17.10.2006
Trois pour le prix de Troie
Jouer les cassandre [oiseau de mauvais augure]
Une voix de stentor [voix très puissante]
Un mentor [guide spirituel]
Amis lecteurs, cette semaine, ce sera trois expressions pour le prix d'une. La guerre de Troie fut une période brutale, qui mit aux prises foultitude de héros. Il y avait les grands, Achille, Hector, et autres Ulysse. Dans leur ombre, vivotaient des glorieux de seconde zone. Voici leur histoire.
En ces temps reculés, prospérait une ville qui portait le nom de Troie. Loin d'être réputée pour ses magasins d'usine, la cité dominait l'actuelle Turquie. Les Grecs en nourrirent une grande jalousie. Il est vrai que Troie disposait d'une vue sur la mer à faire pâlir un promoteur à Saint-Tropez. Bon, dans les faits, c'était plutôt sa richesse qui faisait rêver. Quoi qu'il en soit, le grand chef des Grecs, Agamemnon, rendu aigri par son piètre nom, argua d'un prétexte fallacieux pour aller taper sur l'opulente Orientale : Hélène, la femme de son frère Méléagre, s'était fait la belle avec Paris, fils du roi de Troie. Au lieu de se cantonner à une simple histoire de cul, l'affaire déflagra en un terrible conflit qui s'éternisa dix ans.
StentorDans le camp grec, bataillait un certain Stentor. Ce fier guerrier était doté d'un fort bel organe. Il était capable de crier aussi fort que 50 gusses à la fois (on tient peut-être l'ancêtre de Lara Fabian). Au lieu de faire carrière dans le gospel, il fit héraut grec. C'est-à-dire qu'il hurlait pour galvaniser les troupes. De deux choses l'une. Soit ses hommes en avaient assez et se jetaient dans la bataille, d'oreille lasse, soit ils adhéraient à une mode musicale bien éloignée de la nôtre. Stentor faisait des miracles et alla jusqu'à inventer la trompette. Il remplit sa fonction à merveille, jusqu'au jour où il défia le dieu Hermès à chœurs et à cris. On n'importune jamais une divinité, c'est pourtant bien connu. Le fanfaron se péta les cordes vocales et mourut piteusement, comme une trompette.
CassandreEn face, derrière les murs troyens, vivait Cassandre. Le dieu Apollon avait offert à la fille du roi Priam (il avait 50 enfants), le don de prophétie. Mais on connaît bien notre Apollon, c'était un chaud lapin. Il voulut s'attraper la p'tite dans les fourrés, mais celle-ci déclina la proposition. On n'importune jamais, vous connaissez le refrain… Le dieu solaire, pour se venger, condamna la cruche à ne jamais être crue (le comble du prophète). Cassandre passa le siège de Troie à prévenir les siens des catastrophes prochaines, sans que ceux-ci ne la prennent un instant au sérieux. Au bout du compte, ils auraient pu avoir un doute, mais… non. C'est ainsi qu'elle assista à l'entrée du célèbre cheval de Troie à l'intérieur des remparts, qu'elle endura le carnage des siens et finit l'histoire comme otage. Heureusement pour elle, Agamemnon tomba fol amoureux d'elle. Le roi oublia sa femme, restée à la maison, et lui fit deux enfants. Happy end ? Que nenni. Au retour en Grèce, Cassandre prédit la vengeance terrible de la légitime (prédiction ou bon sens féminin, je vous laisse juge). Que croyez-vous qu'il advint ? Agamemnon lui déposa un baiser mouillé sur le front, avant de se faire trucider, lui, les deux enfants et sa maîtresse… Car sa femme n'avait pas oublié, elle.
MentorLe troisième sans-grade eut une fin moins triste. Il s'appelait Mentor. Ce n'était pas un spécialiste de la menterie, ni un inventeur de confiserie. C'était un vieux pote d'Ulysse, le roi d'Ithaque, qui s'était mis sur son 31 pour la guerre dont je vous parle depuis quelques lignes. Mais voilà. Les charognards ne rôdent pas seulement au combat. Pendant son absence, beaucoup de jeunes gandins (et moins jeunes) vinrent tourner autour de sa femme, Pénélope. Le souci, pour Ulysse, c'est qu'il fut pris en grippe par le dieu Poséidon et que sa galère ne dura pas dix, mais vingt ans. Autant dire, une véritable odyssée. Or, le roi n'était pas né de la dernière averse. Avant de partir, il avait confié à Mentor le soin de veiller sur sa femme, ainsi que sur son fils, Télémaque. Tant et si bien que le sage fit office de guide pour le prince et s'échina à repousser les scélérats. Ulysse acheva enfin son périple et, rendu furax un max par les cachoteries, tailla le groupe à la pointe de son épée. Parce que faut pas déconner. On touche pas à la femme d'un héros.
