15.03.2007
La genèse du monde
Dehors, c’est le chaos
[Ce qui est ou semble inorganisé, désordonné, confus, parfois incohérent ou obscur]
Un travail de Titan
[Une œuvre colossale]
Corne d’abondance
[Source d’abondantes richesses]
Dans toute mythologie comme dans toute histoire, il y a un début à tout. Loin, loin avant, au commencement du commencement, était une sorte de masse informe, une slime originel. Ça ressemblait à une grosse soupe dans laquelle bouillonnait du liquide, pétaradaient des gaz fumants et s’entrechoquaient des tas de roches. Comme vous pouvez l’imaginer, c’était pas le plus confortable des nids douillets et peu de choses y vivaient. Enfin pas de truc organisé ni de machin viable. Bref, c’était le chaos.
À force, ce nid à miasme fermenta tout seul. Un petit non matin d’un non temps, le blob originel enfanta tout seul. Coup sur coup, naquit la Nuit , la Lumière puis le Destin. Peu ou prou dans cet ordre, et ne me demandez pas pourquoi, le Chaos a ses raisons que la raison ignore... Mais ce n’était pas fini. Un peu plus tard, celle qu’on appelle la Terre Mère (Gaïa pour les intimes), se joignit aussi à la partie. Vous l’aurez remarqué au premier coup d’œil syntaxique, c’était une nana. Et comme pléthore de femmes, elle ne supporta pas bien longtemps la solitude. Dans un moment de profond désoeuvrement (ou de tricotage), elle rêva de couple et créa un mâle, Ouranos, plus connu sous le nom de Ciel. Et quand le ciel rencontre la terre, ça fait non pas un bel horizon, mais de beaux enfants. Six beaux et grands gaillards et six belles et grandes filles firent leur premier pas dans ce no man’s land qu’était le monde en genèse. On baptisa les douze, les Titans.
C’est à cet instant que se noua le premier drame du monde grec (si l’on omet la naissance du concept de couple). Qu’il supportait mal les premiers braillements ou qu’il se prenait pour le toit du monde, Ouranos développa une phobie à l’égard de ses gosses qu’il soupçonnait d’envier son statut. Fort doctement, le père voulut faire méditer les Titans sur la juste position de tout un chacun dans la hiérarchie de ce beau monde qui tendait à s’organiser. Pour les travaux pratiques, il créa un lieu sombre et perdu, le Tartare. C’était un endroit où résonnaient les « Aïe ! », mangé par les fines herbes. Il fallait s’en douter, les Titans en prirent ombrage sans toutefois oser se rebeller. Parmi ces mous du bulbe émergea un leader, Cronos. Futé et d’esprit volontaire, le Titan remonta enseigner les bonnes manière à son papa de Ciel. Sérieusement touché par ce geste de piété filiale, Ouranos prit la tangente en éclaboussant d’une belle traînée de sang le manteau de sa femme, Gaïa. Quel goret, vous devez penser. Et bien pas que. Ouranos se reproduisait via toute forme de liquide, y compris l’hémoglobine. Fort féconde, sa femme enfanta une autre portée de chérubins. À l’image de la conception foireuse, le résultat fut calamiteux. La Terre fut bientôt arpentée par des monstres tous plus affreux les uns que les autres: cyclopes, monstres à cent bras, géants de tout poil, etc., etc. Même s’ils n’étaient pas foncièrement méchants, leur sale tronche effrayait et l’endroit devint aussi peu fréquentable qu’une gare RER de banlieue. En digne fils de son père, Cronos enferma ses « frères » dans le Tartare, et les lieux purent retrouver leur quiétude neuylliesque. En se débarrassant tour à tour de son terrible père et de ses freaks brothers, il venait d’accomplir un vrai travail de Titan.
