25.04.2007
Se croire sorti de la cuisse de Jupiter
[Quelqu'un qui se croit supérieur aux autres, qui se prend pour le centre du monde en étant égoïste et égocentrique]
Zeus, ou Jupiter pour les Romains (c’est le même), contemplait avec ennui le vaste monde tout en se tripotant les foudres. Si l’Olympe était toujours cet endroit sympathique, le roi des dieux s’était déjà attrapé tout ce qu’il y avait de donzelles potables et moins potables (voire pas du tout potable) à la ronde. C’est alors qu’il fut victime d’un coup de chaud en posant les yeux sur Sémélé. La fille du fondateur de Thèbes vaquait à ses occupations de femme du monde, commérage et épilation puisque les femmes savent faire deux choses à la fois. Revêtant les frusques d’un glabre promeneur (sloggy et abdos surnuméraires), Jupiter descendit sur terre et subjugua la princesse, qui succomba.
Ça aurait pu être une belle aventure sans lendemain, si la jalousie n’avait ruiné toute perspective heureuse. Héra, l’officielle de Jup’, était devenue, avec l’âge, fort suspicieuse. Remarquant que son volage de mari se rendait fréquemment en villégiature à Thèbes et ce, en période hors saison, elle le fila. Découvrant le pot aux roses, elle jugea bon d’emmêler Sémélé. La déesse instilla le doute quant à l’identité du mystérieux amant et pressa la princesse de la démasquer. Au retour de Jupiter, Sémélé argua, (on connaît l’incroyable don des femmes pour ne pas lâcher le morceau) argua, et… argua. Après de multiples pauses pipi, détournements de sujets, courses de chars impromptues, l’amant déposa les armes, car même un dieu cède face à la persuasion féminine*. Il consentit à se révéler sous sa véritable apparence, ce qui revenait à condamner à coup sûr la malheureuse, aucun mortel ne pouvant contempler un dieu dans toute sa gloire. Et c’est ce que savait pertinemment Héra (…méchante avec ça). Sémélé se consuma sur place, et Jupiter eut juste le temps de s’emparer du bébé (la surprise matrimoniale est le troisième pilier de la femme) que l’amante portait, le cachant à l’intérieur de sa cuisse. Pourquoi la cuisse ? Aucune hypothèse scientifique fiable recensée à ce jour.
Au bout de quelques mois, son quadriceps commença à le lancer, comme après un bon trois mille mètres steeple. Vu qu’il était dieu, immortel et assez balèze, cette gêne eut pour effet de lui friser les bacchantes. Le père porteur eut à peine le temps d’aller consulter que son membre se déchira sur la longueur et qu’en surgit un bébé vagissant. Vibrant de vie, Dionysos (le deux fois né), ou Bacchus en latin, futur dieu des vignes, avait réussi son entrée.
Joyeux drille, cette divinité assez cool prônait les vertus de la pochtronnade entre potes et la sagesse infinie du cuissage en réunion. Il lui arriva maintes aventures où, se réveillant de gueules de bois improbables, il surmontait les plus extrêmes situations (comme congédier une inconnue un lendemain de fête). Dionysos pensait tellement à sa trombine et tellement peu aux conséquences, qu’on lui prêtait un comportement égocentrique, égoïste, heu… tenez, comme un gosse [se croyant sorti de la cuisse de Jupiter].
Sa philosophie de vie fit pourtant des émules et des nanas adhérèrent rapidement au concept. Les Ménades, ou Bacchantes, se promenaient sur les chemins antiques en hurlant, dansant, s’extasiant et sexe s’adonnant. En outre, elles avaient l’alcool méchant et réduisaient fréquemment en charpie le malheureux quidam.
Dans notre langage philosophique, le dionysiaque symbolise les forces primaires qui nous traversent, l’ivresse des émotions, contrairement à l’apollinien, synonyme de maîtrise de soi, de raison, ou encore de l’art under control. À vous de faire votre choix.
*La discussion de couple, c’est comme un match de boxe avec deux combattants et, à la fin, la femme qui gagne… et si possible à l’aide d’un crochet bien vicelard dans le foie.
08:40 Publié dans Mythologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Grâce à toi, je viens de comprendre tout l'enjeu du second tour : l'apollinien contre le dionysiaque !
Ecrit par : nsdp | 27.04.2007
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