02.10.2006

Dans la famille Dédale, je veux le père, le fils et la fiançée

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[C’est un dédale] : Ensemble formant un circuit compliqué dans lesquels on risque de se perdre

 

[Se brûler les ailes] : Ne pas écouter les conseils et dépasser les limites, pour finalement le regretter

 

[Le fil d’Ariane] : Fil conducteur, moyen permettant de ne pas se perdre dans les complications d'une situation

 

Chers amis lecteurs, si dans cette histoire je narre l’origine non pas d’une, mais de trois expressions, ce n’est pas au prétexte de vous en mettre plein les mirettes. C’est que celles-ci sont inextricablement mêlées. La preuve.

Il y a fort longtemps, la grande Athènes n’était qu’une petite cité de province. Y habiter n’y valait pas tripette. Comme beaucoup de villes à l’Est de la Méditerranée, la cité était sous le régime d’un tyran maous costaud, Minos. Ce monsieur très austère régnait sur la Crète. Ce n’était pas pour autant un crétin. Au contraire. L’île était puissante, avec ses galères de guerre qui sillonnaient la mer et faisaient régner le régime crétois. Le roi Minos était tellement brillant que l’époque durant laquelle la Crète domina son monde passa à la postérité sous le nom d’ère Minoenne. Les Crétois avaient pour passe temps favori de boire de l’huile d’olive et comme sport préféré de sauter par-dessus les cornes de taureaux, l’animal fétiche de l’île (ils avaient d’autres habitudes, comme laisser dénudée la  poitrine de leurs femmes).

Comme bien des empires, la Crête encourageait aussi la fuite des cerveaux. L’un d’eux était Athénien et avait pour nom Dédale. Un peu à l’image d’un Einstein, de milliers d’idées jaillissaient de l’esprit du savant foufou (d’ailleurs, son nom signifiait « l’ingénieux », ce qui tombe bien). Bref, suite à une sombre histoire de jalousie (Dédale avait le melon et pensait pouvoir tout résoudre mieux que les autres), l’inventeur se réfugia à Cnossos, la capitale crétoise.

Sa première prouesse sur sa terre d’exil fut, on peut le dire, un peu honteuse. Pasiphaé, l’épouse de Minos, avait des envies un peu bizarres. Elle rêvait de s’offrir un taureau, ses oreilles et sa queue. Dédale fabriqua une fausse vache où la coquine pourrait se glisser, dans le but de tromper ledit animal. Ce fut un succès et neuf mois plus tard, un  charmant minotaure naquit de leur union. Minos, fut fort marri de découvrir un fils qui avait la tête de son papa, avec de belles cornes et un beau mufle. Pas mufle pour une drachme, l’époux cocu exigea de Dédale qu’il répare son erreur en cachant la monstruosité. Histoire de se compliquer la vie, l’inventeur grec conçut un palais dont personne ne pourrait sortir (le fameux Labyrinthe) et y jeta le rejeton rejeté. Celui-ci prit fort mauvais caractère et vira cannibale. Mais le principal, c’était que c’était un vrai dédale à l’intérieur (et de un).

Comme Pasiphaé ne pouvait se résoudre à abandonner le fruit de ses entrailles, il fut prévu que l’on jette dans le Labyrinthe de la chair fraîche. Minos passa ses nerfs sur les pauvres Athéniens et exigea qu’ils lui livrent sept jeunes hommes et sept jeunes femmes chaque année parce que c’était lui le vainqueur, point (il inventa par la même le concept de livraison à domicile cher à Pizza Hut).

Le manège perdura jusqu’à ce que le fils même du roi d’Athènes, Thésée, fût tiré au sort. Au grand désespoir de son père, le jet-setteur quitta le gotha pour son Golgotha, direction Cnossos. S’il était loin d’être thésard, Thésée était du genre balèze en plus de sacrément mignon. L’éphèbe fit chavirer le cœur de la fille de Minos, la minaude Ariane. Réactive comme une fusée, elle persuada Dédale de venir en aide à ses compatriotes. L’inventeur, toujours en quête de challenge, eut une idée : il remit à Ariane une pelote de laine, qu’elle eut pour mission de dérouler à mesure qu’elle pénétrait dans le labyrinthe à la recherche de son Thésée (c’est simple, limpide, imparable). Cela tombe bien, quand elle le retrouva, le prince venait de se farcir le minotaure. Il leur suffit ensuite de remonter le fil d’Ariane pour retrouver la sortie (et de deux).

Les tourtereaux se firent la belle en pleine nuit (ce qui n’empêchera pas Thésée de se comporter par la suite comme un bel enfant de), laissant en rade le père Minos, furax. Soupe au lait depuis les mésaventures successives avec ses femmes, il punit Dédale. Le vieil Athénien fut enfermé avec son fils, Icare, dans le labyrinthe et cette fois-ci sans pelote (c’était les condamner à coup sûr car, sans fil, personne ne file). Mais il fallait s’en douter, Dédale trouva une solution. Il confectionna deux paires d’ailes qu’il colla sur ses deux omoplates ainsi que celles de son fils, le tout avec de la cire. Les deux hommes s’élevèrent dans le ciel, en route pour ailleurs. Mais comme chacun le sait, quand on est jeune, on  écoute rarement. Icare se laissa griser par l’ivresse et oublia l’avertissement du pater. À force de monter, monter, il frôla le soleil. Outre l’épilation gratis à la cire, la chaleur lui brûla les ailes (et de trois).

Icare s’écrasa comme une chiure de mouche des kilomètres plus bas. Quant à Dédale, après avoir pleurer à chaudes larmes, il poursuivit ses inventions et finit par avoir la peau de Minos. Mais ceci est une autre histoire.

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