Sur Terre, il fallut élire un nouveau chef. Pourquoi ? Parce que le sens de la hiérarchie est inscrit dans les gènes, chers lecteurs, voilà tout. Les Titans désignèrent Cronos, eu égard à son courage. Mais comme ils se méfiait un peu de l’hérédité et des ses fâcheuses conséquences sur la conservation du pouvoir, ils décidèrent que le chef n’aurait pas d’enfants. Or, Cronos, qui était un peu rude de mœurs, ne voulait pas arrêter de jouer à saute croupion. Mais comme il désirait tout autant le pouvoir, il prit la décision de manger ses futurs enfants au petit déjeuner. Rhéa, sa régulière, finit par se lasser de cette fichue manie. Après l’expérimentation du couple, elle aurait bien voulu pouponner (tout un schéma comportemental se dessine, guettant dramatiquement l’humanité à venir). Lorsqu’elle mit au monde deux jumeaux, elle substitua le garçon par une grosse pierre emmitouflée dans des langes (n’allez pas chercher une quelconque raison au choix du mâle, la aussi c’est inscrit dans l’ordre des choses). Cronos n’y vit que du feu et le petit Zeus (c’était lui), fut envoyé sur Terre, loin de son cannibale de Père. Le petit Zeus Skywalker atterrit dans une communauté baba cool de Crète, exclusivement composée de mecs. Passant leur temps à boire de l’ouzo tout en dansant le sirtaki, ils parvinrent à faire suffisamment de tapage pour couvrir les vagissements du petit. Pour le nourrir, ils recrutèrent Amalthée. C’était une chèvre à fort beau pie (diamètre 3,14 cm) qui donnait un lait fort nutritif. Elle avait également une autre particularité, une belle corne au sommet du crâne. Mieux, l’appendice avait la propriété de se remplir régulièrement de fruit et d’hydromel. Vous ne croyez tout de même pas qu’on élève un enfant uniquement avec du fromage de brebis ? C’était la célèbre corne d’abondance.
Bien couvé, Zeus put achever sa croissance dans une ambiance masculine et joyeuse (ceci expliquant peut-être la vie de coureur de jupon doublé de ripailleur qu’il eut). Mais tout ayant une fin, une fois adulte, il lui restait à affronter son destin : son Vador de père.
Fin de la partie Un
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26.02.2007
Quel Adonis cet homme là !
[Jeune homme remarquable par sa beauté ; jeune homme qui fait le beau]
En ces temps-là, on aurait pu croire que l'amour avait moins de tabous. En apparence, seulement. Sur la petite île de Chypre, vivaient un roi, Cinyras, et sa fille, Myrrha. Il faisait beau, il faisait chaud, et les Chypriotes aimaient se griller des chipo sur leur brasero. Sur l’île, on vénérait la déesse de l'Amour, Aphrodite, locale de l'étape. Il leur était donc demandé un effort supplémentaire pour rendre hommage à une divinité, qui, de vous à moi, était bien agréable. Ce que Myrrha négligea. A cheval sur ses passe-droits, Aphrodite s'en courrouça. Elle fit en sorte que la princesse boudeuse mira son royal père d'un tout autre regard. Celle-ci tomba éperdument amoureuse de son royal géniteur et entreprit de lui faire la cour. Cinyras avait beau être en plein démon de midi, il ne vit pas les avances de sa fille, qui persista. Par une nuit sombre (et sauvage), elle s'introduisit (ou l'inverse), dans la couche de son papa. Au petit matin, Cinyras s'éveilla du sommeil du stupre. Et là, ce fut le fameux « tu t'es vu quand t'as bu », suivi d'une folle envie d'inciser l'incestueuse. Les dieux prirent en pitié la pauvrette, victime de l'amour, et la transformèrent in extremis en arbre à Myrrhe.
Seulement voilà. La fille du roi avait eu le temps de tomber enceinte. Et, neuf mois plus tard, quand un sanglier vint maladroitement heurter l'arbre, il en jaillit un petit bébé, Adonis. Rhooo ! Il était si mignon qu'Aphrodite en fut toute chose. Elle déposa le bambin dans un coffre en bois et le confia à une copine, Perséphone, l'épouse du dieu des morts. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que l'amour a autre chose à faire que pouponner, et les adultes sont tout de même plus intéressants pour faire joujou.
Le petit Adonis grandit et devint un bel adolescent vigoureux, magnifique et très attachant. À tel point qu'Aphrodite s'en émoustilla terriblement. Or, Perséphone s'était, elle aussi, habituée au minet. Elle voulut le garder rien que pour elle. Pris entre deux feux, Adonis ne savait pas à quelle sauce il allait être mangé. Ce qui tombe bien, puisque, pas une seule fois on ne lui demanda son avis. Finalement, Zeus, fatigué par les cris et les crêpages de chignon, trancha. Ce sera trois mois pour Perséphone, et trois mois pour Aphrodite. Le reste du temps, libre à lui d'aller chasser, roupiller, ad lib.