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11.10.2006
À quoi servent les muses ?
[Ce qui inspire un écrivain ; inspiration poétique, souvent imaginée par le créateur sous l'apparence d'une femme. Don, invention artistique.]
Avant d’être un groupe de rock, les Muses étaient une bande de nanas. Le monde d’avant était violent, dur, rempli de Ben Laden et de Georges Bush. Pour compenser cette absence d’amour, il y avait des exceptions dont les Muses faisaient partie. Les sœurs étaient nées des amours entre Zeus (toujours lui) et Mnémosyne, déesse de la mémoire. À leurs neuf nuits de sexe avaient succédé, neuf mois plus tard, neuf filles.
Les Muses avaient été gâtées par les dieux. Intelligentes et belles, elles développèrent très tôt un goût pour la poésie, le chant, la littérature, la philosophie, bref, toutes les choses de l’esprit que les hommes regardent avec un œil complaisant. Et à force de passer leur jeunesse à badiner, elles cultivèrent chacune leur don jusqu’à l’excellence. Si bien qu’une fois adultes, elles en vinrent à constituer un groupe folklo de réputation internationale, tout du moins dans le monde antique. Elles se produisaient soit sur l’Olympe, pour divertir dieux et people, soit répétaient chez elle, sur le mont Parnasse (qui se situe, je vous le rappelle, non pas dans le sud de Paris, mais dans le nord de la Grèce).
Au nombre de neuf, la plupart sont depuis tombées en désuétude. Les plus célèbres étaient : Clio, muse de l’histoire (et non pas de Renault), Euterpe, muse de la musique (notez ce lien entre les deux noms), Terpsichore, muse de la danse, Melpomène, muse de la tragédie, Thalie, muse de la comédie, Uranie, muse de l’astronomie.
Les Muses remplissaient une fonction : elles inspiraient les hommes en servant de médiatrices entre les dieux et les poètes. Pour parodier un chanteur, lorsque ça arrive, ce n’est pas l’homme qui prend la muse, mais la muse qui prend l’homme. Directement injectée en intraveineuse, l’inspiration provoquait fièvre créatrice et état second que l’on observe chez la plupart des grands créateurs : peintres (Dali), musiciens (Gainsbourg), écrivains (Hunter Thompson), parfois animateurs sur TF1 (Nikos est véritablement inspiré, si, si).
L’important quand cela survenait, était d’en profiter. Les Grecs l’avaient compris, toute inspiration est éphémère. Comme leurs lointaines descendantes, les hippies, les déesses étaient versatiles. Et quand les Muses changent d’âne, le créateur subit les affres de la panne. Des créateurs ont foncé droit dans la muse et ont fini par prendre les déesses pour des bouteilles (de scotch, par exemple). Il convient donc de zapper en attendant la prochaine inspiration. Sans quoi, vous finirez au Musée.
Micro-trottoir :El Diablo (démon) :
— Ah non, désolé, je n’ai pas dit, c’est ma muse, mais ça m’amuse.
Monsieur Albert E. (génie scientifique) :
— J’ai connu une muse, ça m’a permis de travailler sur la relativité des choses.
Né sous X (muse addicted) :
— Au début, c’est planant. Mais quand vous tombé dans leur musette, attention la descente. Et je dis pas ça parce que c’est ma 108e cure de démusication .
11:30 Publié dans Mythologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
02.10.2006
Dans la famille Dédale, je veux le père, le fils et la fiançée
[C’est un dédale] : Ensemble formant un circuit compliqué dans lesquels on risque de se perdre
[Se brûler les ailes] : Ne pas écouter les conseils et dépasser les limites, pour finalement le regretter
[Le fil d’Ariane] : Fil conducteur, moyen permettant de ne pas se perdre dans les complications d'une situation
Chers amis lecteurs, si dans cette histoire je narre l’origine non pas d’une, mais de trois expressions, ce n’est pas au prétexte de vous en mettre plein les mirettes. C’est que celles-ci sont inextricablement mêlées. La preuve.
