15.03.2007
La genèse du monde
Dehors, c’est le chaos
[Ce qui est ou semble inorganisé, désordonné, confus, parfois incohérent ou obscur]
Un travail de Titan
[Une œuvre colossale]
Corne d’abondance
[Source d’abondantes richesses]
Dans toute mythologie comme dans toute histoire, il y a un début à tout. Loin, loin avant, au commencement du commencement, était une sorte de masse informe, une slime originel. Ça ressemblait à une grosse soupe dans laquelle bouillonnait du liquide, pétaradaient des gaz fumants et s’entrechoquaient des tas de roches. Comme vous pouvez l’imaginer, c’était pas le plus confortable des nids douillets et peu de choses y vivaient. Enfin pas de truc organisé ni de machin viable. Bref, c’était le chaos.
À force, ce nid à miasme fermenta tout seul. Un petit non matin d’un non temps, le blob originel enfanta tout seul. Coup sur coup, naquit la Nuit , la Lumière puis le Destin. Peu ou prou dans cet ordre, et ne me demandez pas pourquoi, le Chaos a ses raisons que la raison ignore... Mais ce n’était pas fini. Un peu plus tard, celle qu’on appelle la Terre Mère (Gaïa pour les intimes), se joignit aussi à la partie. Vous l’aurez remarqué au premier coup d’œil syntaxique, c’était une nana. Et comme pléthore de femmes, elle ne supporta pas bien longtemps la solitude. Dans un moment de profond désoeuvrement (ou de tricotage), elle rêva de couple et créa un mâle, Ouranos, plus connu sous le nom de Ciel. Et quand le ciel rencontre la terre, ça fait non pas un bel horizon, mais de beaux enfants. Six beaux et grands gaillards et six belles et grandes filles firent leur premier pas dans ce no man’s land qu’était le monde en genèse. On baptisa les douze, les Titans.
C’est à cet instant que se noua le premier drame du monde grec (si l’on omet la naissance du concept de couple). Qu’il supportait mal les premiers braillements ou qu’il se prenait pour le toit du monde, Ouranos développa une phobie à l’égard de ses gosses qu’il soupçonnait d’envier son statut. Fort doctement, le père voulut faire méditer les Titans sur la juste position de tout un chacun dans la hiérarchie de ce beau monde qui tendait à s’organiser. Pour les travaux pratiques, il créa un lieu sombre et perdu, le Tartare. C’était un endroit où résonnaient les « Aïe ! », mangé par les fines herbes. Il fallait s’en douter, les Titans en prirent ombrage sans toutefois oser se rebeller. Parmi ces mous du bulbe émergea un leader, Cronos. Futé et d’esprit volontaire, le Titan remonta enseigner les bonnes manière à son papa de Ciel. Sérieusement touché par ce geste de piété filiale, Ouranos prit la tangente en éclaboussant d’une belle traînée de sang le manteau de sa femme, Gaïa. Quel goret, vous devez penser. Et bien pas que. Ouranos se reproduisait via toute forme de liquide, y compris l’hémoglobine. Fort féconde, sa femme enfanta une autre portée de chérubins. À l’image de la conception foireuse, le résultat fut calamiteux. La Terre fut bientôt arpentée par des monstres tous plus affreux les uns que les autres: cyclopes, monstres à cent bras, géants de tout poil, etc., etc. Même s’ils n’étaient pas foncièrement méchants, leur sale tronche effrayait et l’endroit devint aussi peu fréquentable qu’une gare RER de banlieue. En digne fils de son père, Cronos enferma ses « frères » dans le Tartare, et les lieux purent retrouver leur quiétude neuylliesque. En se débarrassant tour à tour de son terrible père et de ses freaks brothers, il venait d’accomplir un vrai travail de Titan.
Sur Terre, il fallut élire un nouveau chef. Pourquoi ? Parce que le sens de la hiérarchie est inscrit dans les gènes, chers lecteurs, voilà tout. Les Titans désignèrent Cronos, eu égard à son courage. Mais comme ils se méfiait un peu de l’hérédité et des ses fâcheuses conséquences sur la conservation du pouvoir, ils décidèrent que le chef n’aurait pas d’enfants. Or, Cronos, qui était un peu rude de mœurs, ne voulait pas arrêter de jouer à saute croupion. Mais comme il désirait tout autant le pouvoir, il prit la décision de manger ses futurs enfants au petit déjeuner. Rhéa, sa régulière, finit par se lasser de cette fichue manie. Après l’expérimentation du couple, elle aurait bien voulu pouponner (tout un schéma comportemental se dessine, guettant dramatiquement l’humanité à venir). Lorsqu’elle mit au monde deux jumeaux, elle substitua le garçon par une grosse pierre emmitouflée dans des langes (n’allez pas chercher une quelconque raison au choix du mâle, la aussi c’est inscrit dans l’ordre des choses). Cronos n’y vit que du feu et le petit Zeus (c’était lui), fut envoyé sur Terre, loin de son cannibale de Père. Le petit Zeus Skywalker atterrit dans une communauté baba cool de Crète, exclusivement composée de mecs. Passant leur temps à boire de l’ouzo tout en dansant le sirtaki, ils parvinrent à faire suffisamment de tapage pour couvrir les vagissements du petit. Pour le nourrir, ils recrutèrent Amalthée. C’était une chèvre à fort beau pie (diamètre 3,14 cm) qui donnait un lait fort nutritif. Elle avait également une autre particularité, une belle corne au sommet du crâne. Mieux, l’appendice avait la propriété de se remplir régulièrement de fruit et d’hydromel. Vous ne croyez tout de même pas qu’on élève un enfant uniquement avec du fromage de brebis ? C’était la célèbre corne d’abondance.
Bien couvé, Zeus put achever sa croissance dans une ambiance masculine et joyeuse (ceci expliquant peut-être la vie de coureur de jupon doublé de ripailleur qu’il eut). Mais tout ayant une fin, une fois adulte, il lui restait à affronter son destin : son Vador de père.
Fin de la partie Un
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