Quelques années plus tard, alors qu'Adonis chassait, justement, voilà-t-y pas qu'il croisa de nouveau la route d'un sanglier fou furieux. Pris au dépourvu, Adonis ne put empêcher dans son corps, les défenses d'entrer. Accident de chasse, me direz-vous ? Pas du tout. La bête n'était autre qu'Arès, le dieu de la guerre, et accessoirement mari d'Aphrodite. En agonisant, Adonis perdit tout son sang, ce qui fit fleurir de belles anémones rouges. Rendu inconsolable par la perte de son Adonis, Aphrodite obtint que le jeune homme ressuscite six mois de l'année, à l'image de la végétation à laquelle il était associé. L'autre morale de l'histoire, c'est qu'en cas d'adultère, il faut éviter tout cocu amer et armé.
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17.10.2006
Trois pour le prix de Troie
Jouer les cassandre [oiseau de mauvais augure]
Une voix de stentor [voix très puissante]
Un mentor [guide spirituel]
Amis lecteurs, cette semaine, ce sera trois expressions pour le prix d'une. La guerre de Troie fut une période brutale, qui mit aux prises foultitude de héros. Il y avait les grands, Achille, Hector, et autres Ulysse. Dans leur ombre, vivotaient des glorieux de seconde zone. Voici leur histoire.
En ces temps reculés, prospérait une ville qui portait le nom de Troie. Loin d'être réputée pour ses magasins d'usine, la cité dominait l'actuelle Turquie. Les Grecs en nourrirent une grande jalousie. Il est vrai que Troie disposait d'une vue sur la mer à faire pâlir un promoteur à Saint-Tropez. Bon, dans les faits, c'était plutôt sa richesse qui faisait rêver. Quoi qu'il en soit, le grand chef des Grecs, Agamemnon, rendu aigri par son piètre nom, argua d'un prétexte fallacieux pour aller taper sur l'opulente Orientale : Hélène, la femme de son frère Méléagre, s'était fait la belle avec Paris, fils du roi de Troie. Au lieu de se cantonner à une simple histoire de cul, l'affaire déflagra en un terrible conflit qui s'éternisa dix ans.
StentorDans le camp grec, bataillait un certain Stentor. Ce fier guerrier était doté d'un fort bel organe. Il était capable de crier aussi fort que 50 gusses à la fois (on tient peut-être l'ancêtre de Lara Fabian). Au lieu de faire carrière dans le gospel, il fit héraut grec. C'est-à-dire qu'il hurlait pour galvaniser les troupes. De deux choses l'une. Soit ses hommes en avaient assez et se jetaient dans la bataille, d'oreille lasse, soit ils adhéraient à une mode musicale bien éloignée de la nôtre. Stentor faisait des miracles et alla jusqu'à inventer la trompette. Il remplit sa fonction à merveille, jusqu'au jour où il défia le dieu Hermès à chœurs et à cris. On n'importune jamais une divinité, c'est pourtant bien connu. Le fanfaron se péta les cordes vocales et mourut piteusement, comme une trompette.
CassandreEn face, derrière les murs troyens, vivait Cassandre. Le dieu Apollon avait offert à la fille du roi Priam (il avait 50 enfants), le don de prophétie. Mais on connaît bien notre Apollon, c'était un chaud lapin. Il voulut s'attraper la p'tite dans les fourrés, mais celle-ci déclina la proposition. On n'importune jamais, vous connaissez le refrain… Le dieu solaire, pour se venger, condamna la cruche à ne jamais être crue (le comble du prophète). Cassandre passa le siège de Troie à prévenir les siens des catastrophes prochaines, sans que ceux-ci ne la prennent un instant au sérieux. Au bout du compte, ils auraient pu avoir un doute, mais… non. C'est ainsi qu'elle assista à l'entrée du célèbre cheval de Troie à l'intérieur des remparts, qu'elle endura le carnage des siens et finit l'histoire comme otage. Heureusement pour elle, Agamemnon tomba fol amoureux d'elle. Le roi oublia sa femme, restée à la maison, et lui fit deux enfants. Happy end ? Que nenni. Au retour en Grèce, Cassandre prédit la vengeance terrible de la légitime (prédiction ou bon sens féminin, je vous laisse juge). Que croyez-vous qu'il advint ? Agamemnon lui déposa un baiser mouillé sur le front, avant de se faire trucider, lui, les deux enfants et sa maîtresse… Car sa femme n'avait pas oublié, elle.
