29.03.2006

C’est quoi être laconique ?

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[Laconique] : Qui s’exprime de manière concise et sans détails

[Éducation spartiate] : éducation rude et austère

 

Une personne laconique a en général le verbe bref, contrairement à la racaille prolixe qui mouline à tire-larigot. Mais revenons aux origines.

Les Lacons étaient les habitants de Laconie, la région dont Sparte était la capitale. C’était une cité grecque connue pour s’être régulièrement foutue sur le paletot avec sa cousine mais néanmoins rivale, Athènes. Leurs affrontements sont passés à la postérité sous le nom de Guerres du Péloponnèse.

Farouches, les Lacons n’étaient pas réputés pour leur sensibilité. Certains historiens (aux thèses non reconnues) pensent qu’ils tiraient leur fichu caractère des moqueries récurrentes à leur encontre (bandes de la Lacons), raison pour laquelle ils préféraient qu’on les nommât Lacédémoniens. Enfin bref, revenons à nos Lacons.

Peuple soudé, les Spartiates s’appelaient entre eux les « Semblables ». Même si ces citoyens étaient égaux entre eux, ils demeuraient une élite. Ces happy few se destinaient au combat, exclusivement à la grande fritance. Pour les tâches domestiques, il y avait les esclaves, ce qui était bien pratique. L’organisation de la société laisse à penser que ça ne rigolait pas tous les jours dans les chaumières, et c’était valable pour les deux groupes. Démonstration.

La vie d’un Spartiate commençait sur les chapeaux de roue. À peine sorti du ventre de maman, le nouveau-né passait devant l’assemblée des Anciens. S’il était robuste et bien bâti, il gagnait le droit de rester en deuxième semaine. Sinon, c’était le grand plongeon au fond d’un gouffre où l’attendaient les ossements de tous les mal façonnés de l’histoire de la ville.

Débutait alors une éducation des plus spartiates (tiens ça vous dit quelque chose ?), enfin plutôt le début du calvaire. Jusqu’à l’âge de sept ans, le gamin n’était pas éduqué mais « élevé ». Arraché des bras de ses parents (qui s’en fichaient un peu, il faut l’avouer), il vaquait nu, hiver comme été. La nourrice qui l’avait en charge le frictionnait régulièrement avec du vin pour lui montrer que mince, la vie était une chienne (on ne saurait trop prôner la prudence si d’aventure une nourrice de Laconie venait à proposer ses services).

A partir de huit ans, l’enfant passait entre les mains de la communauté. L’Etat prenait intégralement en charge l’éducation du marmot. « Tu seras un guerrier, mon fils », s’entendaient-ils à peu près tous dire. Pour se faire une idée de la formation spartiate, imaginez les jeunesses hitlériennes. Mais avec des casques à crête en lieu et place des casques à pointe. Le but était de créer une bête de guerre, une machine obéissant au doigt et à l’œil, sachant mourir le cœur léger pour sa patrie. Pour faire marcher au pas ce petit monde, un sergent hargneux (dans la veine de Full métal Jacket) prenait un sadique plaisir à dispenser les grands préceptes. Car ici, tout se faisait pour et par la communauté. On s’entraînait ensemble, on mangeait ensemble, on dormait ensemble (il se peut qu’on fasse d’autres choses, ils étaient grecs). Si l’on apprenait à pousser la chansonnette, c’était pour reprendre les belles mélodies martiales (« qu’il était beau mon hoplite », gros, gros tube). L’apprentissage de la lecture répondait à un unique objectif, écrire et lire un ordre en temps de guerre, ce qui devait être forcement concis (le laconisme, quoi).

En fin de cycle, à 20 ans, sortait de la couveuse le Sembable, le Spartiate de base. C’était une sorte de guerrier croisé entre un Clint Eastwood taiseux et un Jean-Claude Van Damme paranoïaque. Un truc pas fameux, il faut avouer, comparé aux gandins d’Athènes, mais diablement efficace.

À tel point que Sparte finira par mettre une volée à ses rivales. Et une fois la victoire finale contre Athènes acquise, (pour replacer dans le contexte, ça valait à peu près la défaite de l’Empire face à la rébellion Jedi dans la Guerre des Etoiles), le général en chef annoncera sa victoire par un laconique : « Athènes prise ».

De vrais boute-en-train, on vous dit…