07.05.2011

Site dormant et livre d'or

Ce site diffuse des extraits d'un ouvrage complet actuellement en sommeil dans les tiroirs de l'auteur.

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L'auteur, aka Gnac

09.10.2007

Subir un supplice de Tantale

 

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[Connaître la tentation et ne pas pouvoir y céder]

À cette époque, grouillaient aux côtés de héros, d'authentiques salauds. En voici un remarquable spécimen.En Phrygie (en Turquie actuelle), régnait Tantale. Ce fils de Zeus et d'une Titanide qui avait pour nom Plouto (le Flouze), était né sous les meilleurs auspices. Riche à faire pâlir d’envie un oligarque russe qui aurait décidé d'investir dans un club de foot anglais, il menait grand train. N'empêche, cette crapule se doublait d'une ordure. De la pire espèce, même. Le genre de petit vicieux qui aime à faire le mal, avec des moustaches et une mèche, par exemple. Non content d'être tout puissant en son royaume, il repoussait sans cesse les limites de l'acceptable. Et pour cause. Tantale était le préféré de son père, qui lui passait tout au prétexte d'on ne sait quoi. Parmi tous ses forfaits, on ne retiendra que ceux perpétrés à l'encontre des dieux. Le menu peuple mérite de souffrir la folie d'un tyran. Les puissants, non. C'est une règle d'or que le fils argenté ignora.

Et il commit deux grossières erreurs. La première, lorsqu'on déroba à Zeus une magnifique statue de chien en or, à laquelle il tenait particulièrement. Pourchassé par Hermès, le voleur cacha son larcin chez son pote Tantale. Notez que ce genre d'affreux tisse des liens solides avec ses semblables, allant jusqu’à former une sorte de « ligue des badmen extraordinaires ». Par deux fois, le roi de Phrygie nia en bloc détenir la statue. Seulement, quand Zeus cesse d'être obsédé par la badinerie, le divin barbu fait montre d'une jugeotte à la hauteur de son trône. Il éventa rapidement le mensonge. Tout autre personnage aurait encouru la vindicte divine, avec force éclairs et combustion immédiate. Mais Zeus était un sentimental. Même si sa parole, son fils lui avait crevé le cœur, il passa l'éponge. Le sermonné aurait pu sentir le fracas du tonnerre tomber à deux volts. Il n'en fut rien. Et commit son deuxième impair.

Tantale avait, parmi tous ses privilèges, celui d'être convié aux soirées de l’Olympe. Même si certains le soupçonnaient d’ailleurs de piquer dans les réserves à ambroisie et de siphonner les fûts de nectar, personne ne mouftait. Tantale avait un statut VIP en béton, assis à la droite du père.

Or, un jour, la tête à claques (n’ayons pas peur des mots) se proposa de mitonner dans les cuisines olympiennes. C'était chose exceptionnelle pour un homme qui avait l'habitude de poser ses pieds sur la table en critiquant le menu. Sceptiques, les dieux le laissèrent faire, même s'ils doutaient qu'un serpent puisse subitement embrasser. Et ils avaient raison. Le chef en herbe leur servit de superbes pièces de viande en sauce. Avec horreur, les dieux percèrent la nature du mets. Pour tester leur clairvoyance, et s’amuser un peu, Tantale avait désossé son fils, Pélops, et l'avait fait magistralement cuisiné en papillote avec des dés d'oignons et une sauce délicate de… Mais, nous nous égarons. Mesurant l'atrocité du crime, nul ne toucha à son assiette, sauf Déméter, déesse prise dans un drame personnel, une situation qui a tendance à déclencher des crises de boulimie.

