26.04.2006

Cocaïne, hombre !

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L’explosion de la consommation de cocaïne sur Paris est une réalité. En 2006, ça pétille à tous les étages, des studios du show-biz aux tours de banlieue. Mais quelle est donc cette substance qui fait sauter les cœurs ?

Avant

La cocaïne est une drogue tirée de la coca. La coca est une plante dont les feuilles regorgent d’un principe actif, l’alcaloïde. Et les effets de l’alcaloïde sont connus depuis longtemps par les habitants des contrées où elle pousse : les Andes.

En cette époque, les dirigeants du peuple inca mâchent les feuilles de coca. La plante est réputée divine : elle permet de résister à l’altitude, anesthésie la douleur et coupe la faim. Petite contrepartie, vous avez les yeux rouges, ce qui n’est pas sexy. Mais comme faites partie de l’élite, ça ne vous empêche pas d’attirer les donzelles.

A l’arrivée des conquistadors, au XVIe siècle, la pratique se répand aux basses couches sociales. Entretemps, le roi d’Espagne a réalisé que la coca augmentait le rendement des travailleurs dans les mines d’or. À défaut de creuser en chantant, les esclaves indiens meurent en silence. Petit détail, le clergé d’Amérique du Sud a l’idée de prélever un impôt sur le commerce de la coca. Comme quoi, quand Karl Marx écrira, « Eglise, opium du peuple », il sera pas loin.

En Europe

Il faut bien s’en douter, la coca finit par remonter dans les soutes des navires. La plante arrive en Europe dans les valises de médecins, tel ce botaniste Joseph de Jussieu (qui donnera son nom à une fac bien connue), qui lui trouvent beaucoup de vertus.

Au XIXe, Mariani, un Corse, a l’idée de mélanger la coca à du Bordeaux. Le vin Mariani fait pschitt, regonfle à donf’ et casse la baraque.

Aux Etats-Unis, on est déjà puritains en façade. On dit non au vin, oui à la coca. Ce sera le début du coca-cola, avec des vrais morceaux de plante à l’intérieur.

Toute rigolade ayant une fin, les chercheurs découvrent de fâcheux effets secondaires : stress, déprime, parano, accidents cardio-vasculaires, et j’en passe. Réplique immédiate du département de la Santé, l’alcaloïde est retiré du coca-cola et remplacé par de la caféine.

Le clash

Il faut attendre les années 60 pour voir les évènements prendre un tournant radical. En 1961, c’est le drame pour des millions de personnes. La Convention unique sur les stupéfiants, tenue par l’ONU à New-York, interdit dans 161 pays la coca, l’opium et le cannabis, ainsi que leur dérivé (chose étrange, l’alcool échappe à la prohibition). C’en est fini d’une époque d’insouciance.

Commence alors celle des narcotrafiquants. Depuis, les cartels sud-américains se sont enrichis, essentiellement en approvisionnant le plus grand marché au monde, les Etats-Unis. Aujourd’hui, c’est au tour de l’Europe.

Maintenant

Cultivée en Bolivie et au Pérou, la cocaïne est transformée dans les laboratoires colombiens. La substance blanche et floconneuse, l’hydrochlorure de cocaïne (atchoum), fait le bonheur des nez occidentaux. Vendue entre 50 (mais c’est de la merde) et 80 euros (mais c’est de la bonne) le gramme, la substance est coupée avec du bicarbonate de soude, du sucre ou du lactose. Un gramme représente 10 rails (traits ou traces), ou cinq gros pour les gourmands.

On la sniffe à l’aide d’un billet roulé (pour les pressés) ou d’une paille (pour les puristes). Ensuite, on peut faire zouplaboum et danser le smurf sur la tête pendant 30 minutes environ. Après quoi, vous revenez à votre état primitif de protozoaire.

On peut aussi la fumer et se l’injecter en intraveineuse si l’on se sent l’âme d’un aventurier de la défonce.

En 2003, plus de 3% des 18-44 ans déclarent avoir consommé de la cocaïne. La proportion grimpe mucho dans les classes aisées. Car la substance coûte cher en ratio quantité/prix. Et même si sa réputation « propre » et très « showbiz » draine les foules de djeunes, ça reste de la poudre aux yeux. Rectification. Plein le nez.


Pour ne pas paraitre idiot en ville. La cocaïne porte maints surnoms, retenez-en quelques-uns.

— T’as de la schnouf ?

- Comment ça, je refoule ?

— T’as pas vu Céline (ou Caroline) ?

- C’est qui cette meuf ?

— Ey ? T’as de la coco ?

- Eh, man ! J’suis pas ton pote!

Grands amateurs de coca

- Les empereurs incas : ce qui pourrait expliquer : 1. les sacrifices perpétrés par centaine. 2. De s’être fait pouiller à 50 000 contre 100 conquistadors espagnols.

- Le pape Léon XIII ne se baladait jamais sans sa fiole de Vin Mariani. Un p’tit coup de vin de messe, et hop, ça repartait.