MentorLe troisième sans-grade eut une fin moins triste. Il s'appelait Mentor. Ce n'était pas un spécialiste de la menterie, ni un inventeur de confiserie. C'était un vieux pote d'Ulysse, le roi d'Ithaque, qui s'était mis sur son 31 pour la guerre dont je vous parle depuis quelques lignes. Mais voilà. Les charognards ne rôdent pas seulement au combat. Pendant son absence, beaucoup de jeunes gandins (et moins jeunes) vinrent tourner autour de sa femme, Pénélope. Le souci, pour Ulysse, c'est qu'il fut pris en grippe par le dieu Poséidon et que sa galère ne dura pas dix, mais vingt ans. Autant dire, une véritable odyssée. Or, le roi n'était pas né de la dernière averse. Avant de partir, il avait confié à Mentor le soin de veiller sur sa femme, ainsi que sur son fils, Télémaque. Tant et si bien que le sage fit office de guide pour le prince et s'échina à repousser les scélérats. Ulysse acheva enfin son périple et, rendu furax un max par les cachoteries, tailla le groupe à la pointe de son épée. Parce que faut pas déconner. On touche pas à la femme d'un héros.
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11.10.2006
À quoi servent les muses ?
[Ce qui inspire un écrivain ; inspiration poétique, souvent imaginée par le créateur sous l'apparence d'une femme. Don, invention artistique.]
Avant d’être un groupe de rock, les Muses étaient une bande de nanas. Le monde d’avant était violent, dur, rempli de Ben Laden et de Georges Bush. Pour compenser cette absence d’amour, il y avait des exceptions dont les Muses faisaient partie. Les sœurs étaient nées des amours entre Zeus (toujours lui) et Mnémosyne, déesse de la mémoire. À leurs neuf nuits de sexe avaient succédé, neuf mois plus tard, neuf filles.
Les Muses avaient été gâtées par les dieux. Intelligentes et belles, elles développèrent très tôt un goût pour la poésie, le chant, la littérature, la philosophie, bref, toutes les choses de l’esprit que les hommes regardent avec un œil complaisant. Et à force de passer leur jeunesse à badiner, elles cultivèrent chacune leur don jusqu’à l’excellence. Si bien qu’une fois adultes, elles en vinrent à constituer un groupe folklo de réputation internationale, tout du moins dans le monde antique. Elles se produisaient soit sur l’Olympe, pour divertir dieux et people, soit répétaient chez elle, sur le mont Parnasse (qui se situe, je vous le rappelle, non pas dans le sud de Paris, mais dans le nord de la Grèce).
Au nombre de neuf, la plupart sont depuis tombées en désuétude. Les plus célèbres étaient : Clio, muse de l’histoire (et non pas de Renault), Euterpe, muse de la musique (notez ce lien entre les deux noms), Terpsichore, muse de la danse, Melpomène, muse de la tragédie, Thalie, muse de la comédie, Uranie, muse de l’astronomie.
Les Muses remplissaient une fonction : elles inspiraient les hommes en servant de médiatrices entre les dieux et les poètes. Pour parodier un chanteur, lorsque ça arrive, ce n’est pas l’homme qui prend la muse, mais la muse qui prend l’homme. Directement injectée en intraveineuse, l’inspiration provoquait fièvre créatrice et état second que l’on observe chez la plupart des grands créateurs : peintres (Dali), musiciens (Gainsbourg), écrivains (Hunter Thompson), parfois animateurs sur TF1 (Nikos est véritablement inspiré, si, si).
L’important quand cela survenait, était d’en profiter. Les Grecs l’avaient compris, toute inspiration est éphémère. Comme leurs lointaines descendantes, les hippies, les déesses étaient versatiles. Et quand les Muses changent d’âne, le créateur subit les affres de la panne. Des créateurs ont foncé droit dans la muse et ont fini par prendre les déesses pour des bouteilles (de scotch, par exemple). Il convient donc de zapper en attendant la prochaine inspiration. Sans quoi, vous finirez au Musée.
Micro-trottoir :El Diablo (démon) :
— Ah non, désolé, je n’ai pas dit, c’est ma muse, mais ça m’amuse.
Monsieur Albert E. (génie scientifique) :
— J’ai connu une muse, ça m’a permis de travailler sur la relativité des choses.
Né sous X (muse addicted) :
— Au début, c’est planant. Mais quand vous tombé dans leur musette, attention la descente. Et je dis pas ça parce que c’est ma 108e cure de démusication .
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02.10.2006
Dans la famille Dédale, je veux le père, le fils et la fiançée
[C’est un dédale] : Ensemble formant un circuit compliqué dans lesquels on risque de se perdre
[Se brûler les ailes] : Ne pas écouter les conseils et dépasser les limites, pour finalement le regretter
[Le fil d’Ariane] : Fil conducteur, moyen permettant de ne pas se perdre dans les complications d'une situation
Chers amis lecteurs, si dans cette histoire je narre l’origine non pas d’une, mais de trois expressions, ce n’est pas au prétexte de vous en mettre plein les mirettes. C’est que celles-ci sont inextricablement mêlées. La preuve.