Cette fois-ci, Tantale avait dépassé les bornes de l'entendure. Zeus, chagrin, s'empressa de recomposer les « pièces du rubfils'kub » et substitua à l'épaule manquante une pièce d'ivoire, avant de le ressusciter et l'envoyer en pension. Et c’est en dieu en colère qu’il statua sur le sort du fils prodigue. Comme il avait légèrement abusé au cours de son existence et avait fait preuve d’hybris*, la punition fut bien sentie. Tantale fut précipité dans le Tartare, une prison d'où on ne peut s'échapper, même avec un plan tatoué dans le dos. L'infanticide fut plongé à mi-torse dans de l'eau fraîche avec une branche chargée de fruits suspendue au dessus de sa tête, et condamné à subir les affres d'une soif et d’une faim inextinguibles. Dès qu'il se baissait pour boire, le niveau de l'eau diminuait. Et dès qu'il levait le bras, la branche s'éloignait. Et ainsi ad vitam æternam. C'est un peu comme si vous tendiez un micro sous les lèvres d'un dirigeant politique, sans lui offrir la liberté de s'exprimer. Vous compatirez. Pour le dirigeant, bien sûr. 

* Hybris, ou démesure, fera l’objet d’un post complet. Pour votre gouverne, il s’agit du péché le plus détesté par les Grecs.

 

30.08.2007

Pourquoi Midas a des oreilles d'âne ?

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Midas (homme fortuné pour les hellénistes), avait déjà eu l'occasion de sonder la profondeur de sa stupidité sous les ors de la mythologie (cf. toucher le Pactole). Ce néanmoins sympathique roi régnait avec placidité sur la Phrygie (pays au nord de la Grèce qui inspirera plus tard les sans-culottes).
Un jour, ne sachant que faire de son auguste temps libre, il partit errer dans les montagnes alentour. Pas de pot, Midas tomba sur une scène pas croyable (d'ailleurs, l'auteur a du mal à y croire). Un attroupement au lieu dit « stock de bois » mêlait un foutraque de créatures merveilleuses sous l'oraison des arbres. Parmi elles, Apollon, le beau gosse de l'Olympe, et Marsyas, un satyre bouqueteux à souhait. Les deux énergumènes se crêpaient le chignon quant à la supposée prééminence de l'un sur l'autre dans le domaine musical. C'était pas grave si Apollon, outre dieu solaire, disposait dans ses cartes de visite du titre de master of Music… Marsyas aimait, dans la vie, tirer sur la corde. Pour les départager, on organisa un Popstars champêtre, avant de tirer au sort deux juges de paix. Le premier désigné fut un dénommé Tmollos, ziquos de profession et fumeur de feuilles de laurier devant l'éternel. Le deuxième fut notre bon roi Midas, inculte de l'octave.
Tour à tour, chacun des compétiteurs auditionna. Marsyas entonna un air diabolique avec sa flûte de Pan. Le regard hagard et le sabot endiablé, le satyre satura son instrument à six trous. C'était assez rock' n roll et Midas aima tellement qu'il applaudit à se fracasser les phalanges. Ce fut au tour d'Apollon, accompagné aux cordes de sa célèbre lyre. Avec son air de jeune premier et son écorce à nounou dans la tignasse, le très lyrique bellâtre fit chavirer le cœur des nymphes composant l'assistance. Le concert s'acheva dans la liesse et l'envahissement de la scène fut évité de justesse. Si Tmollos s'inclina devant la supériorité d'Apollon, Midas resta branché sur le satyre, objectivement moins bon. C'est vrai qu'il dansait un peu chinois, Marsyas, quand il riait, tous riaient aussi, certes… Mais, c'est bien Midas qui l'a assassiné, Marsyas ! (désolé, ndlr) Outré qu'on puisse émettre l'idée de le défier, le dieu écorcha le satyre sur place et envoya sa carcasse aux abattoirs. Et pour souffler dans les trompes défectueuses du deuxième juge, lui fit pousser deux belles oreilles d'âne (les Grecs, sages en beaucoup de domaines, nous démontrent encore une fois l'importance de l'hypocrisie dans les bonnes mœurs).
Humilié, Midas courut se réfugier dans son palais enfiler un bonnet phrygien pour masquer ses horribles appendices poilus. Il lui fallait pourtant continuer à siéger à la cour, c'était là son unique fardeau de roi. Et pour bien présenter, il avait recours aux offices d'un barbier. Ne pouvant rayer ce rendez-vous de son agenda, il fit prêter serment à son homme de poil de ne jamais divulguer son secret, sous peine des pires sévices (coupe afro ?). Mais quiconque a mis un cheveu dans un salon de coiffure a pu mesurer la propension des capilliculteurs à tailler autant les tifs que la bavette, voire davantage.
Au bout d'une éternité (deux heures max), le barbier royal ne put se retenir plus longtemps. Il quitta discrètement le palais et se faufila sur un chantier désaffecté où même les dealers rechignaient à traîner. À l'abri des regards, il s'agenouilla, creusa un tout petit trou dans la terre, et y susurra son lourd secret. Ainsi libéré, il put retourner à ses occupations. Quelques semaines plus tard, des roseaux germèrent dans le sol, puis s 'épanouirent. Et quand le vent vint jouer entre les tiges, il se mit à souffler : « Le roi Midas a des oreilles d'âne, le roi Midas a des oreilles d'âne ! », portant le message dans toute la ville. Bientôt, la Phrygie entière fut instruite de la mésaventure de son roi. Avec les dommages que ce genre de rumeur peut produire pour une réputation, vous imaginez bien…
La morale de cette histoire est on ne peut plus audible : il est absolument stupide de murmurer à l'oreille des roseaux.

