29.12.2005
Pourquoi le Père Noël descend-il du ciel?
Chaque 25 décembre de chaque année, il remet ça. Le père Noël descend de son traîneau, la hotte bourrée de cadeaux. Ça tombe bien, c’est le jour de l’enfant divin. Mais, me direz-vous, quel rapport y-a-t-il a entre un gros joufflu et petit Jésus ?
Acte 1
Pour bien dérouler le fil depuis le commencement jusqu’à nos jours, il nous faut remonter au IIIe siècle. À cette époque,il n'y avait pas grand-chose de noëlique. L'Eglise chrétienne s'organisait seulement et ça bastonnait sévère un peu partout dans l’empire Romain (l’équivalent des States d’aujourd’hui). Dans une province côtière de Turquie vivait un bonhomme que la postérité retiendra sous le nom de Saint Nicolas. Évêque de la ville de Myre, le pontife prêchait haut en couleur à dos d’âne. Non content d’avoir une tête de Turque, (n’en déplaise aux puristes, le père Noël a davantage la trogne de Moktar que celle d’Edgard) Nicolas multipliait les miracles. Surtout, il avait pour habitude de déposer aux portes des maisons des pauvres de quoi subvenir à leur alimentation. Malgré une fâcheuse habitude à échanger les bourre-pifs avec des potes évêques, Nicolas fut canonisé par l’Eglise après avoir fini en martyr (une époque violente, ma bonne dame). Et là, ô maïïïraeuule, ses ossements conservés à l’intérieur de l’église se mirent à suinter la rose, rameutant quantité de pèlerins en Anatolie. Résultat, Myre prospéra. Et là, vous me direz, il y a toujours pas de quoi fouetter un saint. Patience, patience…
Acte II
Au XIe siècle, alors que les villes de méditerranée se débattent pour exister face à la toute-puissance arabe, des Italiens de la cité de Bari cherchent à faire fructifier le commerce (une époque décidément trop violente). Après moult réflexions, un certain Marc mit en plein dans le Myre : il germa l’idée d’aller piquer les saintes reliques pour les ramener en Italie. Une fois le forfait accompli (avec l’aval de l’Eglise qui s’appropria sans scrupule les reliques), le miracle économique se produisit. Les pèlerins changèrent l’itinéraire et vinrent suer pour voir suinter les ossements sacrés. Encore aujourd’hui, des myriades de touristes remplissent des flacons dans la fontaine de Saint Nicolas. Vous seriez encore tenté de me dire, et alors, on veut le père Noël. Et vous auriez raison.
Acte III
Au XIIe siècle, des nonnes d’Europe se rappelèrent un soir d'hiver où ça caillait dur, la légende de ce bon vieux Saint Nicolas. Le jour de sa fête, le 6 décembre, elles instituèrent pour les enfants pauvres la distribution de cadeaux qu’elles suspendaient dans des bas de laine (et là, ça ne vous rappelle rien ?). La pratique populaire gagna rapidement le nord de l’Europe et l’Angleterre.
Hélas, il y a toujours des empêcheurs de distribuer en rond et ils sont bien souvent religieux. À partir du XVIe siècle, les Protestants (qui à l’époque avaient pris l’habitude fort légitime de protester) interdirent tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à de l’idolâtrie. Exit les cadeaux en l’honneur d’un Saint. La tradition aurait fait long feu si les Hollandais partis en Amérique n’avaient emmené dans leur soute ce bon vieux Sinter Klass. Vous l’aurez deviné, notre obscur évêque de Myre devint outre-Atlantique le fameux Santa Klaus américain récompensant les enfants méritants.
Acte IV
C’était sans compter la ténacité des hommes de Dieu : une fête réjouissante à quelques jours seulement du 25 décembre, ça n’allait pas. Ca faisait même de l’ombre.
Mais avant de poursuivre, une mise au point s’impose : non, le petit Jésus n’est pas né un 25 décembre. Pour imposer leur religion, les Chrétiens ont fait preuve de syncrétisme, une méthode rodée qui consiste à plaquer des rites religieux sur d’anciennes traditions païennes. La fin décembre (ou passage dans le solstice d’hiver) était célébrée par l’ensemble du monde rural comme le retour du soleil et la victoire sur les ténèbres. Le clergé, plutôt que lutter frontalement contre ses terribles libations et épanchements sexuels, y substitua la naissance du Christ, un sujet plus moral. Moins de raideurs, plus de ferveur, c'était le mot d'ordre.
Face à la menace Nicolas, les mêmes firent de même : ils décalèrent la tradition des cadeaux du 6 au 25 décembre. Saint Nicolas devint père Noël. En mettant de l’eau dans son vin, le christianisme faisait pour une fois (authentique miracle) une bonne action : le bonheur des bambins.
Devenu plus fréquentable, troquant l’âne contre le traîneau, le personnage revint en Europe au XXè siècle. Excepté l’Alsace qui continue à célébrer la saint Nicolas, Papa Noël a gagné la bataille du cadeau. Voilà pourquoi aujourd’hui la plupart des Chrétiens attendent davantage la venue d’un ramoneur en rouge que celle du Christ en blanc. Et voilà comment l’évènement est devenu si renommé que même les non-croyants y participent.
Acte V
Hélas, nous ne pouvons pas refermer cette page sans pointer du doigt l'autre grand vainqueur : le commerce. D’abord, Saint Nicolas est le patron des commerçants et de son descendant, le commercial. Vous voulez d'autres preuves ? Qui fait 20 % de son chiffre d’affaires annuel en décembre ? Les échoppes. Qui a définitivement repeint le père Noël en rouge en 1931 pour les besoins de son produit phare ? Coca Cola.
Mon Dieu, qu’ont-ils fait? Ils ont laissé entrer les marchands dans le Temple. A moins que templiers ne soient aussi les marchands… Mais ceci est une autre histoire.
11:45 Publié dans Un zeste de culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
Je veux que tes histoires soient institutées dans les livres d'histoire, je te veux comme prof d'histoire ...Histoire que tu "hisses tard" tes chroniques dans le subconscient de nos Riddick de professeurs.
Ecrit par : Lucas | 29.12.2005
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