Il y a fort longtemps, la grande Athènes n’était qu’une petite cité de province. Y habiter n’y valait pas tripette. Comme beaucoup de villes à l’Est de la Méditerranée, la cité était sous le régime d’un tyran maous costaud, Minos. Ce monsieur très austère régnait sur la Crète. Ce n’était pas pour autant un crétin. Au contraire. L’île était puissante, avec ses galères de guerre qui sillonnaient la mer et faisaient régner le régime crétois. Le roi Minos était tellement brillant que l’époque durant laquelle la Crète domina son monde passa à la postérité sous le nom d’ère Minoenne. Les Crétois avaient pour passe temps favori de boire de l’huile d’olive et comme sport préféré de sauter par-dessus les cornes de taureaux, l’animal fétiche de l’île (ils avaient d’autres habitudes, comme laisser dénudée la poitrine de leurs femmes).
Comme bien des empires, la Crête encourageait aussi la fuite des cerveaux. L’un d’eux était Athénien et avait pour nom Dédale. Un peu à l’image d’un Einstein, de milliers d’idées jaillissaient de l’esprit du savant foufou (d’ailleurs, son nom signifiait « l’ingénieux », ce qui tombe bien). Bref, suite à une sombre histoire de jalousie (Dédale avait le melon et pensait pouvoir tout résoudre mieux que les autres), l’inventeur se réfugia à Cnossos, la capitale crétoise.
Sa première prouesse sur sa terre d’exil fut, on peut le dire, un peu honteuse. Pasiphaé, l’épouse de Minos, avait des envies un peu bizarres. Elle rêvait de s’offrir un taureau, ses oreilles et sa queue. Dédale fabriqua une fausse vache où la coquine pourrait se glisser, dans le but de tromper ledit animal. Ce fut un succès et neuf mois plus tard, un charmant minotaure naquit de leur union. Minos, fut fort marri de découvrir un fils qui avait la tête de son papa, avec de belles cornes et un beau mufle. Pas mufle pour une drachme, l’époux cocu exigea de Dédale qu’il répare son erreur en cachant la monstruosité. Histoire de se compliquer la vie, l’inventeur grec conçut un palais dont personne ne pourrait sortir (le fameux Labyrinthe) et y jeta le rejeton rejeté. Celui-ci prit fort mauvais caractère et vira cannibale. Mais le principal, c’était que c’était un vrai dédale à l’intérieur (et de un).
Comme Pasiphaé ne pouvait se résoudre à abandonner le fruit de ses entrailles, il fut prévu que l’on jette dans le Labyrinthe de la chair fraîche. Minos passa ses nerfs sur les pauvres Athéniens et exigea qu’ils lui livrent sept jeunes hommes et sept jeunes femmes chaque année parce que c’était lui le vainqueur, point (il inventa par la même le concept de livraison à domicile cher à Pizza Hut).
Le manège perdura jusqu’à ce que le fils même du roi d’Athènes, Thésée, fût tiré au sort. Au grand désespoir de son père, le jet-setteur quitta le gotha pour son Golgotha, direction Cnossos. S’il était loin d’être thésard, Thésée était du genre balèze en plus de sacrément mignon. L’éphèbe fit chavirer le cœur de la fille de Minos, la minaude Ariane. Réactive comme une fusée, elle persuada Dédale de venir en aide à ses compatriotes. L’inventeur, toujours en quête de challenge, eut une idée : il remit à Ariane une pelote de laine, qu’elle eut pour mission de dérouler à mesure qu’elle pénétrait dans le labyrinthe à la recherche de son Thésée (c’est simple, limpide, imparable). Cela tombe bien, quand elle le retrouva, le prince venait de se farcir le minotaure. Il leur suffit ensuite de remonter le fil d’Ariane pour retrouver la sortie (et de deux).