10.05.2007

Se placer sous l'égide de

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Sous l’égide de

[Sous la protection de]

Zeus, à peine parvenu au sommet du God40 (cf. la genèse du monde), sentit le cours de ses actions monter en bourses. La victime de l’OPA amicale avait pour nom Métis, déesse de la mémoire. La nounou avait joué un rôle crucial dans la guerre des Titans en faisant vomir à Chronos les frères et sœurs de Zeus, qu’il avait précédemment avalés. Ne sachant comment la gratifier, le nouveau boss opta pour le don de soi. Ce n’est pas la première fois qu’un mâle agit sans réfléchir. Une prédiction l’avait pourtant prévenu : « Si un deuxième fils Métis portera, alors plus puissant que son père il sera, et mal à la tronche tu auras ». Une fois ses hormones refroidies, Zeus réalisa la bévue. Et, cédant à l’usage en pareilles circonstances, il sauta sur la première idée venue, l’IVM : l’interruption volontaire de Maman. Il goba Métis (fâcheuse manie familiale) avant de vaquer à ses occupations divines. Quelques mois plus tard, en plein tournoi de pétanque olympienne (variante grecque), Zeus endura une terrible migraine, un mal qu’il ne connaissait qu’à ses maîtresses. Ne pouvant supporter la douleur plus longtemps, il se rendit chez son fiston, Héphaïstos. Le dieu forgeron eut beau se gratter la tête, il n’était pas médecin. Après avoir plaidé en vain son incompétence, il opéra à sa façon, la trépanation sauce Vulcain. D’un solide coup de marteau, il entailla le crâne de Zeus. En jaillit aussitôt une femme adulte, toute cuirassée et hurlante. Athéna venait de naître, après avoir achevé sa gestation in patero. Zeus, émerveillé, lui intima toutefois le silence. Ce n’était pas une raison pour jouer l’hystérique et brailler en tout sens, bordel de lui-même.

Tout rentra heureusement dans l’ordre. Athéna aimait beaucoup son papa, qui le lui rendait bien en retour. Surtout, l’intrépide faisait preuve d’une grande intelligence et d’une sacrée grande gueule. Elle devint la référence dans une foultitude de choses. C’était d’abord la déesse de la guerre, mais la guerre propre, comme on dira plus tard : on réfléchit, on planifie, et paf !, on frappe. Elle prenait l’exact opposé de son frère, Arès, qui évoluait davantage dans le registre brutal. Pour l’aider, elle reçut de son père une cuirasse magique, faite de peau de chèvre, l’égide. Quiconque se plaçait sous cette égide, était protégé de tout. À Athéna échut, en sus, la tête de Méduse, qu’elle ficha sur son bouclier afin de pétrifier ses adversaires. Ainsi parée, il devint dur de lui résister (ce qui n’est pas très fair-play, se plaindront ses victimes). Elle aida maints héros dans leur quête respective. Héraclès, Ulysse, Jason, vous croyez que c’est tout seul qu’ils s’en sont sortis ? Et bien, non il y avait une femme derrière ces morceaux de bravoure (toute vérité n’est pas bonne à dire, mais c’est un devoir).

