06.04.2006
Et une petite grève, une
En France, ce n’est pas peu dire, on aime faire la grève. Même si l’impression est trompeuse, que ça défile un peu partout, le phénomène est en diminution. Mais au fait, qu’est ce que ça veut dire?
Cette bonne vieille habitude bien de chez nous tire son nom de la place de grève. Au Moyen-Age, l’espace se situait pile-poil en lieu place de celle de l’Hôtel de Ville. Paris était plus petite, avec des rues étroites. Elle était aussi plus crade. La place de grève tirait son nom de la plage de graviers qui donnait sur la Seine (grève signifiait berge). Bon, me direz-vous, on n’est pas plus avancé. Patience, patience.
Les Parisiens plutôt pauvres avaient pour habitude de se réunir en ce lieu afin de trouver du boulot. Comme beaucoup de bateaux marchands accostaient ici, il y avait besoin de beaucoup de bras. CQFD. Or il se trouvait en ces temps là des patrons un peu radins (si, si, véridique) qui payaient les manutentionnaires à coup de lance-pierre. Les travailleurs s’estimant lésés formaient une coalition (l’ancien nom de la grève) et revenaient sur la place de grève attendre un travail mieux rémunéré. Et c’est comme ceci qu’est née l’expression faire la grève (en lieu de faire la place de grève).
La grève n’a pas que des mauvais côtés. Elle a même suscité des avancées fort sympathiques. Petit florilège.
1886
Aux Etats-Unis, le 1er mai est le jour de clôture des comptes pour les entreprises. C’est aussi le moment d’embauche et de la signature des nouveaux contrats. Par le plus grand hasard, c’est le moment que choisissent 200 000 ouvriers pour manifester et faire grève. Ils veulent limiter la journée œuvrée à huit heures. Pour tout dire, on bosse longtemps, parfois jusqu’à quinze heures par jour, six jours par semaine, sans vacances, toute sa vie. Pour la retraite, ah ! ah ! ah !, laissez-moi rire. Pour tenir, les ouvriers picolent pas mal, absinthe et tout le tintouin, ce qui les empêchent de faire quelque chose de constructif.
Finalement, la grève et les manifestations sont réprimées mais le gouvernement finira par consentir.
En Europe (même si on n’est pas du même bord que ces capitalistes), on trouvera l’idée excellente, surtout du côté de l’Internationale socialiste. La date va rester comme le jour de la fête du travail. Pourtant il a fallu pas mal de grèves baignées dans des litres de sang de prolétaires pour faire passer l’Atlantique au modèle. En 1919 (dans l’allégresse de la fin de la 1ère Guerre Mondiale) la loi sur les huit heures quotidiennes est adoptée en France. Ca sera donc 48 heures par semaine et tournée du patron. Anecdote croustillante, des affiches prédisent que ces folies utopiques allaient foutre notre belle économie en l’air (pourquoi ne pas bosser 35 heures pendant qu’on y est)…
1936
La grande crise économique de 1929 a touché la France avec retard. Au sortir des usines, c’est la misère. Dans la rue, ça chauffe, des ligues un peu à l’extrême de la droite expriment bruyamment des idées brunes. De grandes grèves d’ouvriers paralysent la France. Léon Blum arrive à la tête du gouvernement. Sa coalition de gauchos, passée à la postérité sous le nom de Front Populaire va en profiter pour esquisser les contours de notre France sociale : semaine des 40 heures sans réduction de salaire et deux semaines de congés payés qui vont permettre aux travailleurs d’aller se bronzer la pilule aux frais du boss. (A noter que le secteur du tourisme prendra naissance, avec les retombées économiques que l’on connaît aujourd’hui). Pour les patrons, il faudra encore quelques piquets bien sentis pour qu’ils acceptent le changement.
1946
Le droit de grève n’a pas toujours été autorisé, même s’il était admis dans les mœurs. Il est définitivement inscrit dans la Constitution française en 1946. Il sera renouvelle dans celle de la Vé république en 1958, avec les précautions d’usage, cela va sans dire
1968
C’est le grand soir tant espéré par des ouvriers mécano et les étudiants à tendance mao. Après des débrayages, le gouvernement signe les accords de Grenelle avec les syndicats et les patrons le 27 mai de l’année. On s’accorde sur une augmentation de 10 % des salaires et de 25 % du SMIG. Soit qu’ils aient cru au père Noël, soit que Jacques Chirac (qui faisait partie des négociateurs côté gouvernement), ait déjà fait capoter le schmilblick, ça sera un échec. Rejetés par la base, la grève continuera.
23:40 Publié dans Un zeste de culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Les avançées sociales n'excusent pas toutes le droit de faire chier autrui, faisons grève à bon escient. Je milite pour parfois, le droit de grève contre le droit de grève. On devrait instaurer un CEP pour les grèvistes de métier, heu...Je voulais dire pour les français.
C'est vrai quoi !! Zut !! Salopard de patronnat , toujours à vouloir la peau des pôv français....On se croierait encore en 1886...Dingue.
La grève c'est pas aussi une plage de graviers sur laquelle on peut se faire bronzer en bord de seine ?
Moi je dis tout n'est pas bon dans le cochon
Ecrit par : captain america | 07.04.2006
http://wprowadzeniarnoijne4.blogspirit.com
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et en plus t'en superbe sur la foto....*hum...
Ecrit par : roi bourdieusien | 20.04.2006
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