28.03.2007
Tomber dans les bras de Morphée
Tomber dans les bras de Morphée
[S’endormir]
Toute histoire commence, généralement, par un « il y a fort longtemps ». Celle-ci mérite davantage un « il y a wouw!, ‘achté longtemps », émergea du Chaos, Nyx (la nuit, pour les intimes). Avant, même si ce n’était pas le déluge, il faisait tout simplement pas jour, et l’on réalisait de sacrées économies en achat d’interrupteurs. Nyx, qui était une femme et ne connaissait pas le parrain de la french variet, décida de faire un bébé toute seule. Pour être plus précis, une palanquée. Novice en la matière, on lui doit des choses heureuses, comme le jour, mais aussi des surgeons regrettables comme les divinités de la Vengeance, de la Discorde, plus d’autres affreux. Et, parmi tous ces chérubins, des jumeaux : Thanatos et Hypnos. L’aîné eut droit à un job bien placé, mais peu ragoûtant : dieu de la Mort. Quant au cadet, il décrocha une position socialement plus gratifiante, dieu du Sommeil.
Hypnos reçut en héritage un superbe appartement de fonction aux Enfers, (que l’on soupçonnait d’être son père, selon le « Voici » local). Il logeait dans un vaste palais de marbre au pied duquel coulait le fleuve de l’Oubli et s’étendait un jardin de fleurs de pavots. C’était un peu mort dans le coin, certes, mais d’un calme… Quoiqu’il en soit, Hypnos était fort puissant puisque, comme le disait un vieux dicton, qui endort au pieu, fait se qu’il veut. C’est pourquoi on le disait maître des humains et maître des dieux, et que tous le craignaient (même Zeus voulut lui faire la peau).
Fatalement, ce bon vieux marchand de sable engendra, lui aussi, des fils (un beau coup d’hypnose sur une nana convoitée, ça aide). Son petit préféré avait pour nom Morphée et était le dieu des rêves. Ce beau jeune homme ailé (et non pas un noir à lunettes de soleil rondes et en manteau en cuir) passait son temps à glander sur son lit chez le pater à s’injecter de la morphine. Pour sa défense, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire dans le coin, puisque ça bougeait pas terrible.
Mais, lorsqu’il lui fallait aller au turbin, Morphée n’allait non pas par quatre, mais par deux chemins. Sur la pointe des plumes, il s’incrustait dans le sommeil des gens en revêtant l’apparence d’un être cher (d’où son nom, Morphée, celui qui prend forme, pour ceux qui rêvent au fond, près du radiateur). Si le songe qu’il transmettait ne devait rester qu’un beau et doux rêve, Morphée passait par une grande porte d’ivoire. Mais si le rêve devait se réaliser, alors il empruntait la sortie de service, une petite porte taillée dans de la vulgaire corne. Voilà pourquoi l’on affirmait que ceux qui s’endormaient, tombaient dans les bras de Morphée.
Au grand dam de beaucoup de rêveurs, Morphée était un peu mégalo et préférait les entrées de flambeur. C’est pourquoi les rêves érotiques n’avaient jamais tendance à se concrétiser, contrairement aux réveils périodiques sur une "grosse" du quotidien. C’est un fait, et c’est tout à fait regrettable.
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22.03.2007
La genèse du monde, acte II
S’attirer les foudres de…
[S’exposer à la colère, au châtiment de…]
Ce coin, mon gars, c’est l’Olympe
[Domaine des dieux, lieu de vie paradisisaque]
Atlas
[Première vertèbre cervicale du cou, qui supporte la tête]
[Recueil de cartes géographiques]
Zeus, parvenu à l’âge adulte, sentit poindre un double sentiment. Un, il se sentait seul dans ce vaste monde, malgré ses potes crétois qui n’étaient, certes, pas des dieux. Surtout, il en voulait à son père de l’avoir rejeté. Pour satisfaire son désir de vengeance, il rendit visite à une tante Titanide. Heureuse de se découvrir un neveu, Métis accepta de l’aider. Zeus se fit enrôler à la cour de Cronos comme échanson, un type qui sert du pinard à table. Profitant d’une soirée de beuverie, il versa à son père une rasade de puissant vomitif, peut-être un concentré d’huile de foie de morue. Ni une, ni deux, Cronos se mit à dégobiller son midi. Et une surprise ; assez vorace et goulu, il avait avalé tout cru ses enfants. Et après le quatre-heures, le titan régurgita la pierre de substitution, suivie des autres marmots qu’il avait gloutonné. C’est ainsi que tous les frères et sœurs de Zeus retrouvèrent l’air libre. Hadès, Poséidon, Héra, et tutti quanti se payèrent une seconde naissance. Beauté de l’immortalité, ils avaient tous grandi au chaud dans le bide du pater et en sortirent adultes.