Athéna fut également la protectrice de bien des villes. Pour faire bref, la miss plaça la barre très haut dans le monde antique. Plus héroïque que les hoplites, plus intelligente que la gent, plus belle que bien des stèles, Athéna était une référence pour tous les mâles. En plus, elle était vierge, comme l’huile de l’olivier qu’elle offrit aux Athéniens pour devenir leur patronne. À ce propos, une version tardive relate que le choix d’Athéna par la ville éponyme provoqua la punition de ses semblables. Les femmes de la cité avaient voté pour la déesse aux yeux pers, au dépend de Poséidon, le maquereau des eaux. Pour se venger, les hommes leur interdirent le droit de vote, celui de léguer leur nom à ses enfants, et d’être citoyenne. Fallait quand même pas que pareille initiative se répète à l’avenir. Et pourquoi pas une femme Présidente, pendant qu’on y est ?

 

25.04.2007

Se croire sorti de la cuisse de Jupiter

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[Quelqu'un qui se croit supérieur aux autres, qui se prend pour le centre du monde en étant égoïste et égocentrique]

 

Zeus, ou Jupiter pour les Romains (c’est le même), contemplait avec ennui le vaste monde tout en se tripotant les foudres. Si l’Olympe était toujours cet endroit sympathique, le roi des dieux s’était déjà attrapé tout ce qu’il y avait de donzelles potables et moins potables (voire pas du tout potable) à la ronde. C’est alors qu’il fut victime d’un coup de chaud en posant les yeux sur Sémélé. La fille du fondateur de Thèbes vaquait à ses occupations de femme du monde, commérage et épilation puisque les femmes savent faire deux choses à la fois. Revêtant les frusques d’un glabre promeneur (sloggy et abdos surnuméraires), Jupiter descendit sur terre et subjugua la princesse, qui succomba.

Ça aurait pu être une belle aventure sans lendemain, si la jalousie n’avait ruiné toute perspective heureuse. Héra, l’officielle de Jup’, était devenue, avec l’âge, fort suspicieuse. Remarquant que son volage de mari se rendait fréquemment en villégiature à Thèbes et ce, en période hors saison, elle le fila. Découvrant le pot aux roses, elle jugea bon d’emmêler Sémélé. La déesse instilla le doute quant à l’identité du mystérieux amant et pressa la princesse de la démasquer. Au retour de Jupiter, Sémélé argua, (on connaît l’incroyable don des femmes pour ne pas lâcher le morceau) argua, et… argua. Après de multiples pauses pipi, détournements de sujets, courses de chars impromptues, l’amant déposa les armes, car même un dieu cède face à la persuasion féminine*. Il consentit à se révéler sous sa véritable apparence, ce qui revenait à condamner à coup sûr la malheureuse, aucun mortel ne pouvant contempler un dieu dans toute sa gloire. Et c’est ce que savait pertinemment Héra (…méchante avec ça). Sémélé se consuma sur place, et Jupiter eut juste le temps de s’emparer du bébé (la surprise matrimoniale est le troisième pilier de la femme) que l’amante portait, le cachant à l’intérieur de sa cuisse. Pourquoi la cuisse ? Aucune hypothèse scientifique fiable recensée à ce jour.

Au bout de quelques mois, son quadriceps commença à le lancer, comme après un bon trois mille mètres steeple. Vu qu’il était dieu, immortel et assez balèze, cette gêne eut pour effet de lui friser les bacchantes. Le père porteur eut à peine le temps d’aller consulter que son membre se déchira sur la longueur et qu’en surgit un bébé vagissant. Vibrant de vie, Dionysos (le deux fois né), ou Bacchus en latin, futur dieu des vignes, avait réussi son entrée.

Joyeux drille, cette divinité assez cool prônait les vertus de la pochtronnade entre potes et la sagesse infinie du cuissage en réunion. Il lui arriva maintes aventures où, se réveillant de gueules de bois improbables, il surmontait les plus extrêmes situations (comme congédier une inconnue un lendemain de fête). Dionysos pensait tellement à sa trombine et tellement peu aux conséquences, qu’on lui prêtait un comportement égocentrique, égoïste, heu… tenez, comme un gosse [se croyant sorti de la cuisse de Jupiter].