Les tourtereaux se firent la belle en pleine nuit (ce qui n’empêchera pas Thésée de se comporter par la suite comme un bel enfant de), laissant en rade le père Minos, furax. Soupe au lait depuis les mésaventures successives avec ses femmes, il punit Dédale. Le vieil Athénien fut enfermé avec son fils, Icare, dans le labyrinthe et cette fois-ci sans pelote (c’était les condamner à coup sûr car, sans fil, personne ne file). Mais il fallait s’en douter, Dédale trouva une solution. Il confectionna deux paires d’ailes qu’il colla sur ses deux omoplates ainsi que celles de son fils, le tout avec de la cire. Les deux hommes s’élevèrent dans le ciel, en route pour ailleurs. Mais comme chacun le sait, quand on est jeune, on écoute rarement. Icare se laissa griser par l’ivresse et oublia l’avertissement du pater. À force de monter, monter, il frôla le soleil. Outre l’épilation gratis à la cire, la chaleur lui brûla les ailes (et de trois).
Icare s’écrasa comme une chiure de mouche des kilomètres plus bas. Quant à Dédale, après avoir pleurer à chaudes larmes, il poursuivit ses inventions et finit par avoir la peau de Minos. Mais ceci est une autre histoire.
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25.09.2006
Des propos sibyllins
[Dont le sens est obscur, mystérieux, symbolique comme celui des oracles]
Un soir, alors que je devisais avec une mienne amie, celle-ci se lança dans un discours confus. J’eus le temps d’attraper au vol quelques mots épars tels, bébé, mariage, et autres billevesées. La voici qui me tenait des propos sibyllins… Oui, mais pourquoi, me direz-vous ?
En des temps reculés chez nos amis Romains, étaient une fois les oracles. Cet ordre religieux jouait les intermédiaires entre des dieux mystérieux et des hommes curieux. Les puissances supérieures avaient la fichue manie d’envoyer des signes tellement obscurs que même Night Shyamalan himself n’aurait pu en faire un film. Il faut croire que faire compliqué était parfois plus simple. On faisait alors appel à des sortes des « madame Irma » de l’époque.
Les prêtres nommaient généralement des femmes à ce poste, qu’ils installaient sur un trépied. Celles-ci tenaient des propos le plus souvent incohérents (notez le lien que les Anciens établissaient entre confus et femmes). Chez les Grecs, la plus médiatisée était la Pythie, domiciliée dans la ville de Delphes. Chez les Romains, c’était les sibylles. La plus fameuse résidait à Cumes et le dieu Apollon lui avait fait don de prophétie. Il y avait une file d’attente aussi longue que devant une boulangerie russe à l’époque soviétique. Après consultation, le client recevait en guise de réponse tout un tas de salmigondis et autre charabia. Le premier réflexe consistait à se gratter la tête, tel un contribuable devant sa déclaration de revenus. Le service après-vente étant déplorable, il vous fallait interpréter par vous-même le discours de l’oracle (de vous à moi, elle pouvait écrire ce qu’elle voulait, de toute façon personne n’y comprenait rien).
Quoiqu’il en soit, la sibylle de Cumes était réputée finaude. Elle était aussi si belle (en ce miroir). De l’une ou l’autre de ces qualités, personne ne sait laquelle motiva Apollon, mais le dieu eut une folle envie de mieux connaître sa servante. Fort de ses capacités de séduction, il la pria un jour de formuler un vœu qu’il exaucerait illico (dieux ou hommes, peu importe, l’amour vous fait faire des sonneries). La sibylle avait beau être intelligente, elle devait être un peu pochetronne. Elle demanda à Apollon de vivre aussi longtemps qu’il y a de grains dans un tas de poussière. Aussitôt dit, aussitôt fait. Apollon claqua les doigts et se jeta sur la sibylle. Que celle-ci fut lesbienne ou ne connaisse pas le terme « renvoi d’ascenseur », elle éconduisit le beau dieu solaire. La sibylle venait de manquer de clairvoyance, ce qui est fâcheux pour quelqu’un dont le métier est de voir dans l’avenir. On ne se fout pas impunément d’un dieu qui allie à une forte rancune de vastes pouvoirs de coercition.
Apollon déguerpit, fier comme un prince et l’oracle vécut longtemps. Elle eut tout loisirs d’accomplir des trucs forts sympathiques. Elle offrit entre autres des livres sibyllins à Rome que l’on stocka dans le Temple de Jupiter. Les religieux les consultaient quand ça chauffait grave dans les environs. Ils puisaient dans cette compilation fumeuse tout un tas de réponses diverses et variées qui, semble-t-il, fonctionnèrent jusqu’à la chute de la capitale.
Mais si la sibylle avait demandé la vie éternelle, elle avait oublié la jeunesse. Elle finit par tellement se ratatiner qu’elle finit dans une bouteille suspendue à un plafond, suppliant la mort de venir. La morale à cette histoire, c’est que la promotion canapé a toujours existé.
