25.09.2006
Des propos sibyllins
[Dont le sens est obscur, mystérieux, symbolique comme celui des oracles]
Un soir, alors que je devisais avec une mienne amie, celle-ci se lança dans un discours confus. J’eus le temps d’attraper au vol quelques mots épars tels, bébé, mariage, et autres billevesées. La voici qui me tenait des propos sibyllins… Oui, mais pourquoi, me direz-vous ?
En des temps reculés chez nos amis Romains, étaient une fois les oracles. Cet ordre religieux jouait les intermédiaires entre des dieux mystérieux et des hommes curieux. Les puissances supérieures avaient la fichue manie d’envoyer des signes tellement obscurs que même Night Shyamalan himself n’aurait pu en faire un film. Il faut croire que faire compliqué était parfois plus simple. On faisait alors appel à des sortes des « madame Irma » de l’époque.
Les prêtres nommaient généralement des femmes à ce poste, qu’ils installaient sur un trépied. Celles-ci tenaient des propos le plus souvent incohérents (notez le lien que les Anciens établissaient entre confus et femmes). Chez les Grecs, la plus médiatisée était la Pythie, domiciliée dans la ville de Delphes. Chez les Romains, c’était les sibylles. La plus fameuse résidait à Cumes et le dieu Apollon lui avait fait don de prophétie. Il y avait une file d’attente aussi longue que devant une boulangerie russe à l’époque soviétique. Après consultation, le client recevait en guise de réponse tout un tas de salmigondis et autre charabia. Le premier réflexe consistait à se gratter la tête, tel un contribuable devant sa déclaration de revenus. Le service après-vente étant déplorable, il vous fallait interpréter par vous-même le discours de l’oracle (de vous à moi, elle pouvait écrire ce qu’elle voulait, de toute façon personne n’y comprenait rien).
Quoiqu’il en soit, la sibylle de Cumes était réputée finaude. Elle était aussi si belle (en ce miroir). De l’une ou l’autre de ces qualités, personne ne sait laquelle motiva Apollon, mais le dieu eut une folle envie de mieux connaître sa servante. Fort de ses capacités de séduction, il la pria un jour de formuler un vœu qu’il exaucerait illico (dieux ou hommes, peu importe, l’amour vous fait faire des sonneries). La sibylle avait beau être intelligente, elle devait être un peu pochetronne. Elle demanda à Apollon de vivre aussi longtemps qu’il y a de grains dans un tas de poussière. Aussitôt dit, aussitôt fait. Apollon claqua les doigts et se jeta sur la sibylle. Que celle-ci fut lesbienne ou ne connaisse pas le terme « renvoi d’ascenseur », elle éconduisit le beau dieu solaire. La sibylle venait de manquer de clairvoyance, ce qui est fâcheux pour quelqu’un dont le métier est de voir dans l’avenir. On ne se fout pas impunément d’un dieu qui allie à une forte rancune de vastes pouvoirs de coercition.
Apollon déguerpit, fier comme un prince et l’oracle vécut longtemps. Elle eut tout loisirs d’accomplir des trucs forts sympathiques. Elle offrit entre autres des livres sibyllins à Rome que l’on stocka dans le Temple de Jupiter. Les religieux les consultaient quand ça chauffait grave dans les environs. Ils puisaient dans cette compilation fumeuse tout un tas de réponses diverses et variées qui, semble-t-il, fonctionnèrent jusqu’à la chute de la capitale.
Mais si la sibylle avait demandé la vie éternelle, elle avait oublié la jeunesse. Elle finit par tellement se ratatiner qu’elle finit dans une bouteille suspendue à un plafond, suppliant la mort de venir. La morale à cette histoire, c’est que la promotion canapé a toujours existé.
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