Sa philosophie de vie fit pourtant des émules et des nanas adhérèrent rapidement au concept. Les Ménades, ou Bacchantes, se promenaient sur les chemins antiques en hurlant, dansant, s’extasiant et sexe s’adonnant. En outre, elles avaient l’alcool méchant et réduisaient fréquemment en charpie le malheureux quidam.

Dans notre langage philosophique, le dionysiaque symbolise les forces primaires qui nous traversent, l’ivresse des émotions, contrairement à l’apollinien, synonyme de maîtrise de soi, de raison, ou encore de l’art under control. À vous de faire votre choix.

*La discussion de couple, c’est comme un match de boxe avec deux combattants et, à la fin, la femme qui gagne… et si possible à l’aide d’un crochet bien vicelard dans le foie.

11.04.2007

Pourquoi y’a-t-il autant de cloches à Pâques ?

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Pourquoi y’a-t-il autant de cloches à Pâques ?

Pour le commun des Chrétiens, Pâques rime avec grasse mat’. Chaque année, un lundi d’avril, c’est férié et personne ne s’en plaint, sauf Raffarin. Mais pourquoi diantre cette chance ? Pour le comprendre, il nous faut revenir sur plusieurs dates chères au calendrier chrétien. Et soudain, plein de choses vous apparaîtront moins fortuites...  

Carême

Tout commence en février. Le Mardi gras, les enfants se balancent des œufs sur la tronche, bouffe des crêpes et les adultes font carnaval. Chez nos Anciens, c’était la dernière occasion de faire la « teuf » avant que l’Église ne leur serre la ceinture. Au prétexte que Jésus est allé dans le désert jeûner pendant 40 jours dans le désert, l’estomac de ses ouailles est censé faire « aïe » durant le même laps de temps. Et pour bien montrer qu’on va douiller, le jour suivant, le Mercredi des Cendres », les fidèles s'en jettent sur la tronche pour se rappeler leur basse condition de poussière. C’est alors que débute la période dite du Carême, carrément quarante journées de jeûne. Si on a le droit de manger une fois par jour, la période est propice pour se purger le foie, à défaut de sa foi.

Vendredi saint

Les catholiques maigrissent en silence jusqu’au Vendredi saint, en avril. Si, en apparence, ce moment est le pire (on ne mange pas de viande), c’est en fait la plus sacrée des journées catholiques. Parce que c’est la date où notre ami Jésus s’est fait crucifier sur la croix pour laver l’humanité de ses péchés (et accessoirement quelques démêlés avec la justice locale). Alors imaginez, toute absorption de sang est malvenue.

Les Cathos qui se croiraient enfin sortis du frigo en sont pour leur frais. Car il reste trois jours de jeûne jusqu’au lundi suivant, le fameux Pâques. Parce qu'il rappelle la résurrection du Christ, survenue trois jours après la séance de bricolage improvisée sur le Golgotha. Et en son souvenir, personne ne doit bosser durant ces 24 heures.

Mais quel rapport avec les œufs ? Les charmants ovocytes sont un symbole païen de vie et de fécondité, idée reprise par les ecclésiastes. C’est dire qu’à Pâques, ils tombent à pic pour célébrer la fin des privations. D’abord coquilles vides peinturlurées, ils deviennent chocolat au XIXe siècle, ce qui est nettement plus comestible.

Et Pâques

Et les cloches ? Partie intégrante du paysage de nos villages, les cloches se taisent le jeudi précédant le Vendredi saint, pour sonner à nouveau le lundi de Pâques. Durant cette absence, il se raconte qu’elles partent avec leurs petites ailes direction Rome, rapporter des œufs aux fidèles. Et après on s’étonne que l’Église nous prenne pour des cloches.

 

04.04.2007

La bataille des Thermopyles

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Le film « 300 » est sorti dans nos salles. Beau, assurément, exact sur pas mal de points, certes, mais raconté d’un point de vue unique, celui des Grecs.