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05.09.2006
Pourquoi est-t-on médusé ?
[Être stupéfié, rester sans voix et perdre un instant durant ses facultés]
Mes enfants, je tiens cette histoire de mon père qui la tenait de son père, qui lui-même la tenait de sa belle-mère, qui l'avait entendue un soir au coin du feu d'un conteur grec qui l'avait pris pour un homme, tellement elle était laide. C'est dire si la source est fiable.
En des temps reculés, vivaient au sein de notre charmante fratrie de dieux, héros et d'humains, trois affreuses sœurs, les Gorgones.
Filles de divinités marines de seconde zone, elles avaient pour nom, Stenho, Euryalé et Méduse. C'étaient, n'ayons pas peur des mots, des thons : nez de boxeur, barbe style Demis Roussos, langue de teckel, acné purulente qui rendait leur peau résistante comme une cuirasse, et chevelure de serpents. Vous imaginez bien qu'avec un tel physique, leur caractère s'en est fortement ressenti. Elles étaient si aigries par la vie que même leur sang avaient viré au vinaigre. Une simple goutte vous faisait traverser le Styx. La plus mal lotie des trois était Méduse. Non seulement, elle était vilaine, hargneuse et frigide, mais, en plus, elle avait le « regard qui tue ». Au sens propre. Un simple coup d'œil et paf!, vous vous retrouviez transformé en statue de pierre. Foudroyé sur place, mais pas d'amour.
Fatalement, les Gorgones finirent par en vouloir à la terre entière. Seules avec leur haine, sur leur île déserte et leur pestilence. Hélas, la loi de Murphy s'applique ici comme partout ailleurs. Il y a toujours un impudent pour vous chercher noise, même au fin fond de l'Océan.
C'est ce que fit un certain Persée. Attention. Ne l'accablons pas sans jeter un bref coup d'œil sur son C.V. Victime d'un destin retors, il habitait une île dont le roi n'avait qu'une seule envie : lutiner la maman du jeune homme. Pour Danaé, il se serait damné. Et pour avoir la mère, rien de tel que d'éliminer le fils. Et pour parvenir à ses fins, on a plus de facilité quand on est roi. Il assigna donc au fiston la mission de lui rapporter la tête de l'une des Gorgones. Pourquoi ? Allez savoir, les raisons se perdent parfois dans les étagères de la mythologie.
Cela tomba sur Méduse car, contrairement à ses sœurs, elle seule était mortelle. Vous me direz, elle aurait pu s'en tirer facilement, en foudroyant d’un simple regard le présomptueux. Seulement, rien n'est simple et le destin est un sacré joueur de poker. Persée était fils illégitime de Zeus (encore un), et fut bien aidé en retour. Avant de partir au casse-pipe, la déesse Athéna lui refila un bonnet qui rend invisible, une épée perce-partout, et un bouclier tellement poli qu'il reflétait une image comme un miroir. Ainsi muni, Persée profita du sommeil de Méduse pour se faufiler en se servant de son bouclier comme rétroviseur. Il la décapita d'un coup sec, comme on sabre le champagne. Le sang de la Gorgone se répandit à terre, et de la blessure naquit Pégase, un cheval ailé que s'empressa d'enfourcher le tueur pour décamper (c'est un peu gros, mais on a vu pire). Il rapporta avec lui la tête de Méduse. Or, même morte, celle-ci conservait son pouvoir foudroyant. Cela effraya le roi de l'île qui, s'il n'était pas de bois, ne voulait pas devenir de pierre. Le trophée finit par orner le bouclier d’Athéna, déesse de la victoire, qui s'en servit pour foudroyer ses ennemis à distance (facile, après, de se proclamer déesse de la victoire).
Quel intérêt à cette légende, me direz-vous ? Pas grand-chose, si ce n'est que Méduse remplit à peu près la même fonction qu'un boss de fin de niveau dans un jeu vidéo. Elle poursuit une existence minable sur une île perdue, se fait bêtement tuer en plein roupillon et termine son existence comme ornement pour mobilier guerrier (à la limite, si la Gorgone s'était appelée Zola, y’aurait eu de l’humour). Ou bien, peut-être ce conteur grec n’était autre que le célèbre Markos Lavoinis, et que l'histoire lui inspira un hit, « Elle a les yeux lance-pierre ». Allez savoir.
