26.10.2005

Moscou toujours

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Mardi 4 octobre 05

05h00 (03H00) : Novotel aéroport de Moscou

Sonnerie stridente… Il est cinq heures du mat’, heure moscovite, ce qui fait moins de trois heures de sommeil en tenant compte du décalage avec le méridien parisien. J'ai mal au crâne et de la colle sur les yeux.

Zdrastviuyte (bonjour) !

Un confrère journaliste, moi-même et une accompagnante ukrainienne (dont la fâcheuse manie consiste à systématiquement ponctuer ses phrases avec une estimation en dollars de la situation) avons débarqué la veille au soir à l’aéroport. Après une heure de queue au poste de douane, nous parvenons à nous faufiler. Je fais des mains au milieu d’un convoi de Chinois irrités par le voyage avec Air China. La mine furieuse, ils semblent marquer leur désaccord. Désolé, mais même si ce n’est pas la guerre c’est chacun pour soi. Un homme d’affaires rencontré plus tôt dans l’avion m’avait mis au parfum : si d’aventure un individu de couleur, noir ou basané, patiente en amont de la file, changez-en immédiatement : le Russe est raciste. Il n’hésitera pas à faire lambiner le temps qu’il faudra pour emmerder l’étranger en transhumance. Voire plus.

Un coup d’œil aux officiers de polices coiffés d’improbables casquettes soviétiques me conforte dans mon impression. En Russie, c’est bien connu, il faut davantage se méfier de la police que des malfrats. Si par une mégarde (récurrente) ils ne reçoivent pas l’intégralité de leur solde, le policier se débrouille toujours pour récupérer son dû. Sur votre dos.

06h30 : Terminal Sherementyevo 1, Moscou

La nuit à l’agonie se déchire lentement. Dans les entrailles grisées du terminal, des spécimens locaux étalent leur laideur. Les hommes surtout et surtout leur coupe de cheveux universelle consistant en une unique mèche pendante sur le front. Ça me fait peur, j’ai du sang russe.

Autour de moi, une trentaine d’Italiens piaillent dans le hall. Ils justifient ma présence. Un grand groupe transalpin vient inaugurer des usines à Lipetsk. Autant dire au fin fond de nulle part. À droite. La bonne nouvelle c'est qu'il y aura du gratin moscovite.

Derrière son pupitre, la préposée aux bagages nous lorgne méchamment. Elle ressemble à ces babouchkas du passé soviétique, avec sa choucroute sur la tête et son maquillage de voiture volée. Heureusement, rien de suspect sur mon passeport. Je peux passer.

Nous embarquons finalement à bord d’un Yack. Pas l’animal, le petit triréacteur aux allures de maquette rangé au grenier.

09h30 : Vol au dessus d’un nid de coco

L’avion aborde sa descente sur Lipetsk. Vue du ciel, la Russie étale un étonnant paysage. C’est une terre aux couleurs des brûlures d’automne. Vastes champs labourés et forêts mordorées célèbrent la clôture estivale. Le vol a duré deux heures, une de plus que prévu. Ce facétieux de Premier ministre de la Fédération russe a réservé l’aéroport pour lui tout seul. Les attentats vous savez… Finalement, nous débarquons sur le tarmac. Je cherche dans mon souvenir plus ringard et vétuste que l’aéroport de Lipetsk... En vain…

Sur le fronton, les aiguilles de l’horloge se sont arrêtées sur 11h39. Deux officiers russes nous regardent, impavides, cette exceptionnelle source de distraction. Je remercie Dieu de ne pas être né ici.

10h25 : Lipetsk by bus

Le cortège officiel fonce sur les routes, précédé par l’escorte policière. Le long du trajet se succèdent des maisons aux pastels rafraichis, une chaussée nettoyée et clairement signalisée. Ce n’est pas Byzance, mais c’est propre.

Mensonge propagandiste hérité du régime soviétique.