- Sherlock Holmes : pour arriver à démêler des intrigues de ouf, fallait bien qu’il soit aidé

Quelques témoignages contemporains :

El Diablo : « C’est nul. Ca dure que 30 minutes et en plus, tu montes pas »

Mister X : « Comment ça, un gramme. Je vais pas tenir deux heures ! »

Docteur D : « Dites non à la drogue, ça en fera plus pour les autres. »

 

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06.04.2006

Et une petite grève, une

 

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En France, ce n’est pas peu dire, on aime faire la grève. Même si l’impression est trompeuse, que ça défile un peu partout, le phénomène est en diminution. Mais au fait, qu’est ce que ça veut dire?

Cette bonne vieille habitude bien de chez nous tire son nom de la place de grève. Au Moyen-Age, l’espace se situait pile-poil en lieu place de celle de l’Hôtel de Ville. Paris était plus petite, avec des rues étroites. Elle était aussi plus crade. La place de grève tirait son nom de la plage de graviers qui donnait sur la Seine (grève signifiait berge). Bon, me direz-vous, on n’est pas plus avancé. Patience, patience.

Les Parisiens plutôt pauvres avaient pour habitude de se réunir en ce lieu afin de trouver du boulot. Comme beaucoup de bateaux marchands accostaient ici, il y avait besoin de beaucoup de bras. CQFD. Or il se trouvait en ces temps là des patrons un peu radins (si, si, véridique) qui payaient les manutentionnaires à coup de lance-pierre. Les travailleurs s’estimant lésés formaient une coalition (l’ancien nom de la grève) et revenaient sur la place de grève attendre un travail mieux rémunéré. Et c’est comme ceci qu’est née l’expression faire la grève (en lieu de faire la place de grève).

La grève n’a pas que des mauvais côtés. Elle a même suscité des avancées fort sympathiques. Petit florilège.

1886

Aux Etats-Unis, le 1er mai est le jour de clôture des comptes pour les entreprises. C’est aussi le moment d’embauche et de la signature des nouveaux contrats. Par le plus grand hasard, c’est le moment que choisissent 200 000 ouvriers pour manifester et faire grève. Ils veulent limiter la journée œuvrée à huit heures. Pour tout dire, on bosse longtemps, parfois jusqu’à quinze heures par jour, six jours par semaine, sans vacances, toute sa vie. Pour la retraite, ah ! ah ! ah !, laissez-moi rire. Pour tenir, les ouvriers picolent pas mal, absinthe et tout le tintouin, ce qui les empêchent de faire quelque chose de constructif.

Finalement, la grève et les manifestations sont réprimées mais le gouvernement finira par consentir.

En Europe (même si on n’est pas du même bord que ces capitalistes), on trouvera l’idée excellente, surtout du côté de l’Internationale socialiste. La date va rester comme le jour de la fête du travail. Pourtant il a fallu pas mal de grèves baignées dans des litres de sang de prolétaires pour faire passer l’Atlantique au modèle. En 1919 (dans l’allégresse de la fin de la 1ère Guerre Mondiale) la loi sur les huit heures quotidiennes est adoptée en France. Ca sera donc 48 heures par semaine et tournée du patron. Anecdote croustillante, des affiches prédisent que ces folies utopiques allaient foutre notre belle économie en l’air (pourquoi ne pas bosser 35 heures pendant qu’on y est)…

1936

La grande crise économique de 1929 a touché la France avec retard. Au sortir des usines, c’est la misère. Dans la rue, ça chauffe, des ligues un peu à l’extrême de la droite expriment bruyamment des idées brunes. De grandes grèves d’ouvriers paralysent la France. Léon Blum arrive à la tête du gouvernement. Sa coalition de gauchos, passée à la postérité sous le nom de Front Populaire va en profiter pour esquisser les contours de notre France sociale : semaine des 40 heures sans réduction de salaire et deux semaines de congés payés qui vont permettre aux travailleurs d’aller se bronzer la pilule aux frais du boss. (A noter que le secteur du tourisme prendra naissance, avec les retombées économiques que l’on connaît aujourd’hui). Pour les patrons, il faudra encore quelques piquets bien sentis pour qu’ils acceptent le changement.

1946

Le droit de grève n’a pas toujours été autorisé, même s’il était admis dans les mœurs. Il est définitivement inscrit dans la Constitution française en 1946. Il sera renouvelle dans celle de la Vé république en 1958, avec les précautions d’usage, cela va sans dire

1968

C’est le grand soir tant espéré par des ouvriers mécano et les étudiants à tendance mao. Après des débrayages, le gouvernement signe les accords de Grenelle avec les syndicats et les patrons le 27 mai de l’année. On s’accorde sur une augmentation de 10 % des salaires et de 25 % du SMIG. Soit qu’ils aient cru au père Noël, soit que Jacques Chirac (qui faisait partie des négociateurs côté gouvernement), ait déjà fait capoter le schmilblick, ça sera un échec. Rejetés par la base, la grève continuera.