30.08.2007
Pourquoi Midas a des oreilles d'âne ?
Midas (homme fortuné pour les hellénistes), avait déjà eu l'occasion de sonder la profondeur de sa stupidité sous les ors de la mythologie (cf. toucher le Pactole). Ce néanmoins sympathique roi régnait avec placidité sur la Phrygie (pays au nord de la Grèce qui inspirera plus tard les sans-culottes).
Un jour, ne sachant que faire de son auguste temps libre, il partit errer dans les montagnes alentour. Pas de pot, Midas tomba sur une scène pas croyable (d'ailleurs, l'auteur a du mal à y croire). Un attroupement au lieu dit « stock de bois » mêlait un foutraque de créatures merveilleuses sous l'oraison des arbres. Parmi elles, Apollon, le beau gosse de l'Olympe, et Marsyas, un satyre bouqueteux à souhait. Les deux énergumènes se crêpaient le chignon quant à la supposée prééminence de l'un sur l'autre dans le domaine musical. C'était pas grave si Apollon, outre dieu solaire, disposait dans ses cartes de visite du titre de master of Music… Marsyas aimait, dans la vie, tirer sur la corde. Pour les départager, on organisa un Popstars champêtre, avant de tirer au sort deux juges de paix. Le premier désigné fut un dénommé Tmollos, ziquos de profession et fumeur de feuilles de laurier devant l'éternel. Le deuxième fut notre bon roi Midas, inculte de l'octave.
Tour à tour, chacun des compétiteurs auditionna. Marsyas entonna un air diabolique avec sa flûte de Pan. Le regard hagard et le sabot endiablé, le satyre satura son instrument à six trous. C'était assez rock' n roll et Midas aima tellement qu'il applaudit à se fracasser les phalanges. Ce fut au tour d'Apollon, accompagné aux cordes de sa célèbre lyre. Avec son air de jeune premier et son écorce à nounou dans la tignasse, le très lyrique bellâtre fit chavirer le cœur des nymphes composant l'assistance. Le concert s'acheva dans la liesse et l'envahissement de la scène fut évité de justesse. Si Tmollos s'inclina devant la supériorité d'Apollon, Midas resta branché sur le satyre, objectivement moins bon. C'est vrai qu'il dansait un peu chinois, Marsyas, quand il riait, tous riaient aussi, certes… Mais, c'est bien Midas qui l'a assassiné, Marsyas ! (désolé, ndlr) Outré qu'on puisse émettre l'idée de le défier, le dieu écorcha le satyre sur place et envoya sa carcasse aux abattoirs. Et pour souffler dans les trompes défectueuses du deuxième juge, lui fit pousser deux belles oreilles d'âne (les Grecs, sages en beaucoup de domaines, nous démontrent encore une fois l'importance de l'hypocrisie dans les bonnes mœurs).
Humilié, Midas courut se réfugier dans son palais enfiler un bonnet phrygien pour masquer ses horribles appendices poilus. Il lui fallait pourtant continuer à siéger à la cour, c'était là son unique fardeau de roi. Et pour bien présenter, il avait recours aux offices d'un barbier. Ne pouvant rayer ce rendez-vous de son agenda, il fit prêter serment à son homme de poil de ne jamais divulguer son secret, sous peine des pires sévices (coupe afro ?). Mais quiconque a mis un cheveu dans un salon de coiffure a pu mesurer la propension des capilliculteurs à tailler autant les tifs que la bavette, voire davantage.
Au bout d'une éternité (deux heures max), le barbier royal ne put se retenir plus longtemps. Il quitta discrètement le palais et se faufila sur un chantier désaffecté où même les dealers rechignaient à traîner. À l'abri des regards, il s'agenouilla, creusa un tout petit trou dans la terre, et y susurra son lourd secret. Ainsi libéré, il put retourner à ses occupations. Quelques semaines plus tard, des roseaux germèrent dans le sol, puis s 'épanouirent. Et quand le vent vint jouer entre les tiges, il se mit à souffler : « Le roi Midas a des oreilles d'âne, le roi Midas a des oreilles d'âne ! », portant le message dans toute la ville. Bientôt, la Phrygie entière fut instruite de la mésaventure de son roi. Avec les dommages que ce genre de rumeur peut produire pour une réputation, vous imaginez bien…
La morale de cette histoire est on ne peut plus audible : il est absolument stupide de murmurer à l'oreille des roseaux.
10:00 Publié dans Mythologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Tu a un art assez particulier de mêler l'ancien temps à notre modernisme actuel.. le moins que l'on puisse dire c'est que ça m'a encore une fois bien fait marrer ;-)
Ecrit par : Miss Blue | 30.08.2007
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