Assis ma droite, Cédric, un expatrié français, ou exilé c'est selon, dévoile l’envers du décor. Il y a un mois, les locaux ont appris la venue ministérielle. Ne faisant pas les choses à moitié, (c'est-à-dire soit rien, soit tout) ils ont tout chamboulé : coupe de centaines d’arbres gênants, plantation d’un réseau d’éclairage factice, pose d’une palissade le long du trajet pour masquer la misère.

Effectivement. A porter un plus loin le regard, on tombe sur des bâtiments décrépits, des champs en friche, des lacs sentant bon la pollution. Adossés à la plupart des maisons, des potagers. Indéniables indices du délabrement de l’ancien bassin sidérurgique. Quand une société ne peut plus subvenir aux besoins élémentaires de ses composantes, les individus basculent dans l’autarcie. Si le rouble vient à manquer, on remplace les sous par les choux.

11h20 : Cible en vue

Au milieu du gigantesque entrepôt, un ruban rouge dessine le carré réservé aux VIP. Derrière deux micros, un groupe d’officiels prennent la pose. Une trentaine de journalistes russes, de la télé, radio et presse écrite, flashent le premier ministre russe, Mr Fradkov. Le crâne lunaire, la silhouette hitchcockienne, il prononce un discours d’inauguration. Je ne comprends pas le russe, cette langue qui charrie des « ch » a tout bout de bouche, mais ça ressemble furieusement à un discours politique français.

« Blabla, bravo, autocongratulations, merci pour les bakchichs, blabla, etc.. »

Un peu en retrait, tenant entre leurs mains des ciseaux dorés, deux ravissantes hôtesses font les belles dans leur tenue bleue. Pendant ce temps défilent le gouverneur de la province (la plus belle tête de mafieux du lot), l’ambassadeur et le Pdg de société italiens. Nous français, bénéficieront d’une visite privée des lieux. Hélas, ce sera sans les hôtesses.

13h00 : Lonely Lipetsk

La voiture des expatriés fonce à travers ville. Lipetsk ressemble à une ville industrielle du passé, figée dans les années 50, avec ses voitures en forme de Lego, son tramway électrique aux couleurs estompées et son ventre bondé.

À Lipetsk, l’air est si pollué que sa population n’aperçoit plus le soleil en fin d’après-midi. Ca pue, ça irrite le nez, et les fumées soufrées rejetées par les grandes cheminées vous piquent le palais.

A Lipetsk, les ouvriers ne peuvent pas faire les trois-huit ; ils cumulent jusqu'à trois boulots pour joindre les deux bouts.

À Lipetsk, les hommes boivent plus que de raison ; ils entretiennent la tradition du « Zapoi », cette ivrognerie qui consiste à se bourrer méchamment la trogne jusqu’à ne plus pouvoir tenir debout. J'y pense, El Diablo lui aussi a du sang russe.


14h00 : Déjeuner au Tornado

Rien de mieux pour conclure une longue matinée de travail que de déjeuner dans une boite de nuit. Lipetsk compte trois hôtels pour 400 000 habitants. Je n’ose imaginer le nombre de restaurants.

Les tables dressées pour l’occasion exhibent à profusion, bouteilles de vodka, vins géorgiens et mets locaux. Ici, on déconseille aux gens de manger de la viande rouge. Non loin de là, l’Ukraine sommeille. Et contrairement à ce qu’on nous a fait croire en 1986, les frontières ne sont pas imperméables.

Assis à ma table, le grand gourou français venu visiter ses troupes sert allégrement des shots de vodkas à tour de doigts. Ses yeux porcins autant que sa peau luisante transparaissent sa lubricité de vieux briscard commercial. En voyage d’affaires, il consomme les jeunes femmes comme un digestif. Et le revendique. À 200 kms se dresse Voronej, l’une des capitales mondiales de la prostitution. Une constellation d’agences matrimoniales attirent les Occidentaux en mal de sexe, d’amour ou des deux. Pendant le repas, une jeune blonde au décolleté prometteur et au sourire ravageur nous sert. Je suis le plus jeune, elle me dévore des yeux. J’ai la désagréable sensation de figurer un passeport pour l’Occident.

