29.09.2005
Le mariage de son meilleur ami
Samedi 10 septembre
15h00 : Eglise Saint Louis en l’île, Paris
Il est quand même plus classe de se marier à l’église de l’île Saint Louis qu’à celle d’Ivry. À l’intérieur, les tableaux, les ors et les quelques chapeaux qui fleurissent l’assistance, finissent de conforter l’impression : ici, on se fréquente entre gens de bonne compagnie.
À voir la mine épanouie de la mariée, on devine qu’elle savoure le plus beau jour de sa vie. Celui de son futur époux, quoique serein, trahit davantage le poids des responsabilités échu par l’organisation d’un tel évènement. Ce qui soulève une interrogation. Pour quoi, ou pour qui, se marie-t-on ?
1. Parce que c’est la classe
2. Pour satisfaire les parents
3. Pour faire plaisir à sa femme
4. C’est le prétexte à une belle fête.
Je soupçonne les femmes de pencher pour les deux premières réponses. Pour les hommes, les deux options suivantes me semblent crédibles.
En 2003, 270 000 mariages ont été consommés. C’est beau. La même année, 125 000 divorces ont été prononcés. C’est moche. Le tout donne un indice de divortialité de 42,5 %. Le néo-marié ici présent étant un homme de devoir, je classerai son couple parmi les heureux 60 %.
15H30 : Interlude
J’avais oublié l’extrême monotonie d’un mariage catholique. Belle religion mais dotée d’une liturgie sentant fort le décrépi. Ce n’est pas qu’on s’ennuie, mais c’est long. En plus, il fait lourd. J’ai les mains aussi moites que les fesses d’une Suédoise au fin fond de la jungle brésilienne. Heureusement, El Diablo est le témoin du marié. Il monte à la chaire et se trompe de discours. L’assistance lui sait gré d’un si rafraîchissant interlude. La famille du marié, moins.
15h30 : Prononciation des vœux
L’ambiance est à son paroxysme, surtout chez les parents. L’orgue cesse son souffle mortuaire. Voici venu l’instant fatidique où la vie d’un homme bascule de l’âge de l’insouciance dans celui des responsabilités.
- Je me donne à toi pour t’aimer fidèlement tout au long de notre vie…
Et on se demande encore comment la perspective de cette cérémonie peut rendre à la fois la femme si hystérique et l’homme sceptique…
Aimer. Exclusivement. Toute une vie.
Se rend-on vraiment compte des conséquences qu’implique un tel serment? Un contrat à durée plus qu’indéterminée, et portant sur un sentiment aussi versatile, n’est pas à proprement parlé un engagement à prendre par-dessus la cuisse. J’ai envie de crier, d’avertir l’assistance sur la gravité de l’instant. Je me ravise et me gratte le nez. Chère mère, comprenez qu’en homme de conviction je prenne mon temps avant de me marier.
Dimanche 11 septembre
04h00 : El Diablo sort de sa boîte
La piste de danse du restaurant appartient à la Jeunesse. Pas celle triomphante. Plutôt l’imbibée et titubante. Torse nu sous sa veste noire, lunettes de soleil sur yeux glauques de vin, un homme arpente la salle de fête tel un lion dans la savane. Sa savane.
Attardons-nous deux secondes sur l’individu. El Diablo fait partie de cette branche apparue dans nos sociétés modernes, l’homo noctambuli fiestus. Mi-homme, mi-fête (quoique je soupçonne la deuxième moitié d’avoir pris le dessus), El Diablo est ce genre de personne pour qui le sommeil représente un fâcheux contretemps. Sans sa dictature, les soirées alcooliques se succéderaient aux nuits festives sans jamais entraîner une quelconque lassitude. Pourvu d’un alambic à la place de l’estomac, il use de l’alcool comme d’un gasoil longue durée. Très longue durée. Parfois trop longue durée.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que pour le mariage de son meilleur ami, El Diablo a placé la barre haute. Tour à tour danseur yiddish, animateur, gogo dancer ou chanteur fou, l’énergumène a lancé à toute blinde la machine à ripailler. C’est pas toujours du meilleur goût, mais il met l’ambiance. C’est aussi pour ça qu’on l’aime.
04h30 : Repos éternel
Enfermé dans les toilettes, je médite sur les éminentes réflexions échangées avec l’Alsacien. Deux traits caractérisent ce personnage : il est plus cool que le Fonzie de Happy Days (ce qui n’est pas peut dire) et il a le chic pour se dégoter de belles donzelles. Cette infâme crapule cumule deux qualités que je convoite. S’il ne m’était aussi sympathique, je lui aurais déjà brûlé un à un les cheveux pour lui faire avouer son secret.
04h50 : Et définitif
À force de méditer dans l’obscurité, la lumière me vient. C’est décidé, je me marierai. C’est toujours une bonne raison pour faire plaisir à ma mère. J’arrêterai de courir après les filles, trop difficile et épuisant. Je finirai les soirées dans un lit, pas sur des chiottes. En plus, ça écorne ma réputation.