 

Voici une plus proche version des faits. En 480 avant l’autre, alors que les cités grecques se chamaillaient encore, surgit un nouveau danger. À deux pas de chez eux, en Asie mineure, prospérait un empire majeur : les Perses. Originaire d’Iran, cette tribu avait pris le pouvoir sur plein d’autres. L’un de leurs plus grands rois, Darius, avait étendu son royaume jusqu’en Égypte et dominait les cités grecques d’Asie Mineure. Bien que considérés comme des barbares, les Perses faisaient des miracles en termes de conquête et de persuasion. À côté, les Hellènes faisaient figure de poussières numériques. Pourtant, nos amis étaient parvenus à les repousser une première fois en 490, à la bataille de Marathon. Un type avait alors parcouru les 40 kilomètres qui séparaient le lieu de la bataille d’Athènes, pour annoncer la bonne nouvelle avant d’expectorer son dernier souffle (le dopage n’existait pas à l’époque). Fort marri, Darius était reparti bouder quand la mort le prit. Son successeur, Xerxès Ier, n’avait pas oublié la déculottée. Après avoir ramené le calme chez lui, il décida personnellement de s’occuper des récalcitrants.

Il traversa le détroit des Dardanelles à la tête d’au moins 50 000 hommes et 700 navires (ce qui fait déjà énorme pour l’époque). Le plan consistait à envahir la Grèce par le nord, puis… tout péter. Les cités grecques sentirent poindre la menace et, sur le coup, une majorité préféra pactiser avec le Perse. Faut dire que c’était un peu comme si les États-Unis envahissaient l’Irak, disproportionné. Sauf que, comme le constatera plus tard César, quelques villages décidèrent de résister encore et toujours à l’envahisseur. On retiendra parmi elles, Sparte et Athènes. Et lorsqu’on n’a pas de moyens mais des idées, on pense juste.

Pour stopper l’invasion, deux fronts furent ouverts : l’un, sur mer, revint aux Athéniens qui dressèrent leurs galères pour en éviter une grosse.  Sur terre, ce fut aux Thermopyles, un défilé nommé « Portes chaudes », non pas en raison de tournages de films X, mais pour ses eaux thermales. C’était un défilé riquiqui, seul point de passage pour pénétrer dans le sud de la Grèce, où se trouvaient les endroits les plus sympas à piller. Le commandement d’une coalition de 7 000 hoplites (et la mode n’était pas au sloggy mais bien à la cuirasse) fut confié à Sparte, parce que niveau martial, c’était loin d’être des marrants. Léonidas Ier, juste après avoir évincé son prédécesseur en chocolat, mena personnellement les opérations.

Sûr de son fait, Xerxès se pointa aux Thermopyles et, contre toute attente, vit son armée mise en perce. Le roi s’en émut et en appela à la deuxième compétence qui caractérise son peuple, la persuasion. Un certain Éphialtès succomba aux charmes de la monnaie mède et trahit les siens en indiquant comment contourner le défilé. Prévenu à la dernière minute, Léonidas laissa filer le gros de l’armée et resta avec environ 700 hommes, dont 300 hoplites spartiates (un peu le GIGN de l’époque). Après une résistance héroïque et avoir combattu dans le noir (éclipse solaire due à une avalanche de flèches), les empêcheurs de conquérir en rond se prient le choc en pleine graisse.  

Ce sacrifice laissa aux Grecs le temps de se replier plus bas. Xerxès, qui avait tout de même perdu 20 000 combattants dans l’histoire, crut avoir emporté la décision. Gros, hic, sur mer, sa flotte prit le bouillon dans la rade de Salamine face aux Athéniens. Ne sachant plus bien ce qu’il allait faire dans cette galère, et sentant que l’aventure tournait au vinaigre, Xerxès battit en retraite. Sur terre, en revanche, son général poursuivit son incursion un an durant. Il rallia la plupart des pleureuses grecques et incendia Athènes la renégate. Pensant la victoire au bout du chemin, il affronta les rares résistants (Athéniens et Spartiates, encore et toujours) près de Platées, et s’y fit battre à plate couture.