Aussitôt, la fratrie se tira sur Terre pour préparer la chute du père. Zeus, conscient de leur faiblesse numérique, se rendit dans le Tartare munie de la clé subtilisée, délivrer les cousins que Cronos avait enfermés. Les cyclopes, géants à cent bras et autres germains furent bientôt rejoints par quelques traîtres titans. Parmi eux, on retrouva des éléments de valeur. Prométhée qui, assez futé comme on le sait, avait présagé la chute de Cronos, et Nikê, déesse de la victoire, une alliée fort utile quand on part au combat (attention, il n’existe aucun lien avéré entre l’expression « comment je l’ai niqué » et cette respectable personnification).
La Rébellion put dès lors s’organiser. Les Cyclopes, en dépit de leur œil unique, étaient doués pour la technique. Pour Zeus, ils façonnèrent une arme terrible, des éclairs fulgurants. Quiconque s’attirait ses foudres, serait immanquablement châtié.
Une fois tous convenablement armés (passons sur l’équipement secondaire) les Dieux se lancèrent à l’assaut des Titans. La victoire fut aisée et Cronos acheva son règne en compagnie de ses frères dans le Tartare, qui en avait vu d’autres. Un de leurs alliés subit un châtiment plus poilant. L’ancien roi de l’Atlantide fut condamné à soutenir la voûte terrestre sur ses épaules. De là où il était, outre le fait que ça lui faisait mal ou cou, Atlas avait une vue panoramique imprenable sur la Terre. Quand ses vertèbres le laissaient en paix, il pouvait dresser de belles cartes géographiques.
L’ordre ancien étant tombé, il fallut organiser le nouveau. Zeus obtint la souveraineté sur la Terre , Poséidon régna sur la mer (pour pêcher à loisir avec son arme, le trident), et Hadès, le royaume souterrain des morts.
Pour fêter la victoire, et raffermir les liens entre frérots, Zeus demanda aux Géants de lui ériger une sacrée belle résidence. Il choisit le plus haut endroit du monde, le mont Olympe (depuis, il a un petit peu rapetissé) pour accueillir son complexe hôtelier six étoiles. Palais royal avec piscine chauffée, gigantesque discothèque, l’Olympe avait une capacité d’accueil de 4 000 dieux. Il y avait de l’hydromel à profusion et la bouffe des meilleurs marmitons. Royaume du bonheur, ça finissait en orgie assez régulièrement, et tous les Dieux aimaient à s’y rendre. Bref, c’était l’Olympe.
11:30 Publié dans Mythologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.03.2007
La genèse du monde
Dehors, c’est le chaos
[Ce qui est ou semble inorganisé, désordonné, confus, parfois incohérent ou obscur]
Un travail de Titan
[Une œuvre colossale]
Corne d’abondance
[Source d’abondantes richesses]
Dans toute mythologie comme dans toute histoire, il y a un début à tout. Loin, loin avant, au commencement du commencement, était une sorte de masse informe, une slime originel. Ça ressemblait à une grosse soupe dans laquelle bouillonnait du liquide, pétaradaient des gaz fumants et s’entrechoquaient des tas de roches. Comme vous pouvez l’imaginer, c’était pas le plus confortable des nids douillets et peu de choses y vivaient. Enfin pas de truc organisé ni de machin viable. Bref, c’était le chaos.
À force, ce nid à miasme fermenta tout seul. Un petit non matin d’un non temps, le blob originel enfanta tout seul. Coup sur coup, naquit la Nuit , la Lumière puis le Destin. Peu ou prou dans cet ordre, et ne me demandez pas pourquoi, le Chaos a ses raisons que la raison ignore... Mais ce n’était pas fini. Un peu plus tard, celle qu’on appelle la Terre Mère (Gaïa pour les intimes), se joignit aussi à la partie. Vous l’aurez remarqué au premier coup d’œil syntaxique, c’était une nana. Et comme pléthore de femmes, elle ne supporta pas bien longtemps la solitude. Dans un moment de profond désoeuvrement (ou de tricotage), elle rêva de couple et créa un mâle, Ouranos, plus connu sous le nom de Ciel. Et quand le ciel rencontre la terre, ça fait non pas un bel horizon, mais de beaux enfants. Six beaux et grands gaillards et six belles et grandes filles firent leur premier pas dans ce no man’s land qu’était le monde en genèse. On baptisa les douze, les Titans.
