attirent les Occidentaux en mal de sexe, d’amour ou des deux. Pendant le repas, une jeune blonde au décolleté prometteur et au sourire ravageur nous sert. Je suis le plus jeune, elle me dévore des yeux. J’ai la désagréable sensation de figurer un passeport pour l’Occident.
Mercredi 05 octobre
09H00 : « New Moscow »
Que retenir de Moscou ? Sa place rouge ? Son église Sainte Basile ? Le mausolée de Lénine ? Que nenni. Sa circulation ! Ses vastes et gigantesques avenues charrient à longueur de jour un flot incontinent de voitures. 10 millions de véhicules lâchent leur gaz dans le ciel moscovite. On compte plus de Mercédes que dans la France entière. Contrairement à Lipetsk, la réussite ostentatoire s’exhibe comme un étendard. Les grosses cylindrées filent sous d’envahissants et lumineux panneaux publicitaires.« Welcome to New Moscow ! »
Dans les rues, la jeunesse se pavane, à l’occidentale, aussi dorée en apparence que sa consœur londonienne. Deux splendides créatures sorties d’un défilé D&G ignorent une vieille femme fatiguée. Elles sont capables de porter un vison et de faire une croix sur la machine pour le laver.
Si la Russie cajole ses riches, elle n’oublie pas de maltraiter ses pauvres.
Image frappante d'un pays qui aurait grandi trop vite sur la route du capitalisme. Une belle tête posée sur un corps loqueteux.
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11.10.2005
Pourquoi touche-t-on le pactole?
Pourquoi touche-t-on le pactole ?
[Pactole ; source de profit, richesse]
Touche le pactole, c'est gagner de la thune, ramasser un beau paquet de pognon, rafler la mise, faire péter le jackpot. Oui, mais pourquoi me direz-vous ?
En une époque fort reculée, le roi Midas régnait sur la Phrygie (grosso modo en Turquie actuelle). Ce bon vieux souverain, qui avait l'habitude de digérer en se promenant dans ses jardins royaux, tomba un jour sur un étrange personnage. Un vieil homme ivre mort cuvait son vin dans un royal rosier. Loin de se démonter, le roi (qui s'y connaissait en cuite vu que chez lui ça s'amusait à fond les gaz), ordonna qu'on transporte le vieillard dans ses appartements et qu'on lui fasse excellent accueil. Dix jours durant, le vieil homme à la barbe blanche récupéra de ses libations vinicoles.
Finalement, Dionysos, dieu du vin et, in extenso, de la picole, vint frapper aux portes du palais. Le vieillard se prénommait en fait Silène, pote de soirée et impayable boute-en-train. Tellement heureux de le retrouver en bonne santé, que le dieu décida de récompenser Midas. Il pouvait choisir tout ce qui lui ferait plaisir, pots d'échappement ou belles à la pelle, liste non exhaustive. Sans se donner la peine de réfléchir le temps d'un battement d'ailes (il était pas super fute, fute) le roi demanda à transformer en or tout ce qu'il touchait. Il avait beau être roi, il aimait la caillasse.
Interloqué, Dionysos accéda à la requête et partit fêter l'évènement. Le roi Midas commença illico à faire joujou avec son nouveau pouvoir. Il statufia son majordome ainsi que tout le mobilier. Hélas, les ennuis débutèrent au moment du repas. Tous les aliments qu'il portait à sa bouche s'altéraient en précieux métal. Vous le comprendrez, une cuisse de poulet en or, ce n'est pas très croquant.
Au bout d'une semaine de diète, Midas retrouva Dionysos au cours d'une terrible orgie et le supplia de lui ôter ce terrible fardeau. Le dieu tout pris qu'il était à ses ébats sexuels, accéda à sa requête et lui dit d'aller voir dans le fleuve Pactole s'il y était. Ce qu'il fit séance tenante. Le sacré Midas se trempa, se débarrassa de son pouvoir et jura qu'on ne l'y reprendrait plus. C'est depuis ce temps que le fleuve charrie du sable d'or et fait le bonheur des orpailleurs. D'où toucher le pactole. Incidemment, ce mythe nous avertit qu'à trop vouloir en croquer, on risque de s'étouffer. Quant à Midas, il refit encore parler de lui… Mais ceci est une autre histoire.