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22.05.2006
Prendre pour Parole d'évangile
Da Vinci Code sort sur nos écrans. L'occasion est propice pour aborder un sujet sensible, la religion chrétienne. Plus particulièrement les Evangiles. Qui connaît l’histoire de ces textes qui composent le Nouveau Testament ? Mais au fait, qu’est-ce que le Nouveau Testament ? Magnéto, Serge
Ancien Testament
Nous sommes aux environs de l’an 0, au Moyen-Orient. Les Juifs zonent autour du temple de Jérusalem. Ils s’ennuient ferme parce qu’ici, les chefs, ce sont les romains. Pas fous, les envahisseurs ont décidé d’accorder à ce peuple farouche quelques libertés. Ce qui ne satisfait pas les locaux. Il faut dire que les Juifs constituent un peuple particulier. Ils croient en un seul dieu avec qui ils ont conclu une alliance. Ils puisent leur foi dans un livre qu’on appelle la Bible (qui signifie le livre, ca tombe bien). Et, croient-ils, un représentant de Yahvé (ce qu’on appelle dans le jargon, un messie) doit bientôt venir les débarrasser de ces païens mal embouchés.
C’est le moment que choisit un doux rêveur aux cheveux longs pour arpenter Judée et Galilée (sans suivre l’étoile du berger). Cet homme, Jésus, va prêcher l’amour entre hommes et la non-violence. C’est sympa comme tendance, mais un peu avance. Ce qui fâche les Juifs, en quête d’un candidat aux critères ramboesques pour mener à un bien la libération du territoire. Si bien qu’au final, ledit Jésus va porter sa croix. Basta ? Pas tout à fait
Évangile
Une secte juive va naître. Les Chrétiens, en l’honneur de Jésus Christ vont tenter tant bien que mal propager la bonne parole à travers le monde. Car le Messie est venu sur Terre avec un objectif : renouveler l’alliance entre Dieu et les hommes. Tout ceci aurait pu tomber dans les poubelles de l’histoire, voire de l’affabulation, sans la ténacité d’une poignée de disciples. Pour se souvenir de son message, des biographes vont écrire les évangiles (bonne parole en grec) : naissance, premiers pas, crucifixion et résurrection (très importante la résurrection chez les Chrétiens). Notez qu’en aucun cas Jésus n’a pris part à l’édification structurelle de notre religion. Il a parlé et des gens ont interprété.
C’est quoi les évangiles apocryphes ?
Au début du millénaire, les sectes chrétiennes pullulent un peu comme des métastases. De façon désordonnée. Le gourou est mort en laissant des fidèles davantage préoccupés à échapper aux rafles qu’à s’unifier. Des dizaines d’Evangiles circulent sous le manteau, prônant tout et son contraire. On y trouve entre autres l’évangile de Judas, qui n’est pas l’œuvre du fameux Judas, mais d’une secte qui réhabilite le triste traître.
En 180, pour séparer le bon texte du mauvais, un certain Irénée de Lyon a l’idée de décréter divin le chiffre 4. Fort de cette inspiration, il sélectionne les quatre évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean, qui deviendront les textes officiels de l’Eglise. Ils forment un tout homogène et seraient plus proches de la réalité. Quant aux évangiles écartés, ils formeront les apocryphes, c'est-à-dire les textes « cachés » en grec.
Quatre, pas moins
Pour les retenus, l’on distingue d’abord les trois évangiles synoptiques, (visibles d’un seul regard), attribués à Mathieu, Marc et Luc. On les rassemble en raison de la similitude des évènements. Le dernier, celui de Jean, est à part. Plus mystique, il incarne la tendance shaman sous peyotl.
Les auteurs
Parmi les écrivains de ce best-seller mondial, seuls Mathieu et Jean faisaient partie des douze apôtres, la task force de Jésus. Les deux autres incarnent la deuxième génération. Marc serait un disciple de Pierre (apôtre et ancêtre du pape) et Luc, l’âme damnée de Saint Paul (grand théoricien de la doctrine chrétienne).
Les textes n’ont pas été rédigés immédiatement après la mort de Jésus. Ils s’échelonnent entre 60 et 100 après Jésus-Christ.
Le Nouveau Testament
La secte chrétienne va finir par rencontrer un certain succès et se séparer du Judaïsme. Aujourd’hui, la Bible chrétienne se compose de l’Ancien Testament (ou Ancienne Alliance, dans le jargon), qui correspond à la Bible juive, et le Nouveau Testament (composé entre autres des 4 évangiles), le nouveau pacte entre Dieu et ses ouailles.
Amen.
23:20 Publié dans Un zeste de culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