C’est à cet instant que se noua le premier drame du monde grec (si l’on omet la naissance du concept de couple). Qu’il supportait mal les premiers braillements ou qu’il se prenait pour le toit du monde, Ouranos développa une phobie à l’égard de ses gosses qu’il soupçonnait d’envier son statut. Fort doctement, le père voulut faire méditer les Titans sur la juste position de tout un chacun dans la hiérarchie de ce beau monde qui tendait à s’organiser. Pour les travaux pratiques, il créa un lieu sombre et perdu, le Tartare. C’était un endroit où résonnaient les « Aïe ! », mangé par les fines herbes. Il fallait s’en douter, les Titans en prirent ombrage sans toutefois oser se rebeller. Parmi ces mous du bulbe émergea un leader, Cronos. Futé et d’esprit volontaire, le Titan remonta enseigner les bonnes manière à son papa de Ciel. Sérieusement touché par ce geste de piété filiale, Ouranos prit la tangente en éclaboussant d’une belle traînée de sang le manteau de sa femme, Gaïa. Quel goret, vous devez penser. Et bien pas que. Ouranos se reproduisait via toute forme de liquide, y compris l’hémoglobine. Fort féconde, sa femme enfanta une autre portée de chérubins. À l’image de la conception foireuse, le résultat fut calamiteux. La Terre fut bientôt arpentée par des monstres tous plus affreux les uns que les autres: cyclopes, monstres à cent bras, géants de tout poil, etc., etc. Même s’ils n’étaient pas foncièrement méchants, leur sale tronche effrayait et l’endroit devint aussi peu fréquentable qu’une gare RER de banlieue. En digne fils de son père, Cronos enferma ses « frères » dans le Tartare, et les lieux purent retrouver leur quiétude neuylliesque. En se débarrassant tour à tour de son terrible père et de ses freaks brothers, il venait d’accomplir un vrai travail de Titan.
Sur Terre, il fallut élire un nouveau chef. Pourquoi ? Parce que le sens de la hiérarchie est inscrit dans les gènes, chers lecteurs, voilà tout. Les Titans désignèrent Cronos, eu égard à son courage. Mais comme ils se méfiait un peu de l’hérédité et des ses fâcheuses conséquences sur la conservation du pouvoir, ils décidèrent que le chef n’aurait pas d’enfants. Or, Cronos, qui était un peu rude de mœurs, ne voulait pas arrêter de jouer à saute croupion. Mais comme il désirait tout autant le pouvoir, il prit la décision de manger ses futurs enfants au petit déjeuner. Rhéa, sa régulière, finit par se lasser de cette fichue manie. Après l’expérimentation du couple, elle aurait bien voulu pouponner (tout un schéma comportemental se dessine, guettant dramatiquement l’humanité à venir). Lorsqu’elle mit au monde deux jumeaux, elle substitua le garçon par une grosse pierre emmitouflée dans des langes (n’allez pas chercher une quelconque raison au choix du mâle, la aussi c’est inscrit dans l’ordre des choses). Cronos n’y vit que du feu et le petit Zeus (c’était lui), fut envoyé sur Terre, loin de son cannibale de Père. Le petit Zeus Skywalker atterrit dans une communauté baba cool de Crète, exclusivement composée de mecs. Passant leur temps à boire de l’ouzo tout en dansant le sirtaki, ils parvinrent à faire suffisamment de tapage pour couvrir les vagissements du petit. Pour le nourrir, ils recrutèrent Amalthée. C’était une chèvre à fort beau pie (diamètre 3,14 cm) qui donnait un lait fort nutritif. Elle avait également une autre particularité, une belle corne au sommet du crâne. Mieux, l’appendice avait la propriété de se remplir régulièrement de fruit et d’hydromel. Vous ne croyez tout de même pas qu’on élève un enfant uniquement avec du fromage de brebis ? C’était la célèbre corne d’abondance.
Bien couvé, Zeus put achever sa croissance dans une ambiance masculine et joyeuse (ceci expliquant peut-être la vie de coureur de jupon doublé de ripailleur qu’il eut). Mais tout ayant une fin, une fois adulte, il lui restait à affronter son destin : son Vador de père.
Fin de la partie Un
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