Les Grecs célèbrèrent bien fort la victoire et raillèrent la lâcheté du Perse. Ce  qui n’est pas tout à fait exact. Xerxès n’était pas ce drag queen sur char qu’on veut bien nous montrer. Il avait d’autres fers à battre sur l’enclume, comme des révoltes internes et autres tracasseries administratives. Si ces défaites lui firent mal au fondement, elles ne doivent pas occulter d’autres succès, tel que la pérennisation de l’Empire. Mais, rendu à l’évidence, il laissa sagement la Grèce tranquille.

Alors, pourquoi une telle victoire est-elle si importante pour nous, contemporains ? Parce qu’Athènes en profita pour tirer la couverture à elle, se constitua un empire et entama son âge d’or. C’est un peu grâce aux Thermopyles que l’on a eu Socrate, la démocratie et les vieilles frises du Parthénon. Quant aux Spartiates, grands oubliés de la victoire, ils durent patienter un demi-siècle pour prendre leur revanche sur ces « pédés d’Athéniens » (dans le texte).

 

28.03.2007

Tomber dans les bras de Morphée

 

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Tomber dans les bras de Morphée

 

[S’endormir]

 

Toute histoire commence, généralement, par un « il y a fort longtemps ». Celle-ci mérite davantage un « il y a wouw!, ‘achté longtemps », émergea du Chaos, Nyx (la nuit, pour les intimes). Avant, même si ce n’était pas le déluge, il faisait tout simplement pas jour, et l’on réalisait de sacrées économies en achat d’interrupteurs. Nyx, qui était une femme et ne connaissait pas le parrain de la french variet, décida de faire un bébé toute seule. Pour être plus précis, une palanquée. Novice en la matière, on lui doit des choses heureuses, comme le jour, mais aussi des surgeons regrettables comme les divinités de la Vengeance, de la Discorde, plus d’autres affreux. Et, parmi tous ces chérubins, des jumeaux : Thanatos et Hypnos. L’aîné eut droit à un job bien placé, mais peu ragoûtant : dieu de la Mort. Quant au cadet, il décrocha une position socialement plus gratifiante, dieu du Sommeil.

Hypnos reçut en héritage un superbe appartement de fonction aux Enfers, (que l’on soupçonnait d’être son père, selon le « Voici » local). Il logeait dans un vaste palais de marbre au pied duquel coulait le fleuve de l’Oubli et s’étendait un jardin de fleurs de pavots. C’était un peu mort dans le coin, certes, mais d’un calme… Quoiqu’il en soit, Hypnos était fort puissant puisque, comme le disait un vieux dicton, qui endort au pieu, fait se qu’il veut. C’est pourquoi on le disait maître des humains et maître des dieux, et que tous le craignaient (même Zeus voulut lui faire la peau).

Fatalement, ce bon vieux marchand de sable engendra, lui aussi, des fils (un beau coup d’hypnose sur une nana convoitée, ça aide). Son petit préféré avait pour nom Morphée et était le dieu des rêves. Ce beau jeune homme ailé (et non pas un noir à lunettes de soleil rondes  et en manteau en cuir) passait son temps à glander sur son lit chez le pater à s’injecter de la  morphine. Pour sa défense, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire dans le coin, puisque ça bougeait pas terrible.

Mais, lorsqu’il lui fallait aller au turbin, Morphée n’allait non pas par quatre, mais par deux chemins. Sur la pointe des plumes, il s’incrustait dans le sommeil des gens en revêtant l’apparence d’un être cher (d’où son nom, Morphée, celui qui prend forme, pour ceux qui rêvent au fond, près du radiateur). Si le songe qu’il transmettait ne devait rester qu’un beau et doux rêve, Morphée passait par une grande porte d’ivoire. Mais si le rêve devait se réaliser, alors il empruntait la sortie de service, une petite porte taillée dans de la vulgaire corne. Voilà pourquoi l’on affirmait que ceux qui s’endormaient, tombaient dans les bras de Morphée.

Au grand dam de beaucoup de rêveurs, Morphée était un peu mégalo et préférait les entrées de flambeur. C’est pourquoi les rêves érotiques n’avaient jamais tendance à se concrétiser, contrairement aux réveils périodiques sur une "grosse" du quotidien. C’est un fait, et c’est tout à fait regrettable.