Mercredi 05 octobre

09H00 : « New Moscow »

Que retenir de Moscou ? Sa place rouge ? Son église Sainte Basile ? Le mausolée de Lénine ? Que nenni. Sa circulation ! Ses vastes et gigantesques avenues charrient à longueur de jour un flot incontinent de voitures. 10 millions de véhicules lâchent leur gaz dans le ciel moscovite. On compte plus de Mercédes que dans la France entière. Contrairement à Lipetsk, la réussite ostentatoire s’exhibe comme un étendard. Les grosses cylindrées filent sous d’envahissants et lumineux panneaux publicitaires.« Welcome to New Moscow ! »

Dans les rues, la jeunesse se pavane, à l’occidentale, aussi dorée en apparence que sa consœur londonienne. Deux splendides créatures sorties d’un défilé D&G ignorent une vieille femme fatiguée. Elles sont capables de porter un vison et de faire une croix sur la machine pour le laver.
Si la Russie cajole ses riches, elle n’oublie pas de maltraiter ses pauvres.

Image frappante d'un pays qui aurait grandi trop vite sur la route du capitalisme. Une belle tête posée sur un corps loqueteux.

11.10.2005

Pourquoi touche-t-on le pactole?

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Pourquoi touche-t-on le pactole ?

 

[Pactole ; source de profit, richesse]

Touche le pactole, c'est gagner de la thune, ramasser un beau paquet de pognon, rafler la mise, faire péter le jackpot. Oui, mais pourquoi me direz-vous ?

En une époque fort reculée, le roi Midas régnait sur la Phrygie (grosso modo en Turquie actuelle). Ce bon vieux souverain, qui avait l'habitude de digérer en se promenant dans ses jardins royaux, tomba un jour sur un étrange personnage. Un vieil homme ivre mort cuvait son vin dans un royal rosier. Loin de se démonter, le roi (qui s'y connaissait en cuite vu que chez lui ça s'amusait à fond les gaz), ordonna qu'on transporte le vieillard dans ses appartements et qu'on lui fasse excellent accueil. Dix jours durant, le vieil homme à la barbe blanche récupéra de ses libations vinicoles.

Finalement, Dionysos, dieu du vin et, in extenso, de la picole, vint frapper aux portes du palais. Le vieillard se prénommait en fait Silène, pote de soirée et impayable boute-en-train. Tellement heureux de le retrouver en bonne santé, que le dieu décida de récompenser Midas. Il pouvait choisir tout ce qui lui ferait plaisir, pots d'échappement ou belles à la pelle, liste non exhaustive. Sans se donner la peine de réfléchir le temps d'un battement d'ailes (il était pas super fute, fute) le roi demanda à transformer en or tout ce qu'il touchait. Il avait beau être roi, il aimait la caillasse.

Interloqué, Dionysos accéda à la requête et partit fêter l'évènement. Le roi Midas commença illico à faire joujou avec son nouveau pouvoir. Il statufia son majordome ainsi que tout le mobilier. Hélas, les ennuis débutèrent au moment du repas. Tous les aliments qu'il portait à sa bouche s'altéraient en précieux métal. Vous le comprendrez, une cuisse de poulet en or, ce n'est pas très croquant.

Au bout d'une semaine de diète, Midas retrouva Dionysos au cours d'une terrible orgie et le supplia de lui ôter ce terrible fardeau. Le dieu tout pris qu'il était à ses ébats sexuels, accéda à sa requête et lui dit d'aller voir dans le fleuve Pactole s'il y était. Ce qu'il fit séance tenante. Le sacré Midas se trempa, se débarrassa de son pouvoir et jura qu'on ne l'y reprendrait plus. C'est depuis ce temps que le fleuve charrie du sable d'or et fait le bonheur des orpailleurs. D'où toucher le pactole. Incidemment, ce mythe nous avertit qu'à trop vouloir en croquer, on risque de s'étouffer. Quant à Midas, il refit encore parler de lui… Mais ceci est une autre histoire.