12:50 Publié dans Mythologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.10.2005
Pourquoi les femmes peuvent dire merci au mariage catholique

Mariage: Union d’un homme et d’une femme au cours d’une cérémonie romantique (point de vue féminin) et ennuyeuse (point de vue masculin) à l'issue de laquelle deux êtres se retrouvent enchaînés l’un à l’autre pour le restant de leurs jours
Au Moyen-âge, pour les femmes, dehors c’était la zone. Dans les chaumières, ça craignait aussi. Le mariage n’était pas une affaire de cœur, c’était surtout une affaire d’hommes. A l’époque, on pouvait grosso modo diviser l’Europe entre deux mentalités :
- Au Nord (outre les corons), les Germains appréciaient la gent féminine, mais plutôt en profusion. Polygames, ils respectaient le beau sexe - rapport au culte maternel- et le craignaient aussi un peu –rapport à la magie-
- Au Sud, les descendants des Romains se livraient à une hypocrite monogamie. Par derrière, ça folâtrait gaiement dans les potirons avec maîtresses et cuisinières. A noter que les Sudistes n’aimaient pas trop le sexe faible et les cantonnaient dans les cuisines ou au lit, voire aux deux.
Bon sens hérité ou fichue manie, le fait est qu’en ces temps éloignés, la vision de la femme se résumait à un contrat d’alliance ou à une garantie d’héritage. Bref on s’échangeait les donzelles comme on s’échangeait une marchandise, un morceau de territoire, voire un chèque avec pleins de zéros derrière. Ce qui donnait dans les campagnes d’inédites tranches de vies comme :- une franche rigolade. Ca copulait à droite à gauche, un homme avec ses concubines, une femme avec son neveu, le tout au beau milieu d’une belle farandole de gamins légitimes ou non.
- de fâcheuses manies. Pour s’enticher d’une autre potiche, les seigneurs mariés avaient le choix entre, répudier sa femme au nom d’un prétexte fallacieux (à l’époque la femme avait toujours tort, ce qui a pas mal changé depuis), ou l’estourbir ni vu ni connu dans les cuisines, ce qui était plutôt toléré. L’on notera que l’inverse est exact puisque les compagnes ont acquis une réputation d’empoisonneuses et contribué à la naissance du mythe de la sorcière.
Mécontents de tout ce tohu-bohu et charivari qui fichaient le bordel chez les seigneurs (protecteurs de l’Eglise, faite le lien) les penseurs catholiques ont contre-attaqué. Tout se joue au IVe siècle avec le dénommé Saint Augustin.
Désormais, le mariage sera monogame, indissoluble et formé par libre consentement des époux…
Inutile de vous dire que l’annonce a fait l’effet d’une vraie bombe dans un milieu chez qui la notion d’égalité des sexes était aussi étrangère que l’idée de charité à Georges W. Bush. Mais, me direz-vous, pourquoi ont-ils eu cette idée de mariage :
- monogame ? Parce que le mariage entre l’homme et la femme symbolise l’union entre Dieu et l’Eglise, un lien exclusif. Et accessoirement, une profusion de descendants nés de mères différentes suscite inévitablement le boxon dès lors qu’il est question d’héritage.
- indissoluble? Pour éviter que l’époux davantage intéressé par la perspective d’enrichissement ne multiplie les unions comme Jésus Christ distribuait les pains. Aussi dur que cela pouvait paraître aux esprits chagrins, la femme n’est pas qu’une marchandise.
- par libre consentement ? Parce que l’Eglise admet que l’épouse, elle aussi, à un cœur. Elle a autant le droit à l’amour conjugal que l’époux sa partie de jambes en l’air. Accessoirement, cette directive luttait contre le mariage forcé et l’inceste, pratique fort répandue à l’époque.
Dans les faits, il faudra attendre quelques siècles pour que les mâles ne grognent un semblant d’adhésion à cette doctrine révolutionnaire. Si à l’époque, l’Eglise se place à l’avant-garde des droits de la femme, force est de constater que depuis, elle a plutôt pris du retard. Mais ceci est une autre histoire.
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