Il est quand même plus classe de se marier à l’église de l’île Saint Louis qu’à celle d’Ivry. À l’intérieur, les tableaux, les ors et les quelques chapeaux qui fleurissent l’assistance, finissent de conforter l’impression : ici, on se fréquente entre gens de bonne compagnie.
À voir la mine épanouie de la mariée, on devine qu’elle savoure le plus beau jour de sa vie. Celui de son futur époux, quoique serein, trahit davantage le poids des responsabilités échu par l’organisation d’un tel évènement. Ce qui soulève une interrogation. Pour quoi, ou pour qui, se marie-t-on ?
1. Parce que c’est la classe
2. Pour satisfaire les parents
3. Pour faire plaisir à sa femme
4. C’est le prétexte à une belle fête.
Je soupçonne les femmes de pencher pour les deux premières réponses. Pour les hommes, les deux options suivantes me semblent crédibles.
En 2003, 270 000 mariages ont été consommés. C’est beau. La même année, 125 000 divorces ont été prononcés. C’est moche. Le tout donne un indice de divortialité de 42,5 %. Le néo-marié ici présent étant un homme de devoir, je classerai son couple parmi les heureux 60 %.
15H30 : Interlude
J’avais oublié l’extrême monotonie d’un mariage catholique. Belle religion mais dotée d’une liturgie sentant fort le décrépi. Ce n’est pas qu’on s’ennuie, mais c’est long. En plus, il fait lourd. J’ai les mains aussi moites que les fesses d’une Suédoise au fin fond de la jungle brésilienne. Heureusement, El Diablo est le témoin du marié. Il monte à la chaire et se trompe de discours. L’assistance lui sait gré d’un si rafraîchissant interlude. La famille du marié, moins.
15h30 : Prononciation des vœux
L’ambiance est à son paroxysme, surtout chez les parents. L’orgue cesse son souffle mortuaire. Voici venu l’instant fatidique où la vie d’un homme bascule de l’âge de l’insouciance dans celui des responsabilités.
- Je me donne à toi pour t’aimer fidèlement tout au long de notre vie…
Et on se demande encore comment la perspective de cette cérémonie peut rendre à la fois la femme si hystérique et l’homme sceptique…
Aimer. Exclusivement. Toute une vie.
Se rend-on vraiment compte des conséquences qu’implique un tel serment? Un contrat à durée plus qu’indéterminée, et portant sur un sentiment aussi versatile, n’est pas à proprement parlé un engagement à prendre par-dessus la cuisse. J’ai envie de crier, d’avertir l’assistance sur la gravité de l’instant. Je me ravise et me gratte le nez. Chère mère, comprenez qu’en homme de conviction je prenne mon temps avant de me marier.
Dimanche 11 septembre
04h00 : El Diablo sort de sa boîte
La piste de danse du restaurant appartient à la Jeunesse. Pas celle triomphante. Plutôt l’imbibée et titubante. Torse nu sous sa veste noire, lunettes de soleil sur yeux glauques de vin, un homme arpente la salle de fête tel un lion dans la savane. Sa savane.
Attardons-nous deux secondes sur l’individu. El Diablo fait partie de cette branche apparue dans nos sociétés modernes, l’homo noctambuli fiestus. Mi-homme, mi-fête (quoique je soupçonne la deuxième moitié d’avoir pris le dessus), El Diablo est ce genre de personne pour qui le sommeil représente un fâcheux contretemps. Sans sa dictature, les soirées alcooliques se succéderaient aux nuits festives sans jamais entraîner une quelconque lassitude. Pourvu d’un alambic à la place de l’estomac, il use de l’alcool comme d’un gasoil longue durée. Très longue durée. Parfois trop longue durée.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que pour le mariage de son meilleur ami, El Diablo a placé la barre haute. Tour à tour danseur yiddish, animateur, gogo dancer ou chanteur fou, l’énergumène a lancé à toute blinde la machine à ripailler. C’est pas toujours du meilleur goût, mais il met l’ambiance. C’est aussi pour ça qu’on l’aime.
04h30 : Repos éternel
Enfermé dans les toilettes, je médite sur les éminentes réflexions échangées avec l’Alsacien. Deux traits caractérisent ce personnage : il est plus cool que le Fonzie de Happy Days (ce qui n’est pas peut dire) et il a le chic pour se dégoter de belles donzelles. Cette infâme crapule cumule deux qualités que je convoite. S’il ne m’était aussi sympathique, je lui aurais déjà brûlé un à un les cheveux pour lui faire avouer son secret.
04h50 : Et définitif
À force de méditer dans l’obscurité, la lumière me vient. C’est décidé, je me marierai. C’est toujours une bonne raison pour faire plaisir à ma mère. J’arrêterai de courir après les filles, trop difficile et épuisant. Je finirai les soirées dans un lit, pas sur des chiottes. En plus, ça écorne ma réputation.
12:50 Publié dans Nuit blanche | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