Il y a fort longtemps, la grande Athènes n’était qu’une petite cité de province. Y habiter n’y valait pas tripette. Comme beaucoup de villes à l’Est de la Méditerranée, la cité était sous le régime d’un tyran maous costaud, Minos. Ce monsieur très austère régnait sur la Crète. Ce n’était pas pour autant un crétin. Au contraire. L’île était puissante, avec ses galères de guerre qui sillonnaient la mer et faisaient régner le régime crétois. Le roi Minos était tellement brillant que l’époque durant laquelle la Crète domina son monde passa à la postérité sous le nom d’ère Minoenne. Les Crétois avaient pour passe temps favori de boire de l’huile d’olive et comme sport préféré de sauter par-dessus les cornes de taureaux, l’animal fétiche de l’île (ils avaient d’autres habitudes, comme laisser dénudée la poitrine de leurs femmes).
Comme bien des empires, la Crête encourageait aussi la fuite des cerveaux. L’un d’eux était Athénien et avait pour nom Dédale. Un peu à l’image d’un Einstein, de milliers d’idées jaillissaient de l’esprit du savant foufou (d’ailleurs, son nom signifiait « l’ingénieux », ce qui tombe bien). Bref, suite à une sombre histoire de jalousie (Dédale avait le melon et pensait pouvoir tout résoudre mieux que les autres), l’inventeur se réfugia à Cnossos, la capitale crétoise.
Sa première prouesse sur sa terre d’exil fut, on peut le dire, un peu honteuse. Pasiphaé, l’épouse de Minos, avait des envies un peu bizarres. Elle rêvait de s’offrir un taureau, ses oreilles et sa queue. Dédale fabriqua une fausse vache où la coquine pourrait se glisser, dans le but de tromper ledit animal. Ce fut un succès et neuf mois plus tard, un charmant minotaure naquit de leur union. Minos, fut fort marri de découvrir un fils qui avait la tête de son papa, avec de belles cornes et un beau mufle. Pas mufle pour une drachme, l’époux cocu exigea de Dédale qu’il répare son erreur en cachant la monstruosité. Histoire de se compliquer la vie, l’inventeur grec conçut un palais dont personne ne pourrait sortir (le fameux Labyrinthe) et y jeta le rejeton rejeté. Celui-ci prit fort mauvais caractère et vira cannibale. Mais le principal, c’était que c’était un vrai dédale à l’intérieur (et de un).
Comme Pasiphaé ne pouvait se résoudre à abandonner le fruit de ses entrailles, il fut prévu que l’on jette dans le Labyrinthe de la chair fraîche. Minos passa ses nerfs sur les pauvres Athéniens et exigea qu’ils lui livrent sept jeunes hommes et sept jeunes femmes chaque année parce que c’était lui le vainqueur, point (il inventa par la même le concept de livraison à domicile cher à Pizza Hut).
Le manège perdura jusqu’à ce que le fils même du roi d’Athènes, Thésée, fût tiré au sort. Au grand désespoir de son père, le jet-setteur quitta le gotha pour son Golgotha, direction Cnossos. S’il était loin d’être thésard, Thésée était du genre balèze en plus de sacrément mignon. L’éphèbe fit chavirer le cœur de la fille de Minos, la minaude Ariane. Réactive comme une fusée, elle persuada Dédale de venir en aide à ses compatriotes. L’inventeur, toujours en quête de challenge, eut une idée : il remit à Ariane une pelote de laine, qu’elle eut pour mission de dérouler à mesure qu’elle pénétrait dans le labyrinthe à la recherche de son Thésée (c’est simple, limpide, imparable). Cela tombe bien, quand elle le retrouva, le prince venait de se farcir le minotaure. Il leur suffit ensuite de remonter le fil d’Ariane pour retrouver la sortie (et de deux).
Les tourtereaux se firent la belle en pleine nuit (ce qui n’empêchera pas Thésée de se comporter par la suite comme un bel enfant de), laissant en rade le père Minos, furax. Soupe au lait depuis les mésaventures successives avec ses femmes, il punit Dédale. Le vieil Athénien fut enfermé avec son fils, Icare, dans le labyrinthe et cette fois-ci sans pelote (c’était les condamner à coup sûr car, sans fil, personne ne file). Mais il fallait s’en douter, Dédale trouva une solution. Il confectionna deux paires d’ailes qu’il colla sur ses deux omoplates ainsi que celles de son fils, le tout avec de la cire. Les deux hommes s’élevèrent dans le ciel, en route pour ailleurs. Mais comme chacun le sait, quand on est jeune, on écoute rarement. Icare se laissa griser par l’ivresse et oublia l’avertissement du pater. À force de monter, monter, il frôla le soleil. Outre l’épilation gratis à la cire, la chaleur lui brûla les ailes (et de trois).
Icare s’écrasa comme une chiure de mouche des kilomètres plus bas. Quant à Dédale, après avoir pleurer à chaudes larmes, il poursuivit ses inventions et finit par avoir la peau de Minos. Mais ceci est une autre histoire.
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