26.02.2007

Quel Adonis cet homme là !

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[Jeune homme remarquable par sa beauté ; jeune homme qui fait le beau]

 

En ces temps-là, on aurait pu croire que l'amour avait moins de tabous. En apparence, seulement. Sur la petite île de Chypre, vivaient un roi, Cinyras, et sa fille, Myrrha. Il faisait beau, il faisait chaud, et les Chypriotes aimaient se griller des chipo sur leur brasero. Sur l’île, on vénérait la déesse de l'Amour, Aphrodite, locale de l'étape. Il leur était donc demandé un effort supplémentaire pour rendre hommage à une divinité, qui, de vous à moi, était bien agréable. Ce que Myrrha négligea. A cheval sur ses passe-droits, Aphrodite s'en courrouça. Elle fit en sorte que la princesse boudeuse mira son royal père d'un tout autre regard. Celle-ci tomba éperdument amoureuse de son royal géniteur et entreprit de lui faire la cour. Cinyras avait beau être en plein démon de midi, il ne vit pas les avances de sa fille, qui persista. Par une nuit sombre (et sauvage), elle s'introduisit (ou l'inverse), dans la couche de son papa. Au petit matin, Cinyras s'éveilla du sommeil du stupre. Et là, ce fut le fameux « tu t'es vu quand t'as bu », suivi d'une folle envie d'inciser l'incestueuse. Les dieux prirent en pitié la pauvrette, victime de l'amour, et la transformèrent in extremis en arbre à Myrrhe.

Seulement voilà. La fille du roi avait eu le temps de tomber enceinte. Et, neuf mois plus tard, quand un sanglier vint maladroitement heurter l'arbre, il en jaillit un petit bébé, Adonis. Rhooo ! Il était si mignon qu'Aphrodite en fut toute chose. Elle déposa le bambin dans un coffre en bois et le confia à une copine, Perséphone, l'épouse du dieu des morts. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que l'amour a autre chose à faire que pouponner, et les adultes sont tout de même plus intéressants pour faire joujou.

Le petit Adonis grandit et devint un bel adolescent vigoureux, magnifique et très attachant. À tel point qu'Aphrodite s'en émoustilla terriblement. Or, Perséphone s'était, elle aussi, habituée au minet. Elle voulut le garder rien que pour elle. Pris entre deux feux, Adonis ne savait pas à quelle sauce il allait être mangé. Ce qui tombe bien, puisque, pas une seule fois on ne lui demanda son avis. Finalement, Zeus, fatigué par les cris et les crêpages de chignon, trancha. Ce sera trois mois pour Perséphone, et trois mois pour Aphrodite. Le reste du temps, libre à lui d'aller chasser, roupiller, ad lib.

Quelques années plus tard, alors qu'Adonis chassait, justement, voilà-t-y pas qu'il croisa de nouveau la route d'un sanglier fou furieux. Pris au dépourvu, Adonis ne put empêcher dans son corps, les défenses d'entrer. Accident de chasse, me direz-vous ? Pas du tout. La bête n'était autre qu'Arès, le dieu de la guerre, et accessoirement mari d'Aphrodite. En agonisant, Adonis perdit tout son sang, ce qui fit fleurir de belles anémones rouges. Rendu inconsolable par la perte de son Adonis, Aphrodite obtint que le jeune homme ressuscite six mois de l'année, à l'image de la végétation à laquelle il était associé. L'autre morale de l'histoire, c'est qu'en cas d'adultère, il faut éviter tout cocu amer et armé.

 

 

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