04.10.2005

Pourquoi les femmes peuvent dire merci au mariage catholique

Mariage: Union d’un homme et d’une femme au cours d’une cérémonie romantique (point de vue féminin) et ennuyeuse (point de vue masculin) à l'issue de laquelle deux êtres se retrouvent enchaînés l’un à l’autre pour le restant de leurs jours

 

 

 


Au Moyen-âge, pour les femmes, dehors c’était la zone. Dans les chaumières, ça craignait aussi. Le mariage n’était pas une affaire de cœur, c’était surtout une affaire d’hommes. A l’époque, on pouvait grosso modo diviser l’Europe entre deux mentalités :

- Au Nord (outre les corons), les Germains appréciaient la gent féminine, mais plutôt en profusion. Polygames, ils respectaient le beau sexe - rapport au culte maternel- et le craignaient aussi un peu –rapport à la magie-

- Au Sud, les descendants des Romains se livraient à une hypocrite monogamie. Par derrière, ça folâtrait gaiement dans les potirons avec maîtresses et cuisinières. A noter que les Sudistes n’aimaient pas trop le sexe faible et les cantonnaient dans les cuisines ou au lit, voire aux deux.

Bon sens hérité ou fichue manie, le fait est qu’en ces temps éloignés, la vision de la femme se résumait à un contrat d’alliance ou à une garantie d’héritage. Bref on s’échangeait les donzelles comme on s’échangeait une marchandise, un morceau de territoire, voire un chèque avec pleins de zéros derrière. Ce qui donnait dans les campagnes d’inédites tranches de vies comme :

- une franche rigolade. Ca copulait à droite à gauche, un homme avec ses concubines, une femme avec son neveu, le tout au beau milieu d’une belle farandole de gamins légitimes ou non.

- de fâcheuses manies. Pour s’enticher d’une autre potiche, les seigneurs mariés avaient le choix entre, répudier sa femme au nom d’un prétexte fallacieux (à l’époque la femme avait toujours tort, ce qui a pas mal changé depuis), ou l’estourbir ni vu ni connu dans les cuisines, ce qui était plutôt toléré. L’on notera que l’inverse est exact puisque les compagnes ont acquis une réputation d’empoisonneuses et contribué à la naissance du mythe de la sorcière.

Mécontents de tout ce tohu-bohu et charivari qui fichaient le bordel chez les seigneurs (protecteurs de l’Eglise, faite le lien) les penseurs catholiques ont contre-attaqué. Tout se joue au IVe siècle avec le dénommé Saint Augustin.

Désormais, le mariage sera monogame, indissoluble et formé par libre consentement des époux

Inutile de vous dire que l’annonce a fait l’effet d’une vraie bombe dans un milieu chez qui la notion d’égalité des sexes était aussi étrangère que l’idée de charité à Georges W. Bush. Mais, me direz-vous, pourquoi ont-ils eu cette idée de mariage :

- monogame ? Parce que le mariage entre l’homme et la femme symbolise l’union entre Dieu et l’Eglise, un lien exclusif. Et accessoirement, une profusion de descendants nés de mères différentes suscite inévitablement le boxon dès lors qu’il est question d’héritage.

- indissoluble? Pour éviter que l’époux davantage intéressé par la perspective d’enrichissement ne multiplie les unions comme Jésus Christ distribuait les pains. Aussi dur que cela pouvait paraître aux esprits chagrins, la femme n’est pas qu’une marchandise.

- par libre consentement ? Parce que l’Eglise admet que l’épouse, elle aussi, à un cœur. Elle a autant le droit à l’amour conjugal que l’époux sa partie de jambes en l’air. Accessoirement, cette directive luttait contre le mariage forcé et l’inceste, pratique fort répandue à l’époque.

Dans les faits, il faudra attendre quelques siècles pour que les mâles ne grognent un semblant d’adhésion à cette doctrine révolutionnaire. Si à l’époque, l’Eglise se place à l’avant-garde des droits de la femme, force est de constater que depuis, elle a plutôt pris du retard. Mais ceci est une autre histoire.

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